Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a souligné que la démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, sous la pression de l’armée, était due à une crise ouverte entre eux deux. Mais en réalité, dans cette affaire, le capitaine Sanogo jouait lui aussi sa survie politique. Explications.
« Quand un Premier ministre va jusqu'à payer des officiers, sous-officiers et militaires de rang pour se lever et l’appuyer ou l’assister au cas où il devrait partir, là c’est dangereux », a lancé le capitaine Sanogo dans une interview accordée à la télévision nationale ORTM, le 11 décembre. Une phrase qui est presque passée inaperçue au Mali, alors qu’elle est la clé pour comprendre l’arrestation du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, lundi 10 décembre, et sa démission le lendemain.
Les relations entre Diarra et les hommes de Sanogo ont commencé à se tendre à partir de la semaine précédant la rupture. « Au conseil des ministres du 5 décembre, il y a eu un débat houleux entre les ministres proches du capitaine et le Premier ministre. Les premiers accusaient le second de s’occuper plus de la préparation de sa campagne pour la présidentielle prévue en 2013 que des problèmes du pays », confie une source proche de l’ancien Premier ministre.
Sanogo au parfum
Comprenant que son pouvoir était plus que jamais menacé, Diarra entreprend aussitôt de prendre contact avec des officiers supérieurs. « C’est son directeur de cabinet, Oumar Konaté, qui était chargé d’organiser cette réunion secrète entre lui et des militaires de haut rang, sans en informer le capitaine Sanogo. Quand les services de renseignements ont informé ce dernier de la rencontre, il a immédiatement appelé le ministre de la Défense, le général de brigade Yamoussa Camara, afin qu’il donne l’ordre à ce qu’aucun officier de l’armée ne réponde à l’invitation », confie la même source. Qui ajoute : « C’est la raison principale de la démission forcée du Premier ministre ».
« Il voulait faire une sorte de putsch contre le capitaine Sanogo », confirme une source sécuritaire, à Bamako. Cheick Modibo Diarra aurait donc été victime de ses ambitions politiques « démesurées ». Mais l’incohérence de ses discours lui fait aussi perdre une partie de la confiance que les gens avaient placée en lui.
Au retour de sa dernière visite à Ouagadougou, à la fin de novembre, il avait tenu à Bamako un discours en faveur du dialogue avec le MNLA et Ansar Eddine, alors même que quelques jours auparavant, il parlait d’intervention militaire. Un changement de discours qui explique, sans doute, qu’aucune manifestation pour le soutenir n’a eu lieu après son arrestation et sa démission forcée.
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Par Baba Ahmed, à Bamako (@Babahmed1)

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