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31/01/2013 à 09:12
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Le président malien par interim, Dioncounda Traoré. Le président malien par interim, Dioncounda Traoré. © AFP

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, déclare que les dissidents d’Ansar Eddine sont "disqualifiés" pour dialoguer avec Bamako. Mais que le MNLA pourrait faire partie d'une solution politique négociée à la crise – comme le suggère Paris. Une pilule qui sera dure à avaler pour l’opinion publique malienne.

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a fait son choix. Les autorités de Bamako ne négocieront pas avec la récente fraction dissidente d’Ansar Eddine, le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), dirigé par Alghabass ag Intalla. « Il est évident qu'Ansar Eddine s'est disqualifié, il n'est plus éligible au dialogue quel que soit, par ailleurs, le masque que certains d'entre eux ont décidé de porter désormais », a expliqué Traoré sur RFI, jeudi 31 janvier. « Cette histoire de MIA ne correspond à rien du tout. C'est parce que la peur a changé de camp qu'aujourd'hui ils essayent d'échapper à leurs responsabilités », ajoute-t-il.

Et le président par intérim d’énoncer une position qui aura certainement bien du mal à passer à Bamako, où le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a très mauvaise presse pour avoir initié le début de la crise malienne, mais aussi pour s’être rendu responsable de nombreuses exactions avant d’être chassé du Nord par les islamistes - avec lesquels il a tenté de s’allier sans succès. « Le seul groupe avec lequel nous pouvons envisager des négociations c'est certainement le MLNA à condition que le MLNA renonce à toutes ses prétentions territoriales », a déclaré le président malien.

Le seul groupe avec lequel nous pouvons envisager des négociations c'est certainement le MLNA à condition que le MLNA renonce à toutes ses prétentions territoriales.

Dioncounda Traoré, Président malien par intérim

Peur des représailles

Le MNLA a renoncé provisoirement - et du bout des lèvres - à sa revendication d’indépendance pour pouvoir négocier à Ouagadougou avec le médiateur de la Cedeao, Blaise Compaoré. Un rapprochement avec les rebelles touaregs pourrait donc s’opérer sous l’impulsion de Paris, qui n’a visiblement pas consulté Bamako lors de l’opération de reconquête de Kidal (1 500 km au nord de Bamako), sans doute par peur des représailles de l’armée malienne vis-à-vis des « peaux blanches ». Mais la non-participation des militaires maliens à l’opération était aussi sûrement une des conditions posées par les communautés touarègues pour une reddition de la ville sans violence.

« Le MIA comme le MNLA ont donné les preuves de leurs engagements à coopérer avec la France, puisque les forces françaises sont entrées à Kidal sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré, c'est la preuve que Kidal n'est pas un sanctuaire pour terroristes », a plaidé le MIA dans un communiqué, mercredi 29 janvier.

Les otages français dans l’Adrar des Ifoghas ?

Interrogé jeudi matin sur la radio France Inter, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian,s’est exprimé sur la situation des otages français au Sahel. « Il est probable qu'ils soient dans la région [du massif des Ifoghas, dans le nord du Mali., NDLR]. Nous ne perdons jamais de vue, ni d'esprit, ni de sensibilité, le fait qu'il y a des otages français dans ce territoire », a-t-il affirmé. Un territoire où le chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, et l’émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) auraient trouvé refuge, selon une source sécuritaire malienne. Des drones sont déjà à l’action au dessus de cette région montagneuse, tandis que des soldats français sont positionnés à Kidal, à 1 500 km au Nord de Bamako.

Le MIA posait également une condition pour « apporter sa contribution pleine et entière dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi dans le règlement définitif de cette crise » : « que l'armée malienne et les forces de la Cedeao (communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) ne pénètrent pas sur le territoire de l'Adrar des Ifoghas, région de Kidal, avant qu'une solution politique ne soit trouvée ». Une prétenton qui a peu de chance de trouver d'écho, tant du côté de Bamako que de Paris, d'autant que des otages français seraient gardés dans la région montagneuse à la frontière de l'Algérie (voir encadré ci-contre).

Hiatus

Sur RFI, Dioncounda Traoré répondait visiblement à la France, qui a appelé mercredi Bamako à « engager sans plus attendre des discussions avec les représentants légitimes des populations du Nord (élus locaux, société civile) et les groupes armés non terroristes reconnaissant l'intégrité du Mali ». Ce qui ne laisse d’autre choix que le MNLA… N’en déplaise aux différentes sensibilités politiques à Bamako et dans le Mali.

Mais quel que soit le hiatus entre Paris et Dioncounda Traoré, d’un côté, et l’opinion publique malienne, de l’autre, au sujet des futures négociations avec les groupes touaregs, l’Assemblée nationale malienne a posé des jalons vers une solution politique négociée de la crise en adoptant mercredi une feuille de route claire prévoyant des discussions avec les groupes rebelles pour aller vers une « réconciliation nationale ». Traoré a par ailleurs indiqué qu'il faisait « toujours confiance au Burkina Faso, médiateur dans la crise malienne au nom de l'Afrique de l'Ouest, peut-être pas pour mener mais pour faciliter, accompagner ces négociations. »

Pendant ce temps, sur le terrain, la reconquête continue. « Dans un mois maximum nous arriverons à être présents partout. Nous irons au-delà de Kidal et nous irons chercher nos adversaires partout où ils iront », assure Traoré. Mais la crainte d'exactions envers les « peaux blanches » continue à se faire ressentir. Washington a d'ailleurs apporté son soutien aux « appels lancés par les Maliens et les Français exhortant les citoyens maliens à ne pas exercer de représailles contre les Touaregs ou d'autres minorités ethniques », selon la porte-parole du département d'État Victoria Nuland. Quelque 3 500 soldats français sont actuellement déployés au Mali, un chiffre qui devrait monter à environ 4 400 dans les prochains jours, selon Paris.

(Avec AFP)

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