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14/01/2013 à 14h:50
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Djibrill Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères. Djibrill Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères. © AFP

Le chef de la diplomatie burkinabè et représentant du médiateur dans la crise malienne estime que la logique de  guerre à l’œuvre au Mali ne remet pas en cause la question du dialogue.

Jeune Afrique : Des négociations avec le MNLA et Ansar Eddine étaient prévues à Ouagadougou, le 21 janvier. Peut-on encore espérer la tenue de cette réunion ?

Djibrill Bassolé : Le principe de dialoguer pour asseoir les fondements d’une paix durable est toujours valable. Maintenant, il est évident que les affrontements qui  ont eu lieu sur le terrain vont poser quelques difficultés, ne serait-ce que pratiques, à l’envoi des délégations. Mais la médiation se montre toujours disponible à promouvoir le dialogue si tel est le souhait de chacune des parties.

Comment préparez-vous ces discussions ?

Dans la même veine que celles qui ont déjà eu lieu. Le médiateur a rencontré les mouvements  armés touaregs individuellement ainsi que le gouvernement  de transition. Le 4 décembre dernier, ils ont adhéré à un certain nombre de principes : l’arrêt total des hostilités avec la mise en place d’un mécanisme d’observation, le retour à la normalisation au Nord-Mali et puis le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Il y avait un agenda relativement précis sur lequel nous élaborions des propositions. Ce que nous préparions reste toujours valable.

Pourquoi les islamistes ont attaqué vers le Sud ?

Je ne saurai dire exactement quelles ont été les motivations. La situation militaire  s’était stabilisée. Chacun tenait sa zone avec des lignes de démarcation précises, bien que non formelles. Certains actes et certains propos ont pu irriter ou faire croire que le dialogue n’était pas sincère.

Que pensez-vous de l’appel à l’aide lancé par Dioncounda Traoré, le président malien, à la France ?

Tout ceci s’est  fait dans le cadre de la coopération bilatérale entre la France et le Mali en matière de défense et de sécurité et dans celui de la résolution 2085 des Nations unies.

Nous avons d'un certain temps pour le déploiement de forces militaires.

Est-ce que la force de la Cedeao doit accélérer son programme d’intervention ?

Une éventuelle intervention doit aller de pair avec une résolution politique de la crise si nous voulons créer les conditions d’une paix durable et stable. Mais Il est vrai que pour arrêter une offensive de cette nature, il n’y a que le déploiement de forces militaires comme solution.

Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de déploiement malgré le feu vert du Conseil de sécurité de l’Onu ?

C’est une question de préparation et de logistique. Nos pays, en raison de leurs moyens, ont besoin d’un certain temps de préparation.

Comment avez-vous accueilli le revirement d’Ansar Eddine ? N’avez-vous pas le sentiment d’un recul après les avancées constatées ?

Oui très certainement. Le 4 décembre, nous nous étions accordés sur un certain nombre de principes, en particulier sur celui d’arrêter toute forme d’activités militaires. La médiation a été surprise d’apprendre, au travers d’un communiqué, qu’Ansar Eddine avait l’intention de se soustraire à cet engagement. Avoir pris l’initiative de rompre cette trève pose un problème de confiance.

Y-a-t-il de bons et mauvais terroristes ? Vous faites la distinction entre Ansar Eddine d’un côté et le Mujao de l’autre…

Le terrorisme, par nature, est mauvais. Ansar Eddine est un mouvement malien touareg avec lequel il faut engager un dialogue politique si l’on veut ramener une paix durable. Les rébellions touaregs ne cessent de se répéter. Cette fois-ci, des islamistes sont venus se mêler à l’action des touaregs qui entretiennent des liens opérationnels avec eux. Il nous appartient de faire la part des choses. Le terrorisme est de toute façon à combattre, qu’il soit porté par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et même par Ansar Eddine. Nous souhaitons cependant qu’Ansar Eddine, qui est un mouvement touareg, se démarque  des actions terroristes pour demeurer un interlocuteur viable pour la paix.

Le Mali est en guerre depuis longtemps.

Vous ne vous découragez-pas de votre mission de médiation ?

Il n’y a pas à se décourager. De toute façon, on avait toujours pris en compte les deux volets du règlement de ce conflit : le dialogue et l’intervention militaire contre le terrorisme et le crime organisé.

Sommes-nous entré dans un processus de guerre irréversible ?

Non, le Mali est d’ailleurs en guerre depuis longtemps. À partir du moment où des mouvements armés ont coupé le territoire en deux, on est déjà dans un état de belligérance. La riposte de la communauté internationale contre ces groupes constitue une autre phase qui était prévisible. À partir du moment où la résolution du Conseil de sécurité a été votée, il fallait s’attendre à l’usage de la force à un moment ou un autre.

La médiation se justifie-t-elle toujours ?

Il y a une médiation que la Cedeao a confié à Blaise Compaoré, le président du Faso, qui consistait à créer les conditions du dialogue. Ce dernier est de toute façon nécessaire. Un jour ou l’autre, il va bien falloir dialoguer pour consolider la paix, la rendre effective et durable.

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Propos recueillis par Abdel Pitroipa, à Ouagadougou.


 

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