Le président de la Transition, Andry Rajoelina, a annoncé mardi 15 janvier qu'il ne présenterait pas sa candidature à l'élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 8 mai prochain.
Depuis le matin et l’annonce qu’Andry Rajoelina ferait une « déclaration à la Nation » à 20 heures, Antananarivo retenait son souffle. Dans la capitale, on ne parlait que de ça. Et à l’heure du rendez-vous, les Malgaches étaient tous devant la télé ou la radio.
La sentence est tombée peu après 20 heures. Andry Rajoelina, le président de la Transition, « l’homme fort » du pays depuis quatre ans, ne sera pas candidat à l’élection présidentielle dont le 1er tour doit se tenir le 8 mai prochain.
« Je ne me présente pas à l'élection. Je me sacrifie pour les 20 millions de Malgaches. (...) C'est comme ça que j'exprime mon patriotisme », a-t-il déclaré dans une allocution retransmise par l’ensemble des télés et des radios du pays. « C'est mon devoir d'organiser des élections dans la sérénité, a-t-il ajouté, l’air grave. Je dirigerai la Transition jusqu'à la fin et je suis prêt à faire une passation de pouvoir démocratiquement. Je souhaite beaucoup de choses à celui qui va me remplacer. »
« Cette décision est une surprise", explique l’éditorialiste d’un journal considéré comme favorable à Rajoelina. Tout, ces derniers temps, laissait penser qu’il se présenterait... Un nombre incalculable d’inaugurations (de stades, d’hôpitaux, d’escaliers) et de promesses, lui donnant une posture de candidat. Un discours souverainiste très dur envers la communauté internationale, accusée d’interférer dans la vie démocratique malgache - « une poignée de personnes ou des pays étrangers ne peuvent décider sur la manière de diriger notre pays et l'identité de celui qui le dirigera », disait-il encore la semaine dernière. Et des informations faisant état d’une volonté, parmi certains de ses proches, de sortir de la feuille de route concoctée par les médiateurs étrangers.
« La voie de la sagesse »
Mais Rajoelina a finalement opté pour « la voie de la sagesse », selon l’expression d’un diplomate en poste à Tana. Même parmi ses sympathisants, sa décision a été vécue « avec soulagement », indique un journaliste. « Sa candidature aurait été synonyme de nouveaux ennuis, et certainement d’une nouvelle prolongation de la transition, explique-t-il. Or le pays est las. Nous sommes tous pressés de sortir de cette impasse. » Une anecdote qui en dit long : au sein de la rédaction d’un journal pro-Rajoelina, des applaudissements et des cris de joie ont été entendus lorsque le président a annoncé sa non-candidature…
Dans son entourage, on assure que cette décision, Rajoelina l’a prise en son âme et conscience. Lui-même l’a réaffirmé lors de son intervention télévisée, rappelant qu’il s’y était engagé dès 2010. Mais pouvait-il faire autrement ? Depuis le 10 décembre, jour de l’annonce par le président tanzanien que son rival, Marc Ravalomanana, ne participerait pas à l’élection, la pression de la communauté internationale était insoutenable. Plusieurs pays « amis », dont la France, lui avaient clairement fait comprendre que sa candidature ne serait pas la bienvenue. Les institutions internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI), avaient rappelé la situation exsangue du pays. Quant à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui défend depuis des mois la solution dite du « ni… ni » (ni Rajoelina candidat, ni Ravalomanana candidat), elle ne l’a pas lâché d’une semelle. La dernière rencontre de Rajoelina avec les chefs d’Etat de la région, à Dar-es-Salam le 11 janvier, a certainement été décisive.
Au cours de son intervention, Rajoelina a toutefois émis un souhait : que les élections législatives se déroulent avec la présidentielle. Ces deux scrutins, attendus depuis plus de trois ans, doivent en théorie permettre à la Grande Île de rétablir l’ordre constitutionnel mis à bas après la chute de Ravalomanana, le 17 mars 2009. En attendant, et en l’absence annoncée des deux principales figures politiques du pays, c’est l’inconnue.

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