Un manifestant égyptien sur un véhicule de la police sur la place Tahrir, le 29 janvier 2013.
© AFP
Depuis le deuxième anniversaire de la révolution, le 24 janvier, l'Égypte est plongée dans le chaos. Mardi 29, l'armée égyptienne a mis en garde contre un "effondrement de l'État" en cas de poursuite de la grave crise politique que traverse le pays, qui a déjà fait quelque 50 morts en cinq jours.
Deux ans après la révolution qui a fait chuté Hosni Moubarak, l'Égypte fait face à de profonds troubles politiques et sécuritaires. Plus de 50 personnes ont été tuées à travers le pays lors des violences de ces cinq derniers jours. Au Caire, le calme est revenu mardi matin aux abords de la place Tahrir, où des heurts sporadiques entre la police et des groupes de jeunes s'étaient poursuivis jusque tard dans la nuit. Les émeutes se sont toutefois poursuivies durant la nuit dans la région du Canal de Suez, dans le nord-est du pays, malgré le couvre-feu. Les manifestants criaient « dégage » et scandaient des slogans hostiles aux chef de l'État, Mohamed Morsi, et aux Frères musulmans, le mouvement islamiste dont il est issu.
« La poursuite du conflit entre les forces politiques et leurs divergences sur la gestion du pays pourraient conduire à un effondrement de l'État », a prévenu le ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi. Le ministre a également appelé « toutes les forces politiques » à trouver une issue aux « problèmes politiques, économiques, sociaux et de sécurité » du pays, dans un message devant une académie militaire. Il a également insisté sur la protection des « infrastructures vitales et stratégiques », au premier rang desquelles le canal de Suez, axe majeur du commerce mondial, dans la région duquel les troubles les plus meurtriers se sont produits.
L'armée déployée
Il s'agit de la première prise de position publique du général Sissi, également commandant des forces armées, depuis le début de cette nouvelle vague de troubles dans le pays. L'influente institution militaire, qui a dirigé l'Égypte pendant près d'un an et demi après la chute de Hosni Moubarak en février 2011, est plus discrète depuis que le président islamiste Mohamed Morsi, élu en juin, a écarté en août son ancien ministre de la Défense et adversaire, le maréchal Hussein Tantaoui.
Elle s'était toutefois déjà manifestée en décembre dernier pour appeler au dialogue et rappeler son rôle de garante de la stabilité du pays, lors d'une vive crise liée à l'adoption d'un projet de Constitution controversé. L'armée s'est déployée depuis plusieurs jours à Port-Saïd et à Suez pour protéger des bâtiments publics et des installations vitales dans ces deux villes aux entrées du canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge.
Dimanche soir, le président Morsi a imposé l'état d'urgence dans les trois gouvernorats jouxtant cet axe stratégique de navigation (Port-Saïd, Ismaïliya, Suez). Le Sénat a par ailleurs ratifié lundi un projet de loi autorisant le président à déployer l'armée afin qu'elle participe temporairement au maintien de l'ordre. « Le peuple du canal défie l'état d'urgence du président », titrait mardi le journal indépendant Al-Chorouq.
Heurts sanglants à Port-Saïd
Cinquante-deux personnes ont péri et des centaines ont été blessées dans les violences qui ont débuté jeudi soir dernier. Les heurts les plus sanglants ont eu lieu à Port-Saïd, où 42 personnes ont péri depuis la condamnation à mort, samedi, de 21 supporteurs du club de football local Al-Masry, impliqués dans des heurts meurtriers l'an dernier à l'issue d'un match contre le club cairote d'Al-Ahly. Ces affrontements, les plus meurtriers depuis l'élection de Mohamed Morsi en juin 2012, se déroulent sur fond de forte contestation du pouvoir du président par l'opposition laïque et de sévère crise économique.
Les États-Unis ont condamné lundi « avec force les violences qui se déroulent dans plusieurs villes égyptiennes », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney. Le pétrole s'affichait en hausse mardi matin en Asie, soutenu notamment par les risques géopolitiques actuels en Égypte et en Algérie.
(Avec AFP)

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