À 87 ans, Cheikh Tidiane Sy a annoncé le 8 janvier, par la voie du porte-parole des Tidianes, qu'il succèdait à son demi-frère, Serigne Mansour Sy, au Khalifat de la confrérie.
Le nouveau Khalife des tidianes (confrérie soufie fondée par l'Algérien Aboul Abbas Ahmad At-Tidjani (1737-1815)), Cheikh Tidiane Sy, a envoyé, le 8 janvier, une délégation dirigée par le porte-parole des Tidianes, Abdoul Aziz Sy « junior », à la réunion préparatoire sur le Mouloud (célébration de la naissance du prophète Mohamed qui aura lieu le 24 janvier 2013 à Tivaoune), initiée par le ministère de l'Intérieur du Sénégal.
« Nous sommes venus assister à cette réunion sur ordre du Khalife général des Tidianes, Cheikh Tidiane Sy », a déclaré Abdoul Aziz Sy « junior » lors de cette rencontre. Cette déclaration était la première faite directement au nom du nouveau Khalife, officialisant sa prise de fonction.
Un homme discret
Doyen des prétendants au titre de khalife général des tidianes, Cheikh Tidiane Sy, 87 ans, doit succéder à son demi-frère, Serigne Mansour Sy, décédé dans la nuit du 8 au 9 décembre à Paris. « Serigne Cheikh », comme l’appellent familièrement ses disciples, est ainsi le second petit-fils de El hadj Malick Sy, après Serigne Mansour, à accéder au khalifat.
Mystique et cultivé, le nouveau khalife (cinquième de la confrérie) possède une personnalité ouverte sur le monde, mais reste peu connu. « C’est un homme absolument difficile à caractériser. Le mystère est l’une de ses identités », affirme Djiby Diakhaté, un sociologue qui l’a côtoyé au sein des « Moustarchidine Al Moustarchidadi », l'association musulmane dont Cheikh Tidiane est le guide spirituel.
Et depuis plusieurs années, ses apparitions publiques se font même très rares. « Il ne s’adresse qu’une seule fois par an au public », confie un de ses proches. Une apparition qui a lieu à l’occasion du Gamou de Tivaoune (le Maoulid, célébrant la naissance du Prophète), lors d’une conférence publique.
Modernité
Le nouveau khalife est par ailleurs l’un des rares guides religieux à s’être affranchi du conservatisme propre à l’islam sénégalais en adoptant un discours novateur ouvert sur ma modernité. Son apparence est elle aussi en rupture. Au grand boubou traditionnel en bazin riche ou en « thioup » des marabouts sénégalais, Cheikh Tidiane a préféré la sobriété de la djellaba (vêtement en forme de longue robe avec capuchon).
Si le nouveau khalife est un érudit, il est aussi connu de la sphère politique sénégalaise. Dans les années 60 : il a fondé le Parti de la solidarité sénégalaise (PSS, dissout depuis) et a été un farouche opposant au premier président Sénégalais, Léopold Sédar Senghor. Une opposition qui lui a d'ailleurs valu quelques mois de prison. « C’est à la suite d’une manifestation violente de ses partisans en 1959, contre les résultats électoraux à Tivaoune, que Cheikh Tidiane Sy a été arrêté », se souvient encore un octogénaire. Par la suite, le marabout politicien se réconcilie avec Senghor qui le nomme ambassadeur au Caire en 1960, avant d’être accusé de « mauvaise gestion » et, remis, une nouvelle fois en prison en 1962.
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Nicolas LY, à Dakar

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