Extension Factory Builder
02/01/2013 à 17h:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Roger Lumbala, à Paris en septembre 2012. Roger Lumbala, à Paris en septembre 2012. © Vincent Fournier/JA

Roger Lumbala, opposant congolais, leader du Rassemblement congolais pour la démocratie - national (RCD-N), vient de rallier le Mouvement du 23-Mars (M23). Il explique les raisons de son engagement aux côtés de la rébellion.

Après quelques atermoiements, l’opposant congolais Roger Lumbala a rejoint le mouvement du 23-Mars (M23). Les dirigeants rebelles ont officialisé son ralliement le 1er janvier en marge d’une cérémonie d’échanges de vœux tenue dans leur fiel Bunagana. En septembre, Kinshasa accusait déjà cet élu de Miabi, dans le Kasaï oriental, d’être de mèche avec le mouvement rebelle qui sévit dans le Nord-Kivu. Accusation que le concerné rejetait en bloc. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Roger Lumbala, le leader du Rassemblement congolais pour la démocratie - national (RCD-N) explique à Jeune Afrique les raisons de ce revirement.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous rejoint le Mouvement du 23-Mars (M23) ?

Roger Lumbala : Je n’ai pas adhéré au M23, mais je soutiens le M23. Je considère que Joseph Kabila n’a pas gagné la présidentielle du 28 novembre 2011. Dès lors que le M23 fait siennes les revendications de l’opposition politique congolaise relatives aux résultats frauduleux de cette élection, je me sens proche du M23. Par ailleurs, la Constitution de la RDC autorise tout Congolais à faire échec à celui ou ceux qui prennent le pouvoir par la force. C’est pourquoi je soutiens aujourd’hui le M23 qui mène une lutte armée contre le régime de Kabila.

En septembre encore, lorsque Kinshasa vous accusait de connivence avec les rebelles, vous rejetiez tout en bloc, affirmant n’avoir que des revendications politiques. Vous avez même déclaré à Jeune Afrique que c’est Kabila qui « est avec le M23 ». Qu’est-ce qui a changé depuis, pour qu’on vous retrouve dans la rébellion ?

Joseph Kabila n’écoute que le langage des armes. Combien de fois l’opposition a réclamé un dialogue pour débattre des résultats controversés des dernières élections. Il a préféré répondre par des intimidations. Étienne Tshisekedi a été mis en résidence surveillée, Eugène Diomi Ndongala arrêté, et puis Floribert Chebeya ou encore Armand Tungulu ont été assassinés...
Je me reconnais donc aujourd’hui dans les trois revendications principales du M23 : l’application de l’accord du 23 mars, l’imposition de la vérité des urnes et le fédéralisme. Voilà plus de dix ans que Joseph Kabila est au pouvoir, et il n’est pas parvenu à donner ne fût-ce que de l’eau potable et de l’électricité à l’ensemble de la population congolaise. Aujourd’hui, la solution aux problèmes de la RDC passera par le M23, qui a mis Joseph Kabila à terre, l’obligeant à accepter les négociations.

Quel rôle comptez-vous jouer aux côtés du M23 lors des négociations qui doivent redémarrer le 4 janvier entre Kinshasa et les responsables de la rébellion ?

En 2011, j’ai battu campagne pour Étienne Tshisekedi. Je suis à la tête d’un parti politique et vice-président d’un groupe parlementaire. Les Congolais qui m’ont élu député entendent mon message. La population de Bunagana [fief de la rébellion, ndlr] a confiance en moi. Mon rôle aux côtés du M23 sera celui de partenaire.

Les experts onusiens accusent le Rwanda et, dans une certaine mesure, l’Ouganda de soutenir le mouvement rebelle que vous venez de rejoindre. Qu’en pensez-vous ?

C’est faux. Je suis à Bunagana et je n’ai pas vu un seul Rwandais dans les troupes du M23. Ce sont les jeunes Congolais qui sont déterminés à combattre le pouvoir de Kinshasa. À chaque bataille, l’armée de Kabila abandonne des tonnes de munitions aux rebelles. Dans son incapacité à constituer une armée républicaine et dissuasive, c’est Joseph Kabila qui ravitaille la rébellion, pas le Rwanda.

Vous vous associez au M23 au moment où l’ONU multiplie des sanctions contre ses dirigeants. Le 1er janvier, Jean-Marie Runiga, "chef civil" de la rébellion a été interdit de voyager et ses avoir gelés. Ne craignez-vous pas de vous retrouver dans le collimateur du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Le Conseil de sécurité sanctionne les responsables du M23 sur des faits dont il n’est même pas à mesure de vérifier la véracité. Pour ma part, je ne crains rien. J’ai déjà levé une option : je m’associe au M23 pour chasser Kabila du pouvoir et rétablir des bons rapports avec nos voisins. La RDC n’a pas intérêt aujourd’hui à être en conflit avec ses voisins.

___

Propos recueillis par Trésor Kibangula (Tresor_k)

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

Cameroun : Mohammed Iya réélu à la tête de la Fecafoot

Cameroun : Mohammed Iya réélu à la tête de la Fecafoot

Le président sortant de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Mohammed Iya, a été réélu à la tête de la fédération malgré sa gestion t[...]

L'Italie "change d'approche" à l'égard de l'immigration avec Cécile Kyenge

Cécile Kyenge, première ministre noire de l'histoire italienne, chargée de l'Intégration, a présenté, le 19 juin à Genève, sa vision d'une Italie qui est en train de[...]

RDC : vague d'indignation après l'arrestation d'étudiants congolais à Jalandhar, en Inde

L’arrestation de 21 étudiants congolais dans le Penjab, État situé dans le nord de l’Inde, ne passe pas à Kinshasa. Certains Kinois ont essayé, le 19 juin, de s’en prendre aux[...]

RDC - Football : Claude Le Roy, décision imminente

Partira, partira pas ? Claude Le Roy devrait faire connaître sa décision dans les prochains jours quant à son avenir à la tête des Léopards de RDC.[...]

RDC : la brigade d'intervention encore en "reconnaissance" du terrain

Un mois après le début du déploiement de la brigade d’intervention de la Monusco à Goma, les opérations de traque des groupes armés n’ont toujours pas commencé dans[...]

Goma : les habitants impatients de voir la brigade d'intervention à l'oeuvre

Le déploiement d'une brigade d'intervention de l'ONU, dans l'est de la République démocratique du Congo, soulève de l'espoir parmi la population de Goma même si, face aux violences des rebelles,[...]

Afrique du Sud : les Congolais de Yeoville s'inquiètent pour l'après-Mandela

"Quand Mandela ne sera plus là, nous allons tous vous faire partir" d'Afrique du Sud. Dans le quartier de Yeoville, à Johannesburg, les Congolais sont nombreux à avoir déjà entendu[...]

Stefaan Marysse : "L'économie de la RD Congo reste dirigée en fonction des besoins de l'extérieur"

Chercheur au Centre d’études sur la région des grands lacs de l’Université d’Anvers, Stefaan Marysse suit depuis quinze ans l’économie congolaise. Selon lui, la RD Congo a[...]

Rwanda : le "Cadre de l'espoir" peut-il faire une différence en RDC ?

Albert Rudatsimburwa est directeur de la radio Contact FM, au Rwanda. [...]

Song Dongsheng : "Nous sommes dans une position de collaboration, pas de domination"

Incontournable sur le continent avec 50 000 salariés dans 30 pays africains, le géant chinois Sinohydro n'y relâche pas ses efforts. Entretien avec son président, Song Donsheng.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers