Au Maroc, un violeur peut échapper à la prison s'il consent à épouser sa victime. Une incongruité du code pénal dont l'abrogation est imminente.
Les Marocaines auront peut-être de quoi se réjouir : si les parlementaires vont de l'avant, l'article 475 du code pénal permettant à un violeur d'éviter la prison s'il épouse sa victime devrait être abrogé. Le gouvernement islamiste a indiqué, lundi 21 janvier, soutenir cette réforme.
Il a même été plus loin, faisant savoir dans un communiqué de presse que des peines plus lourdes seraient bientôt appliquées pour les violeurs, allant jusqu'à 30 ans d'emprisonnement contre cinq actuellement. « Ces amendements sont de nature à garantir la protection nécessaire des mineurs contre toutes les agressions sexuelles », a commenté mardi le ministre marocain de la Justice, Mustapha Ramid.
Cette annonce vient s'ajouter à d'autres mesures pour améliorer la condition de la femme au Maroc, alors que le Parlement avait adopté, l'an dernier, une nouvelle Constitution intégrant explicitement l'égalité des hommes et des femmes en matière de droits et libertés. L'article 19 de la Constitution mentionnait par ailleurs que le gouvernement marocain s'affairait à établir la parité homme-femme au sein de la société. Par ailleurs, le royaume avait adopté une nouvelle mouture du code de la famille (Moudawana) dès 2004, imposant un cadre très strict à la polygamie.
Faits divers
La partie est toutefois loin d'être gagnée, le nombre de mariages de mineures ayant bondi ces dernières années, à l'instar du nombre de cas de violences faites aux femmes. Selon des statistiques rapportées par le journal Le Soir Echos, le nombre de jeunes filles mineures mariées est passé de 29 847, en 2008, contre plus de 34 000 deux ans plus tard, en 2010. Et six millions de Marocaines seraient victimes de violences physiques ou verbales, dont plus de la moitié dans le cadre conjugal, d'après les données de l'unique femme au gouvernement islamiste, la ministre de tutelle, Bassima Hakkaoui.
Plusieurs faits divers tragiques ont récemment provoqué une vive émotion. Encore la semaine dernière, le député Hassif Arif, accusé de viol, a été acquitté au grand dam de la société civile. La plaignante affirme avoir accouché d'un enfant à la suite de son agression. Et elle a été placée derrière les barreaux pour outrage au magistrat. La jeune-femme se serait emportée contre le juge à la lecture du verdict, le 18 janvier.
Un long chemin
Le président du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), Driss El Yazami, a prévenu que les avancées prévues devraient s'accompagner d'une démarche appropriée pour parvenir à la parité. « Toute avancée est à souligner, mais la question n'est pas simplement d'affirmer le principe de parité. [...] Il faut plutôt comment on va vers la parité », a-t-il plaidé, ajoutant qu'outre les percées judiciaires, il faudrait aussi compter sur un énorme travail d'éducation et de changement des mentalités auprès de la population.
Les premières manifestations en faveur de l'abrogation de la loi sur le mariage entre un violeur et sa victime remontent à l'an dernier, alors que le Maroc était sous le choc du suicide d'une adolescente de 16 ans, mariée de force à l'homme qui l'avait violée. La jeune Amina el Filali s'était donnée la mort en mars 2012, créant une vague de protestations contre une loi accusée de protéger davantage le criminel que la victime.
(Avec AFP)

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