Arrêté le 17 janvier, à Téma, au Ghana, l’Ivoirien Charles Blé Goudé a été immédiatement emmené dans les locaux du Bureau national des investigations, à Accra. Le leader du Congrès panafricain des jeunes patriotes (Cojep), proche de Laurent Gbagbo, a pu parler ce vendredi 18 janvier au matin à ses avocats ghanéens. On ignore encore qui, de la Cour pénale internationale (CPI) ou des autorités de la Côte d’Ivoire, a émis le mandat d’arrestation visant Blé Goudé. Me Nick Kaufman, l’avocat israélien coordonnateur de la défense de Charles Blé Goudé, a répondu aux questions de Jeune Afrique.
Jeune Afrique : connaissez-vous les conditions de détention de Charles Blé Goudé au Ghana ?
Nick Kaufman : D’après mes informations, il est détenu dans les locaux du Bureau national des investigations du Ghana. Le procureur de l’État, Matthew Amponsah, doit me contacter plus tard dans la journée, et m’a dit agir dans le cadre du mandat d’arrêt de la CPI.
Il ne s’agit donc pas d’un mandat d’arrêt de la Côte d’Ivoire ?
Je ne suis pas en mesure de le confirmer pour l’instant, c’est à la CPI de le faire. J’ai contacté les procureurs chargés du dossier de Charles Blé Goudé à La Haye, Fatou Bensouda et Eric MacDonald, mais n’ai pas encore obtenu de réponse.
Plusieurs médias ont rapporté que l’arrestation de Charles Blé Goudé était liée à Interpol. Ce n’est pas le cas ?
Interpol ne procède jamais elle-même aux arrestations ; l’organisation diffuse plutôt des « notices rouges » [requête de coopération d’un pays ou d’une juridiction internationale, ndlr], et c’est peut-être ce qui été fait depuis les bureaux d’Interpol à Lyon. Mais ce sont les autorités locales, dans ce cas-ci ghanéennes, qui sont responsables de l’exécution d’un tel mandat d’arrêt.
Que reproche-t-on à Charles Blé Goudé ?
Ce n’est pas clair pour l’instant. S’il s’avérait que le mandat d’arrêt a été émis par la CPI, alors les accusations le visant ne feraient aucun doute. Le nom de Charles Blé Goudé est mentionné dans les accusations de la CPI portées contre Laurent Gbagbo. Le parquet à La Haye le cite comme membre de sa garde rapprochée, et le soupçonne de crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales en Côte d’Ivoire.
Quelles sont les actions prévues par la défense pour la suite ?
Nous avons dépêché un avocat ghanéen, qui a été le tout premier à rencontrer Charles Blé Goudé, ce matin même. Et si nous apprenons que le mandat d’arrestation est bel et bien issu de la CPI, alors je le représenterai à La Haye pour la suite des procédures judiciaires. Mais s’il s’agit plutôt d’un mandat de la Côte d’Ivoire, une audience sur son éventuelle extradition aura lieu et il pourrait alors demander une mise en libération conditionnelle. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi on la lui refuserait, car il n’y a pas de risques de fuite et mon client s’est engagé à collaborer pleinement avec la CPI.
Avez-vous été surpris par cette arrestation, compte tenu des négociations en cours avec le président sénégalais Macky Sall et les autorités ivoiriennes pour orchestrer son retour en Côte d’Ivoire ?
La COJEP vous en dira davantage. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que Charles Blé Goudé a clairement démontré qu’il est un homme de paix et joue un rôle essentiel dans la réconciliation en Côte d’Ivoire. Et je dois dire que je ne peux ignorer le fait que certaines personnes, à des fins politiques, ont fait pression pour que ce mandat d’arrêt, qui aurait été en suspens pendant longtemps, soit exécuté.

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