Extension Factory Builder
11/12/2012 à 08:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Cheick Modibo Diarra s'apprêtait à prendre l'avion pour Paris quand il a été arrêté. Cheick Modibo Diarra s'apprêtait à prendre l'avion pour Paris quand il a été arrêté. © AFP

Nommé le 17 avril, moins d’un mois après le putsch contre Amadou Toumani Touré, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, a été arrêté par des militaires, lundi 10 décembre au soir. Quelques heures plus tard, mardi matin, il présentait sa démission et celle de son gouvernement à la télévision nationale.

Mis à jour à 16h54.

Le petit capitaine a encore frappé. Après avoir renversé l’ancien président Amadou Toumani Touré en mars, Amadou Haya Sanogo a fait arrêter, lundi 10 décembre vers 23 heures, à son domicile, le Premier ministre pourtant issu du putsch du 22 mars - il avait été nommé le 17 avril -, Cheick Modibo Diarra. Quelques heures après, celui-ci présentait sa démission lors d’une brève allocution télévisée, diffusée à partir de 4 heures du matin, et était placé en résidence surveillée. Retour sur des événements qui fragilisent un peu plus la transition démocratique malienne.

Lundi soir, Cheick Modibo Diarra devait prendre l’avion pour Paris afin d'y passer un contrôle médical, selon un proche. Mais alors qu’il s'apprêtait à se rendre à l'aéroport, il a appris que ses bagages venaient d’être débarqués de l'avion. Il a donc attendu à son domicile des explications qui n’ont pas tardé à venir. 

« Le Premier ministre a été arrêté par une vingtaine de militaires venus de Kati », la ville garnison proche de Bamako et base des ex-militaires putschistes, a déclaré un membre de l'entourage du Premier ministre. « Ils lui ont dit que c'est le capitaine Sanogo qui leur a demandé de l'arrêter », a-t-il ajouté. Avec leur délicatesse habituelle, les militaires « ont carrément défoncé la porte de la résidence du Premier ministre et l'ont emmené un peu brutalement », a ajouté le témoin de l'arrestation.

Sans explication

On ne reverra le Premier ministre que quelques heures plus tard, tôt mardi matin, quand il présentera sa démission sur les ondes de l'Office de radio-télévision du Mali (ORTM). « Moi Cheick Modibo Diarra, je démissionne avec mon gouvernement », a-t-il déclaré, l’air grave et les traits tendus, sans donner plus d’explication. Il a simplement remercié ses collaborateurs et souhaité que « la nouvelle équipe » qui lui succédera réussisse sa mission : reconquérir le Nord-Mali, actuellement occupé par des islamistes liés à Al Qaïda, et organiser une élection présidentielle démocratique.

L’enlisement de la perspective d’une intervention rapide d’une force africaine au Nord, mais aussi l'absence de consensus autour de sa personne, lui ont peut-être coûté son poste.

L’enlisement de la perspective d’une intervention rapide d’une force africaine au Nord lui a peut-être coûté son poste. Les putschistes entendaient que Cheick Modibo Diarra usent des ses relations internationales pour accélérer la reconquête. Mais c’est finalement la prudence qui l’a emporté chez les partenaires du Mali. L'envoyé spécial de l'ONU au Sahel, Romano Prodi, estime ainsi qu’« une action militaire dans le nord du Mali ne sera possible qu'en septembre 2013 ». Et le secrétaire général de l’organisation, Ban Ki-moon, a mis en garde dans un récent rapport contre un usage précipité de la force qui pourrait « ruiner toute chance d’une solution politique négociée à cette crise, qui reste le meilleur espoir d’assurer la stabilité à long terme au Mali ».

Revanche

Alors que les militaires qui trépignent d’impatience espéraient partir à la reconquête du Nord au début de 2013 – l’Union européenne déploie sa mission de formation militaire à partir de janvier – il faut désormais négocier sérieusement avec les rebelles touaregs et les islamistes. Un non-sens pour des militaires humiliés qui n’aspirent qu’à prendre leur revanche. De fait, Amadou Haya Sanogo aime à se comparer au général Charles de Gaulle entré en résistance contre l'occupant pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945).

Sanogo a été nommé par le président malien par intérim, Dioncouda Traoré, à la tête d'une structure chargée de réformer l'armée malienne, sous-équipée et démoralisée. La démission forcée du Premier ministre survient après le report de « concertations nationales » convoquées par le gouvernement de transition qui devaient se tenir pendant trois jours à partir de mardi. La concertation avait pour but de tenter d'établir une « feuille de route » pour les mois à venir entre tous les acteurs - politiques, militaires, sociaux, organisations de la société civile - face à la crise sans précédent que traverse le pays. Mais les partis politiques comme les associations citoyennes sont divisées sur la marche à tenir. Cheick Modibo Diarra paie aussi, sans doute, le fait qu’il n’a pas su créé de dynamique et de consensus autour de  sa personne.

(Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : l'ONU appelle les groupes rebelles à parapher l'accord d'Alger

Mali : l'ONU appelle les groupes rebelles à parapher l'accord d'Alger

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé mercredi les groupes armés du nord du Mali à signer l'accord de paix conclu dimanche à Alger. Cet accord encore inachevé a ét&eacu[...]

Mali : le Gatia, drôle de milice

Le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia) est devenu incontournable dans le Nord-Mali, mais son statut n'est pas clair. La présence de soldats dans une Mission de formation de l'UE prouverait[...]

Mali : les ravisseurs de Lazarevic, libres comme l'air...

Alors que le président Ibrahim Boubacar Keïta promettait de les traquer, après les avoir libérés, les auteurs de l'enlèvement de Serge Lazarevic et Philippe Verdon se promènent au vu[...]

Mali : vers un accord de paix définitif ?

Le 5e et dernier round des négociations intermaliennes de paix engagées en juillet à Alger se sont soldées dimanche par un accord inachevé, paraphé par le gouvernement mais pas par[...]

Un accord de paix au Mali signé avec une partie des groupes armés

Le gouvernement malien a signé dimanche à Alger avec une partie des groupes armés du nord du pays un "accord de paix et de réconciliation" pour mettre fin aux violences.[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Afrique francophone : chef de l'opposition, un statut à double tranchant

Plusieurs pays d'Afrique francophone ont adopté un statut officiel de "chef de file de l'opposition". D'autres ont voté des textes mais attendent toujours la désignation de leur opposant en chef.[...]

Mali : procès en vue pour Sanogo

Attendu depuis des mois, le procès d'Amadou Haya Sanogo et de plusieurs autres membres de l'ex-junte malienne pourrait se tenir prochainement. "Peut-être en juin", estime une source judiciaire[...]

L'Afrique a-t-elle l'alimentation la plus saine du monde ?

Selon une étude de l'université de Cambridge, qui casse les clichés sur l'Afrique, le continent africain abriterait neuf des dix pays qui mangent le plus sainement au monde. Parmi eux, certains[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121211080849 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121211080849 from 172.16.0.100