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31/01/2013 à 15:30
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Roger Mbédé et ses avocats. Roger Mbédé et ses avocats. © DR

Roger Mbédé a vu sa peine de trois ans d’emprisonnement confirmée en appel le 17 décembre 2012, pour délit d'homosexualité. Il est aujourd’hui fugitif dans son propre pays. Obligé de fuire Yaoundé face aux persécutions dont il faisait l’objet, il livre son premier témoignage à Jeune Afrique.

Après avoir vu sa peine de trois d’emprisonnement pour homosexualité confirmée en appel le 17 décembre dernier, Roger Mbédé, 32 ans, s'est enfui de Yaoundé et se cache dans un village.

Il a bénéficié d’une mise en liberté provisoire, décidée en juillet 2011 alors que sa sécurité était gravement menacée en détention, mais peut à tout moment être remis en prison. Aujourd’hui, il attend un éventuel recours devant la Cour suprême. Sans grand espoir. « Des gens qui lui veulent du mal le recherchent activement, explique l'une des avocates prenant part à sa défense, la Suissesse Me Saskia Ditisheim. Il reçoit constamment des menaces de mort, tout comme ses deux avocats camerounais, Alice Nkom et Michel Togué. »

Cette descente aux enfers a ému l’opinion internationale qui en a fait un symbole de la lutte pour le droit des homosexuels au Cameroun. L’ONG américaine All Out a ainsi remis, mercredi 30 janvier, une pétition à l’entourage du président français, François Hollande, signée par plus de 120 000 personnes, à l’occasion du passage du chef de l’État camerounais, Paul Biya, à Paris.

« Cela finit par donner des résultats », explique Guillaume Bonnet, responsable de All Out à Paris. « Paul Biya ne peut plus venir à Paris sans qu’on lui pose la question de l’homosexualité. Il a le pouvoir de libérer les détenus homosexuels et de modifier les lois, mais, pour le moment, Roger attend toujours. »

Contacté par téléphone, ce jeudi 31 janvier, Roger Mbédé livre pour la première fois son témoignage à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Votre peine de trois ans d’emprisonnement a été confirmée en appel, le 17 décembre dernier, mais vous avez été remis en liberté. Quelle est votre situation aujourd’hui ? Êtes-vous en sécurité ?

Roger Mbédé : J’ai dû abandonner mes études, quitter ma résidence universitaire et m’enfuir parce que je recevais des menaces de morts. J’ai été obligé de sauver ma vie. Aujourd’hui, je suis réfugié dans un village, chez une vieille femme. Je me sens plus en sécurité, tant qu’ils ne découvrent pas où je suis... Il y a des gens qui me cherchent. Je ne parle même pas de la justice, ce sont de simples citoyens. J’ai été agressé, j’ai reçu des appels et des SMS. La semaine dernière, ils ont encore glissé une lettre de menaces sous ma porte avant que je m'enfuie. On me disait que si je n’abandonnais pas tout de suite le procès, j’allais subir la même chose que les homosexuels lynchés dans le Nord [un couple d’homosexuels a été lynché le 6 janvier 2013 à Maroua, ndlr].

Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Je suis en colère contre tout le monde. Je vis une très grande humiliation. Cette histoire a des conséquences sur mes relations avec ma famille et mes amis. Au Cameroun, on considère les homosexuels comme des sous-hommes et même comme des animaux. Aujourd’hui, c’est très difficile parce que je ne peux plus travailler. La vie est très compliquée. Mais je sais qu’un jour ça va s’arrêter. Il y a plus de 120 000 membres de All Out qui ont signé une pétition et qui sont en train de se battre. Toute cette mobilisation internationale peut aider, même si elle attire l’attention sur moi.

Le chef de l’État camerounais, Paul Biya, s’est exprimé sur la situation des homosexuels au Cameroun alors qu’il était en visite à Paris. Il a déclaré voir les esprits « évoluer » au Cameroun. Y croyez-vous ?

Paul Biya dit des choses quand il est là-bas [à Paris, ndlr] mais il faudrait que, quand il rentre au pays, il essaie véritablement de faire évoluer les esprits.

Les Camerounais évoluent-ils sur la question de l’homosexualité ?

Je perds espoir. Il n’y a pas eu de manifestations au Cameroun. Le président n’a pas vraiment réagi. Rien ne bouge. Les juges sont même de plus en plus sévères. Il n’y a toujours pas de place pour nous au Cameroun.

Propos recueillis par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)
 

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