Extension Factory Builder
31/01/2013 à 18:33
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des hommes au milieu de manuscrits brûlés, à l'Institut Ahmed Baba de Tombouctou, le 29 janvier. Des hommes au milieu de manuscrits brûlés, à l'Institut Ahmed Baba de Tombouctou, le 29 janvier. © AFP

Mercredi 23 janvier, les hommes d'Abou Zeid, encore présents à Tombouctou, mettent le feu aux manuscrits de l'un des centres Ahmed Baba, en représailles au soutien de la population à l'offensive franco-malienne. Une semaine plus tard, les informations parcellaires qui arrivent de Tombouctou font état de destructions moins importantes que redouté.

Jeudi 24 janvier, vers 9 heures du matin, Bilal, l'attaché de communication du maire de Tombouctou, et l'un de ses amis s’infiltrent discrètement dans le nouveau centre Ahmed Baba. La veille, en fin d’après-midi, des islamistes radicaux ont incendié de précieux manuscrits, trésors de la « cité aux 333 saints » inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Bilal découvre avec effroi l’étendue des dégâts. Au sol, dans la bibliothèque principale, des documents vieux de plusieurs centaines d’années sont réduits à un tas de cendre. « C’était vraiment une scène de désolation, se rappelle-t-il. Les manuscrits avaient été brûlés, les vitres brisées, les armoires démolies… » Équipés d’une caméra, les deux compères prennent rapidement quelques images et quittent les lieux avant d’être repérés.

D’après lui, les auteurs de ce crime culturel sont les hommes d’Abou Zeid, émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) installé dans la ville depuis plusieurs mois. « Ils ont fait ça pour punir la population de Tombouctou qui saluait l’offensive des forces françaises et maliennes », affirme Bilal. Puisque le réseau téléphonique est coupé, le jeune homme décide de descendre vers Bamako pour annoncer la triste nouvelle. Samedi matin, de bonne heure, il s’éclipse prudemment de chez lui pour gagner les bords du fleuve Niger. « À ce moment-là, Abou Zeid, son fils et une trentaine d’islamistes  - surtout des Maghrébins - étaient toujours en ville, précise notre témoin. Ils ont du quitter Tombouctou dans la nuit de samedi à dimanche, juste avant l’arrivée des soldats français et maliens dimanche soir. » Bilal parvient ensuite à embarquer à bord d’une pirogue à moteur et vogue jusqu’à Mopti. De là, il gagne Bamako et alerte Hallé Ousmane, le maire de Tombouctou en exil dans la capitale malienne depuis plusieurs mois.

Trésor culturel

Lundi 28 janvier, en moins de quelques heures, l’information fait le tour de la planète. Tous les médias rapportent que les partisans de la charia ont mis le feu aux célèbres manuscrits avant de prendre la fuite. Mais le flou domine et aucun bilan précis n’est établi. Mardi, Shamil Jeppie, directeur du projet sud-africain de conservation de ces manuscrits, met fin aux craintes. Il annonce que plus de 90 % des ouvrages ont été sauvés : « En fait, on a beaucoup exagéré. Il y a eu des dégâts et certains objets ont été détruits ou volés, mais beaucoup moins que ce qu'on a dit dans un premier temps. » Selon lui, la grande majorité des documents avait été mis à l'abri avant l'arrivée des islamistes à Tombouctou. Une partie avait été transférée à Bamako et l’autre soigneusement cachée par les habitants de la ville.

Les ouvrages restants étaient partagés entre l’ancien et le nouveau centre Ahmed Baba, construit en 2009 par les Sud-Africains. Seul le nouvel édifice a été incendié par les islamistes. Les manuscrits qui n’avaient pas encore été transférés depuis l’ancien bâtiment ont donc été préservés. Sur les 200 000 (certains évoquent 300 000) pièces répertoriées dans la région de la boucle du Niger, environ 30 000 étaient conservés dans les centres Ahmed Baba de Tombouctou. Le reste est entre les mains des familles locales, qui se transmettent leur patrimoine de génération en génération. Si aucun bilan officiel n’a encore été dressé, des sources maliennes évoquent aujourd’hui le chiffre de 2000 écrits brûlés par les islamistes, la semaine dernière.

Les manuscrits de Tombouctou représentent un véritable trésor culturel, qui remonte à l'époque où la cité mythique était la capitale intellectuelle et spirituelle de l'Islam en Afrique, aux XVè et XVIè siècles. Certains sont encore plus anciens, datant du XIIè siècle ou de l'ère pré-islamique. Essentiellement rédigés en arabe et en ajami, mais aussi en peul, ils traitent d'astronomie, de musique, de botanique, de pharmacie, de droit, d'histoire ou encore de politique. Leurs supports sont variés : parchemin, papier d'Orient, peaux de moutons, et parfois même omoplates de chameaux.

___

Benjamin Roger (@benja_roger)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Le détachement militaire français dépêché dans le nord du Mali sur le lieu du crash du vol Ouaga-Alger AH 5017 a retrouvé vendredi la boîte noire du DC-9 affrété par Air[...]

Mali : le gouvernement et six groupes armés signent à Alger une "feuille de route" pour la paix

Après d'âpres tractations et plusieurs mois de blocage, le gouvernement malien et six groupes armés ont signé jeudi à Alger un document sur la "cessation des hostilités". Une[...]

L'épave "désintégrée" du vol AH5017 localisée vers Gossi dans le nord du Mali

L'état-major de l'armée burkinabè a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir localisé dans le nord du Mali l'épave "désintégrée" du DC9[...]

Mali : ce que Bamako et les groupes armés négocient à Alger

Réunis à Alger, les groupes armés du Nord-Mali et les autorités maliennes tentent de se mettre d'accord sur une feuille de route commune pour la suite des négociations de paix. [...]

Mali - RDC : Nkulu Kalumba, un long chemin vers la liberté

À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, "Jeune Afrique" et le HCR au Mali ont organisé un concours de journalisme. C'est l'article d'une jeune étudiante[...]

Drague : le bal des faux-culs

Ils sont discrets, rembourrés et très à la mode en Afrique de l'Ouest... Zoom sur ces collants qui permettent aux femmes d'afficher de jolies fesses rebondies à moindre prix.[...]

Mali : bientôt un procès dans l'affaire des "bérets rouges" ?

Le rapport d'enquête sur l'affaire de la disparition des "Bérets rouges" devrait prochainement être bouclé et transmis au procureur, ouvrant ainsi la voie à un éventuel[...]

Ramtane Lamamra : "Un accord dans cent jours" sur le Nord-Mali

Le chef de la diplomatie algérienne fait le point sur le dialogue inter-malien, entamé le 16 juillet, et qui devrait être suspendu le 24 juillet avant une reprise à la mi-août. Première[...]

Hollande prépare le lancement de l'opération Barkhane à N'Djamena

L’opération "Barkhane", du nom de la nouvelle configuration stratégique de l’armée française dans le Sahel qui devrait mobiliser 3 000 soldats environ, sera officiellement[...]

Pourquoi le Mali s'est fait épingler par le FMI pour des fournitures militaires

Le FMI est-il trop pointilleux ? Un contrat de fournitures militaires de plusieurs dizaines de millions d'euros fait en tout cas tiquer les bailleurs de fonds. Trop opaque, jugent-ils. Le Mali n'apprécie pas.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers