Avec son ouvrage "The Afronauts", la photographe espagnole Cristina de Middel revisite de manière fictionnelle un fait historique oublié de l'histoire : la folle aventure spatiale zambienne, dans les années 1960. Invitée des prestigieux festivals européens et nominée pour le prix Deutsche Börse, son travail s'annonce déjà comme un rendez-vous incontournable de l'année 2013 de la photographie.
« The Afronauts » de Cristina de Middel, ancienne journaliste espagnole, basée à Londres, devenue artiste photographe, a créé la surprise dans le monde de la photographie outre-manche à la fin de l’année 2012, en raflant les invitations à de nombreux festivals (Rencontres d’Arles 2013, Photographer's Gallery de Londres, Circulation(s) à Paris) et une nomination pour le prix Deutsche Börse 2013 de la photographie. Cet ouvrage de fiction photographique rassemble une série de clichés, textes, cartes, lettres et autres dessins inspirés par un projet totalement fou ayant eu lieu en Zambie, en 1964 : le programme spatial du professeur Edward Makuka Nkoloso.
Ce scientifique, alter ego africain du professeur Tournesol, avait pour ambition d’emboiter le pas aux États-Unis et à la Russie dans la course à la conquête de l’espace. Sous sa supervision, douze jeunes Zambiens s’entraînaient alors dans un camp près de Lusaka pour se préparer aux conditions de vie en apesanteur. « Nous allons partir sur Mars, avec une femme astronaute, un chat et un missionnaire », déclarait-il, enthousiaste, au Lusaka Times en 1964. Ce projet – dont la date de lancement avait été fixée au jour de la cérémonie de célébration de l’Indépendance – ne sera jamais pris au sérieux par les autorités zambiennes et finira par être abandonné - faute de financement - avant de tomber dans l’oubli.
Images d'archives du professeur Edward Makuka Nkoloso (en Anglais)
« Je suis tombée sur cette histoire par hasard, alors que je faisais des recherches sur des experts américains en psychologie comportementale, raconte Cristina De Middel, qui enseigne également l’art contemporain à l’université en Espagne et aux États-Unis. Je suis arrivée sur un site internet qui recensait les dix expérimentations les plus folles de l’histoire de l’humanité. Et le projet spatial zambien occupait la première place. »
En imaginant librement ce qu’aurait pu être ce projet spatial s’il avait abouti, « à la manière d’un réalisateur de cinéma », pendant un an, la photographe a mis en scène des situations, conçu des personnages, des costumes et des décors. « Je n’ai jamais été en Zambie, j’ai quasiment tout fait en Espagne. Dans mon métier de journaliste, j’étais un peu fatiguée de cette relation entre la vérité et la photographie. J’ai alors voulu raconter des histoires, des fictions qui sont basées sur des faits réels. Et en photo, c’est quelque chose qui n’est pas très commun », explique-t-elle.
Avec ce projet, Cristina de Middel brouille avec audace et poésie les frontières entre le mythe et la réalité. Mais il s'agit aussi pour cette artiste, qui par ailleurs travaille pour le compte d’ONG, de donner une autre image, positive, de l’Afrique : « Je voulais raconter l’histoire de personnages qui ont de grandes idées, attaquer des préjugés. Pourquoi rit-on quand on parle de programme spatial zambien et pas quand on parle de programme spatial allemand ? Derrière cela, il y a beaucoup de préjugés, qui amènent à ouvrir le débat ».

"The Afronauts", Cristina de Middel
« J’ai pris cette photo au bord de la mer morte pour la Croix Rouge espagnole en Palestine. Je me baladais en voiture et je suis arrivé dans ce lieu où se trouvait un groupe de Ghanéens je crois. Ils ont commencé à me parler et à vouloir poser devant mon appareil. Alors j’ai dit : « Bon ok, vous faites des afronautes !.» « Et après je leur ai expliqué mon projet. J’ai eu un peu de chance. Dans cette démarche, cela montre qu'il faut avoir l’esprit réceptif à tout ce qui peut servir pour raconter l’histoire. »
"Afronauts", Cristina de Middel
« C'est une photo que j’ai prise en Italie cet été. Il suffit de tourner la photo, pour que cette chose qui flotte sur un lac devienne une navette spatiale. C'est simple et très amusant au regard de tout les débats autour de la manipulation de l'image en post-production. Alors moi aussi je fais la manipulation, mais de manière très simple et naîve. J'aime l'idée de jouer avec toutes les possibilités de la photo, mais ici il s'agit d'un jeu honnête, sans trop d’artifices. »
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Jean-Sébastien Josset (@jsjosset)
- Crsitina de Middel est invitée au Festival Circulation(s), qui se tient du 22 février au 31 mars 2013 à la galerie Côté Seine et Trianon du Parc de Bagatelle de Paris.
- Site Internet de l'artiste : www.lademiddel.com

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