Extension Factory Builder
30/01/2013 à 17:21
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un tunisien brandissant le drapeau noir salafiste. Un tunisien brandissant le drapeau noir salafiste. © AFP

De Bahreïn à Tombouctou, en passant par l'Algérie, il est au coeur de l'actualité : le drapeau noir imprimé de caractères blancs est devenu le symbole des salafistes du monde entier. Mais que signifie-t-il ? Décryptage.

Des caractères arabes qui claquent en blanc sur fond noir, une apparence familière, celle des étendards sombres du jihad supposés similaires à la bannière que le prophète Mohammed brandissait lors de ses conquêtes.  Mais la forme de celle-ci détonne. La calligraphie basique qui le couronne, « La ilaha illa Allah » (il n’y a de dieu que Dieu), tranche avec les volutes compliquées des autres drapeaux salafistes et percute comme un « Just do it » de Nike. Il est frappé en son centre d’une sorte de cercle ovoïde barré de trois inscriptions « Allah » (Dieu),« Rasoûl » (Prophète), « Mohammed ». Un logo sobre et efficace qui évoquerait presque la pomme croquée d’Apple. Depuis 2011 cette bannière se répand dans le ciel des troupes salafistes combattantes ou militantes, des zones tribales du Pakistan aux maquis yéménites et sahéliens, des rues de Beyrouth aux places de Rabat.

"Le Sceau des Prophètes"

Quand le Prophète eut l’intention d’écrire une lettre au souverain des Byzantins, on lui dit que ces gens ne la liraient pas si elle n’était pas cachetée d’un sceau. Alors le Prophète se fit faire un anneau d’argent (…) et fit graver dessus "Mohammed, Messager d’Allah".

Hadith rapporté par Boukhari, (Vol.4, livre 52,189)

Ses éléments renvoient aux premiers âges de l’Hégire, ceux des pieux ancêtres contemporains de Mohammed, les salafs, dont les modernes salafistes cherchent à imiter la vie et les mœurs idéalisées. La calligraphie anguleuse, de style koufique, est celle des premiers écrits de l’Islam. Quant au « logo », ce rond blanc malhabilement tracé aux trois inscriptions, il s’agit en fait de l’empreinte du sceau de Mohammed, le Messager dont le Coran révèle qu’il est lui-même « le Sceau des Prophètes. » (Coran XXXIII.40). Bien qu’il  porte les mêmes mots dans la même calligraphie, ce n’est pas celui, rectangulaire, qui est conservé avec d’autres saintes reliques au palais de Topkapi, à Istanbul. Le sceau figurant sur la bannière est plutôt celui, circulaire, que l’on retrouve au bas de rares lettres attribuées à Mohammed, et qui enjoignent d’embrasser l’islam aux grands rois voisins de l’époque, ceux de Byzance, de Perse et d’Éthiopie mais aussi au roi de Bahreïn et au gouverneur d’Égypte. Il fait référence à la bague sigillaire que portait le Prophète, évoquée par son compagnon Anas Ibn Malik dans un hadith rapporté par Boukhari (Vol.4, livre 52,189) « Quand le Prophète eut l’intention d’écrire une lettre au souverain des Byzantins, on lui dit que ces gens ne la liraient pas si elle n’était pas cachetée d’un sceau. Alors le Prophète se fit faire un anneau d’argent (…) et fit graver dessus "Mohammed, Messager d’Allah" ».

Un message aux gouvernants muslmans ?
 
Sous cette forme, la bannière noire est en fait apparue en Irak dans la deuxième moitié des années 2000, adoptée par les troupes d’Al-Qaïda et alliés après leur proclamation de l’État islamique d’Irak, avatar de l’« Organisation d’Al-Qaïda au pays des deux fleuves ». En 2007, ses représentants ont émis un communiqué pour justifier le choix de l’étendard et en expliquer la symbolique. Le texte au sommet du drapeau, « il n’y a de dieu que Dieu », est la shahada, premier pilier de l’islam et profession de foi des musulmans que, explique le communiqué, le Prophète arborait dans les batailles, en blanc sur fond noir et en noir sur fond blanc, et qu’il a transmise aux générations postérieures.  Le cercle blanc est effectivement l’empreinte du sceau du Prophète, et il ne faut pas lire l’inscription qui y est gravée de haut en bas, ce qui donnerait « Allah, le Prophète de Mohammed ». Elle doit être lue de bas en haut « Mohammed le Prophète d’Allah » et la position « en chef » du nom de Dieu unique indique sa suprématie. En brandissant précisément le sceau dont Mohammed signait ses appels à la conversion des dirigeants voisins, les salafistes cherchent-ils à rappeler aux gouvernants de pays musulmans l’apostasie qu’ils leur attribuent, tout en enjoignant aux autres de rallier l’islam ?

Il s’agit donc à l’origine du drapeau d’Al-Qaïda en Irak que les salafistes du monde entier semblent de plus en plus adopter.

Il s’agit donc à l’origine du drapeau d’Al-Qaïda en Irak que les salafistes du monde entier semblent de plus en plus adopter. On le retrouve en grand nombre particulièrement en Tunisie : c’est d’ailleurs celui qui avait été dressé à la place du drapeau tunisien à l’université de la Manouba en mars 2012, celui que les étudiants ont découvert, le 28 janvier, flottant à la place des couleurs nationales au lycée Slimane Ben Slimane à Zaghouan… Ironie de l’histoire, l’empreinte de sceau représentée sur le drapeau est issue d’une pieuse relique, type d’objet honni par les salafistes qui y voient des supports d’idolâtrie.   

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Un Michel peut en cacher un autre

Un Michel peut en cacher un autre

Le nouveau Premier ministre se prénomme Charles et n'a que 38 ans. Mais il a de qui tenir. Louis, son père, est un vieux briscard de la politique locale. Et de la "Belgafrique".[...]

Terrorisme : le Maroc demande à la France de retirer son appel à la vigilance

Pour le ministre marocain de l'Intérieur, Mohamed Hassad, la présence du Maroc dans une liste de 40 pays dans lesquels la France appelle ses ressortissants à une vigilance renforcée "est[...]

Allemagne, la crise d'asthme

Les mauvaises nouvelles se succèdent, l'économie s'essouffle et le spectre de la récession menace. Mais Angela Merkel refuse d'infléchir sa politique. Louable opiniâtreté ou[...]

Algérie : nouveau blocage dans l'enquête sur la mort des moines de Tibhirine ?

Les magistrats français qui se sont rendus en Algérie la semaine dernière n'ont pas pu emporter les prélèvements effectués sur les restes des crânes des sept moines[...]

Migration : quand les Africains ne défendent pas les Africains

En pleine polémique européenne sur l’immigration, Daxe Dabré n’a pas honte de publier le livre "Je suis noir : j'ai honte...". Aiguillon salutaire dans le débat ou ramassis de[...]

Ebola business, commerce macabre autour d'une épidémie

Des boucles d'oreille aux peluches en forme de virus, les produits dérivés à l'effigie d'Ebola se multiplient sur la Toile. Alors que l'épidémie fait rage, avec un bilan de 10 000 cas en Afrique[...]

Canada : un militaire et un assaillant tués après une fusillade au Parlement d'Ottawa

Un tireur, décrit comme un "terroriste" par le Premier ministre canadien, a tué mercredi un soldat à Ottawa et semé la panique au Parlement avant d'être abattu par la police.[...]

L'OIF aux Africains !

Moins de six semaines nous séparent de l'élection du nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les 57 chefs d'État ou de gouvernement[...]

Un tandem remplace Christophe de Margerie à la tête de Total

 Pour prendre la succesion de Christophe de Margerie, décédé le 20 octobre dans un accident d'avion, le groupe français Total a confié le poste de président du Conseil[...]

Ebola : "Je suis un Libérien, pas un virus", la campagne qui veut vaincre la stigmatisation

#IamALiberianNotAVirus (comprenez : "Je suis un Libérien, pas un virus"). C'est la nouvelle campagne qui anime les réseaux sociaux américains pour lutter contre la stigmatisation des personnes[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers