Quels cadeaux présidentiels se sont échangé François Hollande et Abdelaziz Bouteflika lors de leur rencontre officielle, mercredi 19 décembre, à Alger ? Le Français a offert un livre ancien et une sculpture à son homologue algérien, qui lui réservait deux chevaux de race et un tableau de Baya Mahieddine.
Mis à jour le 19/12 à 17h19.
S’il était un secret bien gardé, c’était celui des cadeaux officiels que se sont échangé les deux présidents algérien et français, le 19 décembre. Des présents qui ont valeur de symbole et qui ont été mûrement réfléchis afin de ne pas commettre d’impair. Du côté algérien, ce cadeau était vivant et animé puisqu’Abdelaziz Bouteflika a offert à son hôte deux chevaux, un étalon et une jument, sélectionnés dans le haras national de Tiaret.
Voir aussi notre chronologie : France-Algérie, 50 ans de rencontres au sommet.
« Offrir un cheval est la plus grande marque d’estime et de respect à l’égard d’une personne que l’on veut honorer, explique un spécialiste équin. C’est une tradition orientale et maghrébine ». François Hollande n'est pas le premier chef d’État français à recevoir un tel cadeau lors d’un déplacement officiel en Algérie.
En 1975, Valery Giscard d'Estaing est le premier président français à visiter l'Algérie indépendante. Houari Boumediène lui offre alors Ouassal, un superbe étalon barbe de trois ans. Mais la France s'en est trouvée un peu encombrée puisque la race n'était plus reconnue par les Haras nationaux. L’étalon fut alors affecté au Haras national du Pin, où il assuma le rôle ingrat et cruel de souffleur, mâle chargé de détecter les chaleurs des juments.
Baba Merzoug ou les clés de la Kasbah
En plus des deux chevaux, l'Algérie a également offert à Hollande un tableau de l'artiste algérienne Baya Mahieddine. Du côté français, le choix du cadeau s’est révélé un vrai casse tête. L’Élysée a d’abord pensé à faire un geste symbolique lié à la question mémorielle. Ainsi, on a parlé de la remise du canon de Baba Merzoug, une pièce d’artillerie ottomane qui protégeait autrefois le port d’Alger. Autre piste : les clés de la Kasbah d’Alger remise par le dey Hussein à l’armée française après la capitulation de la ville en 1830.
Toutefois, ces deux biens culturels appartiennent aujourd’hui au patrimoine de l’État français, ce qui en rendait la restitution compliquée. Et du côté d’Alger, ces propositions n’ont pas particulièrement été bien reçues car elles ranimaient une période douloureuse de l'histoire nationale. Les Algériens considèrent en effet que l’on ne peut offrir un trophée de guerre et qu'ils ont déjà libéré tout seul Alger.
Puis l’Élysée a envisagé une troisième option : un tableau de Gustave Courbet, La Biche morte, volé au musée national Ahmed Zabana d’Oran en 1985 et retrouvé à Paris en 2001. Il figure aujourd’hui à l’inventaire du musée d’Orsay à Paris. En 1954, il avait été prêté au musée d’Oran, où il est resté en dépôt après l’indépendance. Les deux États en revendiquent la propriété. La France aurait aussi pensé à restituer à l'Algérie un petit tableau de Jean-François Millet, La Becquée, qui avait été volé lui aussi au musée d'Oran, et qui représente une paysanne donnant à manger à ses trois enfants sur le pas de sa porte.
Surprise : le cadeau de Hollande à Bouteflika fut, lui aussi, double. Il s'agit d'un livre ancien datant de 1859, un récit de deux voyages en Algérie de l'abbé Jean-Joseph Léandre Bargès, et d'une sculpture d'un pur sang arabe en biscuit de porcelaine de Sèvres, signée Bruno Ecault.
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Par Pacal Airault, envoyé spécial à Alger

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