Extension Factory Builder
21/12/2012 à 12:51
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des hommes armées du groupe Ansar Eddine. Des hommes armées du groupe Ansar Eddine. © AFP

Alors que conseil de sécurité a donné son feu vert au déploiement d'une force internationale au Mali, le groupe d’Iyad Ag Ghali, Ansar Eddine, essaye de saper l’influence de ses anciens alliés jihadistes d’Aqmi. Sa méthode : s’appuyer sur les autorités traditionnelles, tribales et religieuses.

Sous l’impulsion de leur chef Iyad Ag Ghali, et sur recommandations du médiateur de la Cedeao dans la crise malienne, Blaise Compaoré, les combattants d’Ansar Eddine ont renoncé à l’application de la charia au Mali pour pouvoir entamer des négociations avec Bamako. Mais leurs liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avec lesquels ils n’ont pas rompu officiellement, demeurent très ambigus.

De fait, les deux groupes demeurent interdépendants dans leur prééminence au Nord-Mali. Ils ont uni leur force pour chasser les indépendantistes touaregs du Mouvement national de l’indépendance de l’Azawad (MNLA). « Comme certaines tribus touarègues ont des accointances avec Aqmi dans la région de Kidal, Ansar Eddine devait s’allier avec le groupe jihadiste afin de pouvoir exister sur le terrain. Aqmi a donné un appui logistique, financier et politique à Ag Ghali en échange d’une plus grande proximité avec les populations », affirme une source sécuritaire à Bamako.

"Porte de sortie"

Aujourd’hui, Ansar Eddine est la seule force touarègue qui contrôle militairement et politiquement deux régions du Nord-Mali sur trois (Tombouctou et Kidal). Mais pour en être totalement maître, et négocier en position de force avec Bamako, « Ag Ghali cherche actuellement à ménager une porte de sortie à Aqmi », explique un notable du Nord-Mali réfugié dans la capitale malienne.

La solution mise en œuvre consiste à rechercher l’appui des autorités islamiques locales, qui prônent un islam traditionnel. Dans la deuxième semaine de décembre, Iyad Ag Ghali a ainsi tenu à Essakane (70 km au Nord-Ouest de Tombouctou) une rencontre avec des cadis (juges islamiques), des imams et les chefs de tribus. Selon plusieurs sources, les chefs d’Aqmi, Yayia Abou El Hammam et Abdelhamid Abou Zeid ont également pris part à cette réunion.

« Les chefs de tribus ont manifesté leur attachement à l’islam, pas à celui que prône Aqmi mais à un islam de paix capable d’amener la stabilité et la cohésion sociale », explique le même notable. « Tout cela s’est fait en présence des islamistes d’Aqmi, alliés jusque-là à Ansar Eddine. De cette manière, Ag Ghali montre à ses anciens alliés que la communauté locale ne veut pas d’eux…  »

Méthode qui a fait ses preuves

Cette même méthode a déjà fait ses preuves au nord-est du pays. À Menaka, Alghabasse Ag Intalla, l’autre chef d’Ansar Eddine, a déjà pu convaincre les tribus de cette zone de rallier son groupe, en leur promettant de rester fidèle à l’islam traditionnel. « Les tribus de Kel-Essouk, Imachaghane, Daoussak, Ichelene-Harène, Imghad, etc… ont décidé de faire allégeance au groupe d’Ag Ghali en espérant la stabilité et la cohésion sociale… », confirme Aroudeyni Ag Hamatou, le maire d’Andaraboukane. « En ce qui concerne la charia, nous laissons nos imams et marabouts le soin de décider, mais on ne va pas changer l’islam que nous vivons depuis des décennies ».

Pour l’instant, rien ne permet de savoir quelle sera la réaction d’Aqmi face à cette montée en puissance d’Ansar Eddine. Mais selon la plupart des observateurs, une chose est sûre : « le jour où Aqmi prendra le dessus dans ce jeu d’influence, le Nord-Mali sera foutu », avertit le notable réfugié à Bamako. Car de vrais salafistes font partie de la population locale, à l’image du chef de la brigade islamique de Tombouctou, Mohamed Mossa AG Intilou. Un parmi d’autres.

___

Baba Ahmed, à Bamako

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : que viennent faire les leaders de la société civile en Europe ?

Mali : que viennent faire les leaders de la société civile en Europe ?

Une délégation de la société civile malienne est attendue lundi à Paris où elle doit avoir des échanges avec les autorités françaises, avant de se rendre en Allemagne [...]

CAN 2015 : Et si la qualification se jouait sur tirage au sort ?

En cas d'égalité parfaite à l'issue de la phase de poule entre deux équipes, la qualification pour les quarts de finale se jouera au tirage au sort. Une situation très improbable, mais qui[...]

La malédiction de la CAN 2015 frappe le Mali

La Côte d'Ivoire a égalisé en toute fin de match face au Mali (1-1) après avoir pris tous les risques. Les deux équipes sont au coude à coude dans un groupe qui n'a accouché que de[...]

Deux ans après l'opération Serval, où en est l'armée malienne ?

Le 11 janvier 2013, l'armée française intervenait au Mali pour aider les militaires maliens à défendre leur territoire face à l'assaut des groupes jihadistes vers le sud du pays. Deux ans plus[...]

Le Mali refuse d'inhumer Amédy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher à Paris

Amédy Coulibaly, le preneur d'otages du supermarché casher de Paris, devait être enterré au Mali, pays où ses parents sont nés. Mais, selon le quotidien français "Le[...]

CAN 2015 : Le Mali et le Cameroun dos à dos

 Pas de vainqueur dans le choc entre le Mali et le Cameroun dans le groupe D (1-1). Les Aigles pensaient tenir leur victoire mais les Lions Indomptables ont égalisé en fin de partie. La "poule de la[...]

Mali : Modibo Keïta, un nouveau Premier ministre cool et old school

À peine nommé Premier ministre du Mali, Modibo Keïta a déjà réussi un exploit : contenter simultanément le gouvernement, l'opposition et les groupes armés. Cela[...]

Fin de l'épidémie d'Ebola au Mali

Après plus quarante jours de surveillance sans cas confirmés, le Mali en a officiellement fini dimanche avec l'épidémie d'Ebola sur son territoire.  [...]

Charlie Bathily

C'est l'histoire de deux hommes, maliens d'origine, au coeur du drame qui a saisi la France le 7 janvier. Le tueur de Juifs et le sauveur de Juifs, l'assassin et le juste, le Bambara et le Soninké, le[...]

Un vent de francophonie sur la CAN 2015

Cinq entraîneurs, onez pays francophones, une majorité de joueurs de Ligue 1, la CAN 2015 qui se tient en Guinée-Equatoriale du 17 janvier au 8 février ressemblerait presque à une coupe de la[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121221123302 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121221123302 from 172.16.0.100