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23/11/2012 à 19:01
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Une rue de Kinshasa. Une rue de Kinshasa. © AFP

Plusieurs milliers de femmes sont descendues dans les rue de Kinshasa, ce vendredi 23 novembre, pour exprimer leur colère après la prise de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu (Est), par les rebelles du M23, trois jours auparavant. Ces manifestations avaient pour cible principale la Monusco. 

Depuis trois jours, un groupe de femmes campent devant le quartier général de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), avenue des Aviateurs, dans le quartier de La Gombe, à une centaine de mètres de l’ambassade des États-Unis. Trois tentes sont dressées. À côté, un cercueil blanc symbolisant les « 5 millions de morts congolais », victimes de toutes les guerres qui secouent la RDC depuis 1996. Les femmes sont toutes vêtues de noir, un bandeau blanc sur le front, en signe de deuil. « Nous ne voulons plus de conseillers », dit l’une des manifestantes. Entre deux invectives à l’endroit du personnel militaire de la mission onusienne qui leur fait face, le groupe de femmes chantent et dansent sur une musique exécutée par une chorale. Une grosse marmite ronronne sur un feu de bois.

Initiatives spontanées ?

Les rassemblements de vendredi et le sit-in seraient des initiatives spontanées lancées par quelques femmes qui se sont contactées au téléphone. C’est du moins ce qu’affirme Agathe Mulimbi, membre du Bureau politique du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, au pouvoir). « Nous plaçons notre action dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes à travers le monde. Celles du Kivu paient un lourd tribut depuis de nombreuses années. Nous voulons éveiller les consciences par rapport à la situation qui prévaut actuellement dans le Nord-Kivu. Notre objectif est de pousser l’ONU à revoir le statut de la Monusco afin qu’elle cesse de se comporter en spectatrice », souligne-t-elle.

Spontané ou pas – il est en tous cas autorisé par le pouvoir congolais -, le mouvement des Kinoises a un déjà un certain nombre de revendications. D’abord, elles demandent à la communauté internationale de « retirer immédiatement le M23, les troupes ougandaises et rwandaises de Goma, et de lever l’embargo sur les armes » qui frappe la RDC. Ensuite, elles exigent des autorités congolaises qu’elles décrètent l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire et le retrait de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) parce que « le Rwanda et l’Ouganda ont violé le pacte de non-agression » vis à vis du Congo. Enfin, elles demandent à l’ONU de situer le mandat de la Monusco dans le cadre du chapitre 7 de la charte de l'ONU (qui prévoit une intervention armée dans certains cas) ou de « déguerpir ». Quant à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont la RDC est membre,  elle est sommée d’« appliquer l’article 6 du pacte de défense mutuelle ».

Message reçu

À force de crier « nous n’accepterons pas que l’ennemi vienne s’emparer de notre territoire » et « la Monusco doit changer de mandat au lieu de continuer à compter  nos morts », les manifestantes ont fini par se faire entendre. Une délégation composée de leurs représentantes, auxquelles s’étaient jointes quelques députées, dont Jaynet Kabila (la sœur jumelle du chef de l’État), a été reçue par le représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’ONU à Kinshasa. Les protestataires, qui n’ont pas levé le sit-in après l’audience, se sont rendues à l’ambassade des États-Unis. Elles ont exigé d’être reçues par l’ambassadeur lui-même. « Sinon nous irons dormir chez lui », a lancé l’une des femmes. Cette manifestation est la première à avoir été autorisée dans la capitale congolaise.

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Tshitenge Lubabu M.K., envoyé spécial à Kinshasa  

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