Dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 janvier, l'armée malienne a de nouveau affronté les groupes islamistes dans la région de Mopti, proche de la ligne de partition du pays. À Bamako et Kati, la colère gronde : plusieurs centaines sont descendues dans les rues mercredi, réclamant notamment la libération rapide du Nord.
Cette fois, ce ne sont plus des tirs de sommation. Après la tentative d'attaque islamiste repoussée lundi soir près de Konna, les militaires maliens ont combattu les jihadistes à l'arme lourde, dans la région de Mopti, dans la nuit de mercredi à jeudi. D'après une source militaire et un habitant, les combats se déroulaient entre Konna (environ 70 km au nord de Mopti), sous contrôle gouvernemental, et Douentza (145 km au nord-est de Mopti), sous contrôle des islamistes.
« Nous sommes en combat, il n'y a rien à dire », a lâché un responsable militaire sur le terrain. « Nous sommes en bonne position », a pour sa part indiqué un officier supérieur.
Aucune source n'a pu être jointe par l'AFP au sein des groupes islamistes armés, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et Ansar Eddine. Depuis leur prise le contrôle du Nord il y a 9 mois, c'est la première fois qu'ils affrontent sur le terrain l'armée malienne.
Le Burkina Faso, médiateur régional dans la crise malienne, a appelé à la retenue par la voix de son chef de la diplomatie, Djibrill Bassolé, qui a été reçu à Bamako par les autorités. « Nous sommes préoccupés par la situation au Nord où il nous a été signalé des mouvements de troupes. Nous lançons un appel à toutes les parties pour qu'elles se retiennent », a déclaré le ministre burkinabè. « (...) et surtout que les parties belligérantes créent les conditions de confiance et de sérénité propices à la tenue d'un dialogue constructif de paix », a-t-il ajouté.
Manifestations à Bamako et Kati
Mopti est la dernière capitale régionale avant les territoires sous contrôle des islamistes. Entre Konna et Mopti se trouve la localité de Sévaré (moins de 15 km de Mopti), où l'armée dispose d'un poste de commandement opérationnel. Selon un militaire malien, des hommes et des armes ont été envoyés à Mopti dans la nuit de mardi à mercredi, et des témoins ont vu une partie de ces renforts se rendre à Sévaré.
Dans la journée de mercredi, plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs manifesté à Bamako et Kati (15 km à l'ouest), réclamant notamment des concertations sur la transition politique, la libération du Nord et le départ de Dioncounda Traoré.
Ces manifestations ont été marquées par des scènes de violences. Le ministère de la Sécurité intérieure a fait état d'un blessé, admis à l'hôpital, et de l'interpellation de six individus armés qui avaient profité des manifestations pour mal agir. Face à cette situation tendue, le gouvernement a décidé de fermer toutes les écoles et les établissements d'enseignement supérieurs dans les districts des deux villes, et ce « jusqu'à ce que les conditions de sérénité et de quiétude soient réunies ».
"La guerre, plus tôt qu'on ne le pense"
Le gouvernement malien, Ansar Eddine et les rebelles touaregs - évincés du Nord par leurs ex-alliés islamistes - devaient tenir des discussions directes jeudi à Ouagadougou. Ces pourparlers ont été reportés à la demande des différentes parties pour leur donner « plus de temps pour se préparer », selon le Burkina Faso. Tous « sont d'accord pour se retrouver autour de la table de négociations, ce n'est qu'une question de jours », a assuré Djibrill Bassolé à Bamako.
Sous la pression du Burkina Faso et de l'Algérie, Ansar Eddine s'était engagé à prendre ses distances avec Aqmi et le Mujao, à dialoguer avec Bamako et avait offert une trêve. Le 3 janvier, le groupe islamiste armé était revenu sur son offre, sans fermer la porte à de nouvelles discussions.
Des préparatifs sont en cours pour le déploiement d'une force internationale au Mali, approuvé par l'ONU le 20 décembre et prévu par étapes, sans calendrier précisé. Le 31 décembre, le président Dioncounda Traoré avait affirmé que le Mali se préparait à « la guerre contre les terroristes (...) plus tôt qu'on ne le pense ».
En novembre, Romani Prodi, l'émissaire de l'ONU pour le Sahel, avait estimé une intervention impossible avant septembre 2013. Il est attendu jeudi à Bamako.
(Avec AFP)

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