Extension Factory Builder
12/12/2012 à 09:43
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Rached Ghannouchi, chef d'Ennahdha, et Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT. Rached Ghannouchi, chef d'Ennahdha, et Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT. © AFP/Montage J.A.

Les rapports entre l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et le parti islamiste au pouvoir, Ennahdha, se sont tellement dégradés en un an que le pays a été menacé de paralysie par une grève générale, prévue le 13 décembre et annulée in extremis. Face au risque d'une nouvelle aggravation des tensions dans un pays en crise, les lignes ont finalement bougé.

Mis à jour à 18h34.

La solution au bras de fer entre UGTT et Ennahdha ne pouvait passer que par la préservation de la dignité de chaque partie. La centrale syndicale a fait preuve de responsabilité en annonçant, mercredi, qu'elle supendait l'appel à la grêve générale pour le jeudi 13 décembre. Mais elle reverra la question dans un mois, au terme de son accord avec le gouvernement. Car de son côté, celui-ci s'est engagé à présenter des excuses à l'UGTT, dont il doit réaffirmer le rôle national ; mais aussi à créer sous dix jours une commission d'enquête sur les incidents du 4 décembre devant le siège de la centrale, à Tunis, et à clore le dossier sous 30 jours en engageant une procédure de dissolution contre la « ligue de protection de la révolution jugée responsable des heurts - un groupuscule radical, proche du parti islamiste, qui avait déjà  provoqué la mort d’un militant du parti Nidaa Tounes, à Tataouine, en octobre dernier.

Mais l'apaisement reste provisoire et fragile tant, depuis un an, avec l’arrivée des islamistes au pouvoir en Tunisie, et l’élection du nouveau bureau exécutif de la centrale syndicale, les deux forces se sont livrées à une bataille de chiffonniers. Attaques en règle, dépôts d’ordures, saccages ou incendies de locaux se sont multipliés au fur et à mesure que l’UGTT affirmait son rôle politique et devenait la pierre angulaire de la société civile.

Force d’opposition, de proposition et de régulation, la centrale ouvrière déborde du champ de son action syndicale, mais il en a été ainsi depuis sa création en 1956. Avec le changement de régime et son rôle fédérateur durant la révolution, l’UGTT a bénéficié d’un regain de popularité et s’est positionnée contre un gouvernement qui peine à concrétiser son programme. Depuis le 23 octobre, date commémorative des élections de 2011, à laquelle l’Assemblée nationale constituante (ANC) aurait dû parachever la Loi fondamentale, la tension a été crescendo.

Initiative politique

Sous la direction de Houcine Abassi, l’insolente UGTT a pris l’initiative de proposer un agenda clair permettant d’aboutir à des élections ; elle avait récolté le consensus de la société civile, dont le patronat, ainsi que de tous les partis politiques à l’exception d’Ennahdha et du Congrès pour la République (CPR, du président Marzouki). Depuis, elle est dans le collimateur du pouvoir, d’autant que la centrale ouvrière a suscité le soulèvement de Siliana et a été ferme sur les négociations salariales.

Trop puissante, trop influente, trop présente… L’UGTT gêne les islamistes qu’elle freine aussi dans la réalisation de leur projet sociétal.

Trop puissante, trop influente, trop présente… L’UGTT gêne les islamistes qu’elle freine aussi dans la réalisation de leur projet sociétal. Les incidents du 4 décembre ont fait déborder le vase. Les assaillants salafistes réclamaient « l’épuration » de l’UGTT, et avaient choisi une date symbolique pour leur attaque : celle de la commémoration du 60e anniversaire de la mort de Farhat Hached, fondateur et leader charismatique du syndicat, mais aussi celle de la clôture des négociations sociales du secteur public. Outre l'appel à la grêve, la réaction de l'UGTT a été de couper les ponts avec Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, qui avait approuvé les actions de la ligue.

Instabilité

« Il n’est qu’un chef de parti et nous n’avons rien à faire avec les partis », assènaient des dirigeants syndicalistes qui n’acceptaient de médiation qu’avec le gouvernement. Leurs revendications étaient simples : dissolution de la ligue de protection de la révolution, accélération du processus de transition démocratique et contrôle de l’inflation qui grève le budget des ménages.

Pourtant, autour du projet de grève, le pays s'est divisé, chacun s’exprimant au nom du peuple, certains s’alarmant de la nécessité d’éviter que le pays ne bascule dans la violence. La pression de l’opinion mais également l’incertitude sur la réussite de la grève générale ont conduit les dirigeants syndicaux, par l’entremise de Mustapha Ben Jaafar, président de l’ANC et d’Ahmed Ben Salah, ancien secrétaire général du syndicat, à des négociations avec des représentants du gouvernement. Un accord conditionné par la suspension de la ligue avait été trouvé le 11 décembre. L’annulation de la grève du 13 décembre montre le maintien de la confiance de l'UGTT dans le gouvernement. Une condition nécessaire - mais pas suffisante - pour un règlement définitif de la crise.

________

Par Frida Dahmani, à Tunis

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

Tunisie : fusillade dans la caserne de Bouchoucha à Tunis, sept militaires tués

Un soldat tunisien a ouvert le feu lundi matin sur d'autres soldats, dans la caserne de Bouchoucha, à Tunis. Au moins sept militaires ont été tués et d'autres blessés, selon le ministère[...]

Barack Obama à Béji Caïd Essebsi : "Les États-Unis croient en la Tunisie"

À l'ocassion de la réception de Béji Caïd Essebsi à la Maison blanche jeudi, le président amréicain Barack Obama a annoncé son intention d'accorder à la Tunisie le[...]

Attentat du Bardo en Tunisie : doutes sur l'implication du suspect marocain arrêté en Italie

Un nouveau suspect a été appréhendé mercredi à Gaggiano, en Italie, dans le cadre de l'affaire de l’attentat du Bardo. Mais les premiers éléments laissent à penser[...]

Tunisie : contre la contrebande, l'électronique !

Habib Essid, le Premier ministre tunisien, et Slim Chaker, son ministre des Finances, ont donné carte blanche à Adel Ben Hassine, le directeur général des douanes fraîchement nommé,[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi reçu par Barack Obama à la Maison blanche

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi sera reçu jeudi à Washington par son homologue américain Barack Obama. Cette deuxième rencontre entre les deux hommes à la Maison[...]

Comment Samir Tarhouni, l'ancien chef de la BAT, a empêché les Trabelsi de quitter la Tunisie en 2011

Samir Tarhouni, l'ancien patron de la brigade antiterrorisme (BAT) a été l'un des principaux protagonistes du départ de Ben Ali. Retour sur un épisode clé de l'histoire tunisienne[...]

Tunisie : voyage au coeur de la BAT, la brigade antiterrorisme

Devenue un symbole national depuis l'arrestation des Trabelsi, en 2011, la brigade antiterrorisme nous ouvre pour la première fois ses portes.[...]

Attentat du Bardo en Tunisie : un suspect marocain arrêté en Italie

Un suspect marocain a été appréhendé mercredi dans le nord de l'Italie, pour complicité présumée dans l'attentat du Bardo. Le résultat d'une coopération avancée[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers