Extension Factory Builder
20/01/2013 à 12:17
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Passage du fleuve Niger, à Tomboutou, en mai 2012. Passage du fleuve Niger, à Tomboutou, en mai 2012. © Baba Ahmed/JA

Au Nord-Mali, les populations touareg et arabes qui attendent d’être libérés des islamistes radicaux craignent en même temps le retour des soldats de l'armée malienne. Une psychose qui en fait déjà fuir certains.

L’opération Serval se poursuit contre les positions des islamistes d’Ansar Eddine et leurs alliés d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Impatients, les habitants du Nord-Mali se réjouissent  de voir leur terre bientôt libérée du terrorisme. Mais ils éprouvent en même temps une sourde inquiétude au sujet du retour prochain des militaires dans leur région.

« Les nomades (touareg et arabes) se rappellent encore du massacre des campements de la tribu Kel Essouk à Djabag,  qui avaient été complètement anéantis entre Gao et Kidal en 1994 [lors d’une rébellion touareg, ndlr], explique Mohamed Ramadan, un porte-parole du Mouvement arabe de l’Azawad, l’un des mouvements indépendantistes. Ou encore celui de la localité de Gossi au sud du fleuve Niger et de Léré vers la frontière avec la Mauritanie. »

Peu préparés au respect des droits de l’Homme, assimilant facilement les rebelles armés et les populations touareg, les soldats pourraient bien en effet faire payer aux civils du Nord les humiliations et les récents échecs de leur armée.

Les organisations non gouvernementales ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur les risques importants qui pèsent sur certaines communautés du nord du Mali. La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a fait état de dix cas de disparitions forcées ou d'exécutions sommaires à Sévaré, où l'armée malienne dispose d'un poste de commandement opérationnel.

Le 19 janvier, Human Rights Watch prévenait « avoir reçu des informations crédibles faisant état de graves abus commis par des membres des forces de sécurité maliennes contre des civils, en particulier touareg et arabes, dans et autour de la ville de Niono. »

De son côté, la semaine dernière, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) demandait que l’intervention militaire ne permette pas à l’armée malienne de retourner dans le Nord avant que le conflit politique soit réglé entre les deux parties du pays. 

« Il vaut mieux éviter le chemin de l'armée »

Entre temps, la population a déjà pris le chemin des camps des refugiés. « Les populations sont victimes du terrorisme et gardent en mémoire les rebellions précédentes », explique Abdoul Karim Ould Oumar, maire adjoint de la ville de Ber (60 km au nord-est de Tombouctou). Ils croient qu’un massacre va être commis contre eux. Ils pensent donc que le meilleur moyen de survie c'est la fuite. »

Sidi Mohamed, un chef de famille qui se rend vers le camp de réfugiés de M’bera, en Mauritanie, confirme : « Nous quittons Darsalam (45 km au sud de Tombouctou). Ce site est sur la route qui mène à Tombouctou et il vaut mieux éviter le chemin de l’armée. »

D’autres habitants des campements touareg et arabes se trouvant au sud fleuve Niger, dans la région de Tombouctou et Gao, se dirigent à dos de chameau et d’âne vers les camps au Burkina Faso et au Niger.

Selon le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), on comptait déjà, au 16 janvier, soit 6 jours après le début de la guerre, 1 440 nouveaux réfugiés dans les pays voisins.

------

Baba Ahmed, à Bamako - @Babahmed1 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Le détachement militaire français dépêché dans le nord du Mali sur le lieu du crash du vol Ouaga-Alger AH 5017 a retrouvé vendredi la boîte noire du DC-9 affrété par Air[...]

Mali : le gouvernement et six groupes armés signent à Alger une "feuille de route" pour la paix

Après d'âpres tractations et plusieurs mois de blocage, le gouvernement malien et six groupes armés ont signé jeudi à Alger un document sur la "cessation des hostilités". Une[...]

L'épave "désintégrée" du vol AH5017 localisée vers Gossi dans le nord du Mali

L'état-major de l'armée burkinabè a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir localisé dans le nord du Mali l'épave "désintégrée" du DC9[...]

Mali : ce que Bamako et les groupes armés négocient à Alger

Réunis à Alger, les groupes armés du Nord-Mali et les autorités maliennes tentent de se mettre d'accord sur une feuille de route commune pour la suite des négociations de paix. [...]

Mali - RDC : Nkulu Kalumba, un long chemin vers la liberté

À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, "Jeune Afrique" et le HCR au Mali ont organisé un concours de journalisme. C'est l'article d'une jeune étudiante[...]

Drague : le bal des faux-culs

Ils sont discrets, rembourrés et très à la mode en Afrique de l'Ouest... Zoom sur ces collants qui permettent aux femmes d'afficher de jolies fesses rebondies à moindre prix.[...]

Mali : bientôt un procès dans l'affaire des "bérets rouges" ?

Le rapport d'enquête sur l'affaire de la disparition des "Bérets rouges" devrait prochainement être bouclé et transmis au procureur, ouvrant ainsi la voie à un éventuel[...]

Ramtane Lamamra : "Un accord dans cent jours" sur le Nord-Mali

Le chef de la diplomatie algérienne fait le point sur le dialogue inter-malien, entamé le 16 juillet, et qui devrait être suspendu le 24 juillet avant une reprise à la mi-août. Première[...]

Hollande prépare le lancement de l'opération Barkhane à N'Djamena

L’opération "Barkhane", du nom de la nouvelle configuration stratégique de l’armée française dans le Sahel qui devrait mobiliser 3 000 soldats environ, sera officiellement[...]

Pourquoi le Mali s'est fait épingler par le FMI pour des fournitures militaires

Le FMI est-il trop pointilleux ? Un contrat de fournitures militaires de plusieurs dizaines de millions d'euros fait en tout cas tiquer les bailleurs de fonds. Trop opaque, jugent-ils. Le Mali n'apprécie pas.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers