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23/01/2013 à 17:09
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L'émir du Qatar, Hamad bin Khalifa Al Thani. L'émir du Qatar, Hamad bin Khalifa Al Thani. © Reuters

En France, les critiques vont bon train contre le Qatar, soupçonné de soutenir les jihadistes au Nord-Mali. Qu'en est-il réellement ? Le point sur ce que l'on sait.

Mis à jour le 24/01 à 12h25.

« Double-jeu » ou « jeu trouble », « ambivalence » et « opacité » : d’inquiétants soupçons sur les agissements du Qatar au Mali surgissent régulièrement dans les médias francophones. Les mystères qui semblent draper le petit émirat fascinent autant que son incalculable fortune gazière. Sur la scène politique française, les extrêmes, toujours promptes à fustiger la gazomonarchie, ont à nouveau été les premiers à s’agiter.

« Qui finance certains groupes au Mali, si ce n'est le Qatar ? » s’enflamme sur les bancs du Sénat la communiste Michelle Demessine, le 16 janvier. « Nous sommes les alliés du Qatar, pays qui a armé tous les islamistes du monde en toutes circonstances », renchérit la présidente du Front national, Marine Le Pen, au micro de France Info, le 18 janvier.

D’autres pays ont intérêt à déstabiliser le Qatar et à le désigner comme bouc émissaire. (...) C’est plus compliqué que ce qu’on veut en dire.

Alain Juillet, ex-patron de la DGSE (sécurité extérieure française)

Dans les sables du Sahel, le bon ami de Paris se révèlerait-il être un ennemi sournois ? Premier État à manifester son scepticisme sur la pertinence de l’attaque française, l’émirat a en tout cas donné du grain à moudre à ses détracteurs. « Je pense que le dialogue politique est important et nécessaire. Je ne pense pas que la force réglera le problème », a déclaré dès le 15 janvier le Premier ministre qatari Hamad Ibn Jassem. Quant au charismatique prédicateur Youssef Qaradawi, star d’Al-Jazira et président de l’Union internationale des Oulémas, il dénonce depuis Doha une intervention « précipitée » en appelant à un « règlement pacifique équitable ».

Pas d'alliance stratégique

Cela trahit-il pour autant la complicité du Qatar avec les jihadistes ? Les informations les plus solides avancées parles médias pour la démontrer sont, à bien les scruter, aussi floues que les manœuvres prêtées à l’émirat. Deux sources des renseignements français se sont récemment exprimées. Pour Alain Juillet, ex-patron de la DGSE (La Tribune de Genève, 18 janvier 2013) : « D’autres pays ont intérêt à déstabiliser le Qatar et à le désigner comme bouc émissaire. (…) Personne n’a jamais dit que le Qatar soutenait Aqmi. Bien au contraire. C’est plus compliqué que ce qu’on veut en dire. » De son côté, Alain Chouet, ex-chef du service de renseignement de sécurité de la même maison, assure : « Nous n’avons pas de preuves d’un soutien financier du Qatar à ces différents groupes et vous n’en trouverez pas mais tout le monde en est à peu près convaincu. » (Marianne.fr, 18janvier 2013) Auprès des mieux renseignés des gens bien informés, peu d’éléments permettent donc de penser que « le Qatar finance le jihad ». Encore moins qu’il en est l’allié stratégique.

Confiée aux autorités jihadistes, l'aide qatarie a été inévitablement instrumentalisée pour nourrir les combattants, séduire ou sanctionner la population, ou a été simplement revendue.

Depuis mars 2012 et la prise du Nord Mali pas les islamistes, près de 400 000 personnes ont été déplacées et la question urgente s’est posée de l’aide à leur apporter. Les jihadistes rejetant toute présence occidentale, un accord a pu être trouvé avec le Haut-commissariat aux réfugiés pour qu’une aide humanitaire soit apportée par des États musulmans. Entre alors en scène le Qatar, qui dispose déjà de bons réseaux dans la région. La Croix rouge malienne et le Croissant rouge qatari s’entendent pour que cette dernière convoie au Nord des denrées alimentaires vitales mais aussi quelques fonds destinés à l’entretien des infrastructures de base. Confiée aux autorités jihadistes, l'aide a été inévitablement instrumentalisée pour nourrir les combattants, séduire ou sanctionner la population, ou été simplement revendue. Au fil des mois, les cinq groupes jihadistes - Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et les Signataires par le sang, liés à Al-Qaïda, avec Ansar Eddine et Ansar el-Charia, jihadistes maliens, touaregs pour les premiers et arabes bérabiches pour les seconds - s’étaient réparti le territoire et les bénéfices de l’aide qui y parvenait.

Rivalité Qatar-Arabie Saoudite

Mais à la fin de juillet, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) et l'ONG Human Rights Watch (HRW) s’inquiètent sérieusement : en fournissant cette aide humanitaire, le Qatar ne finit-il pas par soutenir des groupes terroristes liés à Al-Qaïda ? Doha décide de ne plus livrer que les Touaregs maliens d’Ansar Eddine et fait la prospérité du groupe aux dépends de ses voisins d’Ansar el-Charia. « L’Arabie saoudite n’a pas apprécié que le Qatar retire seul le mérite de l’assistance à des musulmans et a commencé en septembre à fournir la même aide au groupe malien concurrent, Ansar el-Charia qui a regagné en puissance, explique l’islamologue Mathieu Guidère, familier de la politique qatarie. Mais la place autour de Tombouctou était trop petite pour les deux chefs Iyad Ag Ghali et Oumar Ould Hamaha. Les deux se sont entendus et Hamaha a emmené Ansar el-Charia vers le sud et a attaqué Konna pour s’y tailler un fief. »

Le chercheur estime que « le Qatar et l’Arabie saoudite ne financent aucun groupe terroriste, mais ils soutiennent in fine matériellement Ansar Eddine et Ansar el-Charia. Les ennemis du Qatar peuvent ainsi accuser, sans pouvoir être contredits, le Qatar de soutenir les jihadistes au Mali, comme les amis de l’émirat peuvent déclarer légitimement qu’ils ne font qu’y apporter une aide humanitaire. » Une ambiguïté qui est souvent la marque de fabrique de la politique et de la diplomatie qatarie, laquelle fait apparaître l’ambitieux petit émirat de plus en plus suspect aux yeux des opinions publiques françaises mais aussi arabes. Ce qui amène Peter Boukaert de HRW à conclure : « Le Qatar devrait certainement être plus transparent dans son rôle au Maghreb et au Sahel, et ne devrait pas s’y compromettre avec des éléments impliqués dans des exactions ou des actes terroristes ».

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