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Une patrouille de l'armée malienne, le 22 janvier 2013. Une patrouille de l'armée malienne, le 22 janvier 2013. © Issouf Sanogo/AFP

Deux organisations de défense des droits de l'homme demandent l'ouverture d'une enquête sur des exactions que des soldats de l'armée malienne auraient commises dans le centre du pays, notamment à Sévaré, Mopti et Niono. Une affaire prise très au sérieux par Paris et Bamako, alors que des troupes africaines commencent à se déployer dans le pays.

De graves violations des droits de l’homme auraient-elle lieu dans le cadre de la reconquête du Nord-Mali ? C'est ce que redoute la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) qui, le 23 janvier, treize jours après le début de l'intervention française, a accusé des soldats de l'armée malienne d'avoir perpétré « une série d'exécutions sommaires », dans l'ouest et le centre du Mali, réclamant la création « immédiate » d'une commission d'enquête indépendante.

Les exactions auraient été commises à Sévaré (650 km au nord-est de Bamako), dans le camp militaire de l'armée malienne. Au moins 11 personnes ont été exécutées à proximité de la gare routière et près de l'hôpital, a affirmé l'ONG après avoir enquêté plusieurs jours. « Nous avons obtenu des témoignages concordants de sources locales et nous avons les identités des onze victimes », a affirmé Florent Geel, responsable Afrique de la FIDH, actuellement au Mali.

Dans la région de Niono, deux Maliens d'origine touarègue ont été exécutés par des soldats maliens, a ajouté la FIDH, qui a rapporté également « des informations crédibles sur une vingtaine d'autres cas d'exécutions à Sévaré où les corps auraient été enterrés en toute hâte, notamment dans des puits ». De son côté, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a dit enquêter sur des « allégations d'exactions graves impliquant des membres de l'armée malienne », après avoir réclamé l'envoi d'observateurs de l'ONU.

Arabes et Touaregs visés

Ces violations des droits de l’homme touchent principalement les communautés arabes et touarègues, majoritaires dans les groupes islamistes. Si elles se multipliaient, ces exactions empêcheraient vraisemblablement l’armée de reconquête du Nord d’obtenir auprès des populations locales des informations capitales sur la localisation des jihadistes, sans compter qu’elles participeront aussi de l’aggravation de la situation humanitaire en favorisant l’augmentation du nombre de nombre de déplacés.

Naissance du MIA, dissidence d'Ansar Eddine

La guerre divise Ansar Eddine. Des membres du mouvement islamique et touareg, qui contrôle militairement et politiquement deux régions du Nord-Mali sur trois (Tombouctou et Kidal), ont annoncé, mercredi 23 janvier, dans un communiqué, avoir fait dissidence. Dirigés par Alghabass Ag Intalla, fils de l'influent chef des Ifoghas, ces rebelles ont créé leur propre faction, baptisée Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). Ils demandent l’arrêt des hostilités dans les régions de Kidal et de Ménaka, et se disent prêt à combattre Ansar Eddine.

Outre Alghabass Ag Intalla, qui a représenté le mouvement islamiste lors des négociations de Ouagadougou, Mohamed Ag Arib, l’ancien porte-parole d’Ansar Eddine, fait également parti des dissidents.

L’enjeu est si important pour l’image de l’armée française et pour l’efficacité de l’intervention que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a appelé mercredi l'encadrement de l'armée malienne à être « extrêmement vigilant » envers les risques d'exactions car leur « honneur est en cause ». Et son collègue des Affaires étrangères, Laurent Fabius, d’estimer de son côté qu'il n'était pas possible d'« accepter des violations des droits humains ».

Fabius a ajouté lors d'une audition à l'Assemblée nationale qu'il avait évoqué, mercredi, ces questions avec le Premier ministre malien Diango Cissoko, lors d'un entretien au téléphone, et que le président malien Dioncounda Traore allait à nouveau adresser une mise en garde aux troupes maliennes en fin de semaine. Les Touaregs « sont nos amis (…) sauf ceux qui se sont laissés embrigader par des groupes terroristes que nous condamnons totalement », a expliqué le ministre.

--> Lire aussi l'interview de Peter Bouckaert : "Si la France ne fait rien, elle sera éclaboussée par les bavures de ses alliés" au Mali

Tribunal militaire

Le chef d'état-major de l'armée malienne a quant à lui promis mardi que « tout soldat qui commettra des exactions contre des population civiles sera immédiatement ramené du terrain et jugé par un tribunal militaire », mettent en particulier en garde contre des atteintes visant les « peaux blanches », Arabes et Touaregs au Mali.

Mardi également, les forces africaines qui se sont regroupé à Bamako ont commencé à se déployer et à se diriger vers le Centre du Mali, a annoncé Paris. « Il y a déjà des forces qui sont arrivées à Bamako. Un certain nombre de forces ont déjà commencé à monter vers des villes intermédiaires (centre) », a expliqué Fabius.

À Bamako, « 160 soldats du Burkina Faso sont arrivés à Markala (270 km au nord de Bamako) pour prendre la relève des Français » qui y tiennent un pont stratégique sur le fleuve Niger, a indiqué une source au ministère malien de la Défense. Selon elle, « ils sont déjà installés, ils pourront ensuite aller à Niono et à Diabali. (…) Après les Français, les Africains sont sur le terrain », a-t-elle ajouté.

(Avec AFP)

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