L'ancien commissaire mauritanien aux droits de l'homme, Mohamed Lemine Ould Dadde, est sorti de prison, ce mercredi 26 décembre dans l'après-midi. Il était incarcéré depuis septembre 2010 et avait été condamné à trois ans de prison en juin dernier.
Mohamed Lemine Ould Dadde est enfin sorti de prison. Le 26 décembre, à 15 heures (locales), sa mise en liberté provisoire, assortie d'une caution de 9 millions d'ouguiyas (près de 22500 euros) a été signifiée à l'un de ses deux avocats, Me Brahim Ould Ebety. « Mon client est très content, il va pouvoir continuer à se battre pour prouver son innocence et nous serons à ses côtés », a réagi Me Ebety, interrogé par Jeune Afrique.
En juin dernier, l’ancien commissaire mauritanien aux droits de l’homme, 45 ans, avait été condamné à trois ans de prison ferme et à 76 millions d’ouguiyas (190 000 euros) d’amende. Officiellement, il aurait détourné dans l’exercice de ses fonctions, 271 millions d’ouguiyas (750 000 euros) en vue de l’achat, à un prix jugé trop élevé, de matériaux de secours – tentes et denrées alimentaires.
Limogé de ses fonctions le 26 août 2010 et écroué un mois plus tard, Ould Dadde aurait donc fait les frais de la lutte contre la gabegie lancée par le chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz. Sauf que ses avocats n’ont eu de cesse de dénoncer les « incohérences » du dossier, ainsi que la « détention arbitraire » de leur client. D’abord, Mohamed Lemine Ould Dadde est traduit devant des juridictions ordinaires, alors que sa fonction lui conférait un rang de ministre. Il aurait donc dû l’être devant la Haute Cour de justice. Ensuite, arrêté le 27 septembre 2010, il aurait dû être libéré le 27 septembre 2011, à l'expiration de la durée légale de sa détention provisoire (six mois, renouvelables une fois). Mais il n’a été jugé qu’après 20 mois d’emprisonnement…
Un homme qui dérange
Noble Maure de la tribu des Tagounanet (Trarza, région du sud-ouest de la Mauritanie), marié depuis onze ans à Céline Brard, une Française, Mohamed Lemine Ould Dadde dérange. Sous la dictature de Maaouiya Ould Taya (1984-2005), il milite au sein du mouvement Conscience et résistance, qui dénonce notamment les exactions commises à l’égard des Négro-Mauritaniens.
Prenant fait et cause pour la communauté noire haratine, il n’a ensuite cessé de lutter contre l’esclavage depuis sa nomination au commissariat aux droits de l’homme en septembre 2008, après le putsch du général « Aziz. » Dans le documentaire Chasseurs d’esclaves, diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte en 2008, Mohamed Lemine Ould Dadde racontait d’ailleurs comment il a libéré l’esclave qui lui avait été alloué à sa naissance.
« Mohamed Lemine Ould Dadde est victime d'une manipulation, assure Me Ebety. Il est innocent et nous allons continuer à nous battre pour le prouver. »

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