Depuis sa tentative d'assassinat fin octobre 2012 à Bukavu (Sud-Kivu), le docteur Denis Mukwege, qui opère les femmes victimes de viol au Kivu, réside en Belgique. De passage à Paris en ce début d’année, le gynécologue congolais a rencontré notamment Valérie Trierweiler, la campagne du président français. Il revient pour "Jeune Afrique" sur le sort des femmes à l’est de la RDC. Interview.
Son péché ? Être « l’homme qui répare les femmes » violées à l’est de la RDC. Le gynécologue congolais Denis Mukwege dérange. Il a échappé belle, le 25 octobre dernier, à une tentative d’assassinat à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu. Exfiltré d’urgence via le Burundi, il a rejoint la Belgique. Un exil forcé mais temporaire puisque le médecin-chef de l’hôpital Panzi, qui a soigné en seize ans 40 000 femmes victimes de violences sexuelles, compte retourner vite auprès de ses patientes. C’est là-bas que se trouve sa « place », dit-il.
En attendant, Denis Mukwege sillonne les villes d’Europe pour raconter le sort des femmes et des enfants de la partie orientale de la RDC, otage des groupes armés actifs dans la région. De passage à Paris, celui qu’on dit parfois « nobélisable » a rencontré, le 4 janvier, Valérie Trierweiler, la compagne du président français, avec qui il a publié récemment « Au Kivu, on viole et massacre dans le silence », une tribune parue dans le quotidien français Le Monde et signée par 40 personnalités notamment Muhammad Ali et Jacques Chirac. Un cri d’alarme pour appeler la communauté internationale à mettre fin au drame qui se joue en sourdine dans le Kivu. « Il lui suffirait de donner l’ordre aux 17 000 soldats [de la Monusco, la mission onusienne sur place] de faire leur métier et de remplir leur mandat. Leur métier de soldat. Et leur mission de garantir la paix et la dignité de l’espèce humaine », suggèrent les signataires.
La Monusco constitue, en effet, la mission la plus importante des Nations unies dans le monde. 19 154 membres du personnel en uniforme dont 17 049 soldats, 693 observateurs militaires et 1 412 policiers sont actuellement déployés sur le terrain. Avec un budget de plus d’un milliard d’euros. Cela n’a pas empêché pourtant les rebelles du M23 de prendre, le 20 novembre dernier, le contrôle de la ville de Goma, malgré l’appui des forces onusiennes à l’armée régulière congolaise. Ni aux groupes armés de poursuivre leur besogne à l’est de la RDC depuis près de deux décennies. En un mot, « la population est abandonnée à son propre sort », conclut le gynécologue Denis Mukwege.
Par Trésor Kibangula (@Tresor_k)
L'interview en vidéo

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