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23/01/2013 à 14:28
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Des jihadistes à Gao, au Nord-Mali. Des jihadistes à Gao, au Nord-Mali. © Issouf Sanogo, AFP

Les islamistes armés qui occupent le nord du Mali se sont préparés à l’intervention militaire actuelle depuis de longs mois. Ils devraient rapidement adopter une stratégie de guérilla sur laquelle les forces françaises et africaines pourraient bien se casser les dents.

Depuis le 10 janvier et l’intervention des forces maliennes et françaises à Konna, pour stopper l’offensive des jihadistes vers le sud, le Mali est en guerre. Une guerre asymétrique, qui oppose deux ennemis aux moyens et aux stratégies radicalement différents. Sur le plan militaire, les soldats français et africains ont rapidement pris l’avantage sur les groupes islamistes armés. Ciblés par des frappes aériennes, la plupart des combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), d’Ansar Eddine (Défenseurs de l’Islam) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont quitté les grandes villes du Nord qu’ils contrôlaient depuis neuf mois. À part une attaque menée sur la petite localité de Diabali, finalement reprise le 21 janvier par l’armée malienne, les islamistes radicaux semblent refuser le combat frontal avec leurs adversaires.

S’ils s’habillent en tenue civile et se cachent derrière un turban, ils deviendront indétectables. On pourrait assister à la création de plusieurs cellules dormantes.

Yves Trotignon, ancien membre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)

« Ils savent très bien qu’ils ne tiendraient pas le choc, explique Yves Trotignon, ancien de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et spécialiste de l’islamisme radical. Leur stratégie devrait être un mélange de guérilla et de terrorisme ». Cette tactique, semblable à celle qu’appliquaient leurs « frères d’armes » en Irak et en Afghanistan, consiste à user l’ennemi en le frappant violemment et par surprise. « Les jihadistes sont face à une situation nouvelle, ils vont devoir s’adapter au comportement de leurs ennemis, estime Louis Caprioli, conseiller chez Geos, une société de sécurité privée. Leur seule façon de s’en sortir, ce sera de porter des coups ponctuels pour enliser le conflit ».

Déplacements de nuit

La récente, et sanglante, attaque d’un commando islamiste sur le site gazier d’In Amenas, dans le sud algérien, en est un premier aperçu. Outre les prises d’otages, les attentats-suicides et les embuscades sont d’autres techniques susceptibles d’être utilisées par les jihadistes, dont certains, très déterminés, n’hésiteront pas à sacrifier leur vie au nom de la guerre sainte. Pour le moment, les combattants sont disséminés un peu partout dans le Nord du Mali, trouvant notamment refuge dans les grottes et les zones montagneuses autour de Kidal. « La dissimulation au sein des populations sera aussi très difficile à gérer pour les forces régulières, ajoute Yves Trotignon. Ces gens sont sur place depuis des années et ont noué des liens solides avec les tribus locales. S’ils s’habillent en tenue civile et se cachent derrière un turban, ils deviendront indétectables. On pourrait alors assister à la création de plusieurs cellules dormantes. »

Fins connaisseurs du terrain, très mobiles, les islamistes radicaux se déplacent en petits groupes à bord de puissants 4x4 Toyota. Ils attendent généralement la tombée de la nuit pour bouger et sont donc difficilement repérables pour les drones et les avions de surveillance qui survolent la zone. Ils ont par ailleurs aménagé plusieurs caches d’armes, de munitions et d’essence dans toute la bande sahélienne. « Leur principal problème risque d’être logistique, analyse Louis Caprioli. Il faut remplir les réservoirs et avoir suffisamment de munitions pour tenir les combats. Ils ont forcément prévu des réserves, mais pour combien de temps ? » Les opérations militaires en cours ont certainement compliqué les circuits d’approvisionnements traditionnels des jihadistes. La Mauritanie et l’Algérie ont annoncé la fermeture de leurs frontières avec le Mali, ce qui, théoriquement, devrait également réduire les déplacements et les trafics transfrontaliers. Il reste néanmoins très difficile, voire impossible, de surveiller ces milliers de kilomètres au milieu du Sahara.

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Benjamin Roger (@benja_roger)

 

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