Condamnés en première instance à cinq ans de prison ferme pour homosexualité, Franky, 23 ans, et Jonas, 22 ans, deux travestis camerounais, ont été déclarés non coupables en appel, ce 7 janvier, par le tribunal de Yaoundé.
En première instance, le tribunal de Yaoundé les avaient condamnés à la peine maximale prévue pour délit d’homosexualité, soit cinq ans de prison ferme, assortis d’une amende de 200 000 F CFA (300 €). L’année 2013 commence plutôt bien pour Franky, 23 ans, et Jonas, 22 ans, qui ont finalement été déclarés non coupables en appel, lundi 7 janvier. Après plus d’un an de calvaire, ils vont pouvoir rejoindre leur famille.
Interpellés le 25 juillet 2011 à Yaoundé, les deux jeunes hommes avaient été condamnés en novembre 2011 alors même qu’ils n’avaient pas été formellement reconnus coupables du crime d’homosexualité tel que défini par le Code pénal camerounais. Il n’y a pas eu de flagrant délit et l’accusation, qui ne disposait pas de la moindre preuve, les avait surtout interrogés sur leur « habillement féminin » propre à n’« attirer que des hommes ». Dans sa plaidoirie, le procureur avait fustigé l’homosexualité, la qualifiant « d’abomination » et de « malédiction ».
La défense, elle, avait pointé un «délit de faciès» dû à leur « habillement féminin ». Arrêté en même temps qu’eux, Hilaire, un homme d'une quarantaine d'années, absent au procès, avait lui aussi écopé de la même peine. Après la confirmation en appel, le 17 décembre 2012, de la peine de trois ans de prison ferme infligée à Roger Mbébé, lui aussi poursuivi pour homosexualité, les chances de voir les deux hommes innocentés semblaient bien minces.
L’avocate suisse de Franky et Jonas, Saskia Ditisheim, présidente d'Avocats sans frontières Suisse, salue « la décision courageuse des juges, qui les honore », d’autant plus « qu’[elle] imagine les pressions reçues afin de confirmer la condamnation de première instance ». Pour Saskia Ditisheim, cet acquittement constitue la première pierre à l’édifice de la tolérance et laisse souffler un vent d’espoir au Cameroun. « Cependant, ajoute-t-elle, le combat continue pour Roger Mbédé notamment, et pour la dépénalisation de l'homosexualité. »
Clarisse Juompan-Yakam

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