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29/11/2012 à 11:18
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Saydou, rapeur devenu reggaeman, devant chez lui, à Haro Banda. Saydou, rapeur devenu reggaeman, devant chez lui, à Haro Banda. © Emmanuel Haddad

Diagnostiqué mort et enterré après un boom dans les années 2000, le hip hop nigérien veut redevenir le moyen d’expression privilégié des jeunes. L’association Niger Hip Hop s’apprête à sortir une compilation de ses meilleurs artistes. Reportage à Niamey.

Qui s’en souvient encore ? « En 2003, selon un classement RFI et Africa n°1, le rap nigérien était le quatrième au monde et le deuxième en Afrique, après le Sénégal. Ce classement a donné espoir à beaucoup de gens ici », explique Fred, grand gaillard au visage fermé, dans le studio de Liptako TV, nouvelle chaîne au Niger dédiée à la culture et au sport, où il a troqué la carrière de MC (maître de cérémonie, NDLR) contre celle de directeur technique audiovisuel.

Rapper contre le sida et les talibés

À l’époque, il rappe dans le groupe WassWong, « fusion entre le groupe Wassika (« message » en haoussa) et Wongari (« guerrier » en djerma) ; on était "le message des guerriers" ! Les morceaux étaient vraiment engagés, on parlait du sida, des "talibés", les enfants de la rue, de la mentalité au Niger, où l’on se cache parfois derrière la religion pour faire des choses qu’elle n’ordonne pas », se souvient-il comme d’un âge révolu. Car « les temps changent » pour le rap nigérien comme pour MC Solaar, l’un des premiers rappeurs français à passer en boucle dans les « fadas » (réunions informelles de quartier, NDLR) où les jeunes rêvent de devenir rappeurs en buvant du thé sucré pour tromper l'ennui.

Des années 1990 au début des années 2000, le rap gagne du terrain comme une traînée de poudre, des quartiers Terminus et Plateau de la rive gauche de Niamey au quartier Haro Banda de la rive droite. Et puis rien. Qui a tué le rap nigérien ? Pour Saydou, ex-rappeur d’Haské Clan qui est passé au reggae à l’instar de nombreux artistes, c’est l’argent qui a déchiré les groupes phares de l’époque, de WassWong à Kaïdan Gaskia. Fred y voit plutôt un mélange de religion et de désillusion : « D’abord, Bilal Keats, leader de WassWong, est parti pour se consacrer à l’Islam. Ensuite, les groupes les plus en vue, Black Daps, Djoro G, Kaïdan Gaskia et WassWong, ont créé le collectif Lilwal puis se sont entredéchirés, ce qui a beaucoup déçu les fans, qui répondaient toujours présent aux concerts, et on peu à peu perdu la foi ».

La culture du rap dérange plein de gens, leur attitude morbide face à ce mouvement provient d’une jalousie rampante.

Kamikaz

Les nouveaux soldats du rap nigérien

Et puis il y a Kamikaz, ancien de Djoro G, seul rappeur qui réussit encore à jouer à guichet fermé. Alors que certains diagnostiquent la fin du rap nigérien, suite à l’échec du collectif Lilwal, il répond par la provocation. Dans "Le rap est mort", avec sa voix de Joey Starr nigérien, il lance : « La culture du rap dérange plein de gens, leur attitude morbide face à ce mouvement provient d’une jalousie rampante ».

Ce titre, adressé aux « soldats du rap », a été écouté... et entendu. Aujourd’hui, Niger Hip Hop, une nouvelle association de rappeurs nigériens à l’esprit F.U.B.U (« For us by us », « par nous et pour nous »), est sur pied. Princesse Tifa, la vice-présidente de l’association, tresses sur le cuir chevelu et tatouage de lion sur le torse, y croit dur comme fer : « Nous nous sommes engagés à toujours acheter les places de concerts des autres artistes et leurs albums », sourit-elle, tandis que le débat est animé pour la sélection des morceaux qui figureront bientôt sur la première compilation de hip hop nigérien. Devant un plat de gnebe, « la bouffe des jeunes du Niger », les rappeurs de Metaphore, Lamine et Lion Sidib, mettent en garde : « Créer une association ne suffit pas en soi ; nous devons commencer à nous projeter à l’international ».

"C’est ça le rap nigérien !"

Entre deux enregistrements d'albums, Kamikaz a troqué son micro pour la caméra afin d’aider les nouveaux talents à se faire connaître. Avec l’émission Hip Hop Live, bientôt diffusée sur Liptako TV, il va filmer les rappeurs dans leur intimité. Moustine sera le premier. Ce fan de Booba, plus rap bling bling que rap conscient, a donc vu Kamikaz, le modèle vivant du rap nigérien, débarquer dans son quartier de Bobiel avec une équipe de télé. Pendant le tournage, derrière la casquette et les lunettes noires du jeune MC, un âne passe et des huttes de paille dépassent. Moustine veut les cacher avec sa voiture, mais son manager l’interrompt : « Laisse, c’est ça le rap nigérien ! »

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Par Emmanuel Haddad, à Niamey (@emmanuel_haddad)

Écouter le titre : "Ne fais pas semblant", par Kamikaz, sur YouTube

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