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23/11/2012 à 12h:53
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Des rebelles du M23, lors des combats aux abords de Saké. Des rebelles du M23, lors des combats aux abords de Saké. © AFP

L'avancée du Mouvement du 23 mars (M23) vers vers Bukavu est toujours stoppée, vendredi 23 novembre, au niveau de la ville de Saké, à une trentaine de kilomètres de Goma. Les rebelles congolais ont réclamé une nouvelle fois, jeudi 22 novembre, un dialogue avec le président Joseph Kabila.

L'offensive du M23 vers Bukavu annoncée par Vianney Kazarama, porte-parole militaire de la rébellion, était toujours arrêtée vendredi 23 novembre au matin dans la petite ville de Saké (environ 20 000 habitants), à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Goma, sa nouvelle base. Après avoir pris facilement cette localité mercredi matin, le M23 s'est fait surprendre le lendemain par une contre-attaque des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), alliée à plusieurs groupes armés locaux.

« Il y avait des combattants Maï-Maï infiltrés dans la population que nous avions pris pour des civils, explique un officier supérieur du M23, présent sur place depuis mercredi. Ils nous ont attaqués vers 10h, avec des FARDC et des hommes des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) [rebelles hutu rwandais]. Les FARDC avaient des chars et certains ont débarqué en canaux du lac Kivu tout proche », poursuit-il. Les combats ont duré jusqu'à la fin de l'après-midi, moment où le M23 avait totalement pris le contrôle de la situation. « Sultani Makenga [le chef militaire du M23] est venu de Goma pour voir la situation sur place dans l'après-midi », assure l'officier des M23.

Vendredi matin, Saké, où la situation était toujours calme à 10H45 heure locale (8H45 GMT), était toujours aux mains du M23 mais les FARDC étaient repliés dans la localité de Minova, à une dizaine de kilomètres au sud, sur la route de Bukavu, qui longe le lac Kivu. « Nous sommes en train de nous réorganiser pour nous préparer à une nouvelle attaque des FARDC », ajoutait cette source.

Dialogue

Mercredi, à Kampala, les présidents Joseph Kabila, Paul Kagamé (Rwanda) et Yoweri Museveni (Ouganda) avaient demandé que le M23 cesse « immédiatement » son offensive et se retire de Goma, la capitale du Nord-Kivu qu'il avait prise mardi. De son côté, Jean-Marie Runiga Lugerero, président du M23, avait posé comme « préalable » à tout retrait de Goma un « dialogue » avec le président Kabila. « Il faut se mettre autour d'une table avec la société civile, la diaspora, l'opposition, le gouvernement, pour qu'on puisse parler de tous les problèmes des Congolais. On attend une offre du président Kabila pour le dialogue », a-t-il déclaré avant de se rendre dans la capitale ougandaise pour « discuter » avec le président Museveni, à la demande de ce dernier.

L'ONU et la RDC accusent le M23 d'être une force supplétive du Rwanda. Des experts de l'ONU ont aussi accusé l'Ouganda de soutenir militairement cette rébellion, ce que Kigali et Kampala démentent catégoriquement. Jeudi soir, le Premier ministre britannique David Cameron a appelé le président rwandais et l'a exhorté à « faire pression » sur le M23 pour qu'il se retire de Goma. Un sommet extraordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), consacré à la situation en RDC, se tiendra samedi à Kampala.

Populations déplacées et redéplacées

Dans l'Est, les affrontements ont provoqué la fuite de milliers de personnes parties à pied de Saké vers un camp de déplacés à Mugunga, situé à une dizaine de kilomètres de Goma. « Des dizaines de milliers de personnes ne cessent d'êtres déplacées et redéplacées. Leur insécurité alimentaire est aggravée par le climat d'extrême violence », a affirmé un représentant de l'ONG World Vision, Mugunga Dominic Keyzer.

Dans la ville commerçante de Goma, la vie avait repris son cours jeudi. Les patrouilles du M23 qui circulaient sur les principales artères depuis leur arrivée mardi avaient disparu. Mais la distribution de l'eau, interrompue en raison de coupures d'électricité, n'avait pas repris. « Sous le coup de pénuries d'eau et d'électricité à Goma, des milliers de personnes ont été s'approvisionnées dans le lac Kivu » faisant craindre la propagation notamment du choléra, a averti l'ONG Oxfam. L'organisation humanitaire estime à 120 000 le nombre de personnes nécessitant une aide d'urgence au Nord-Kivu.

Par ailleurs, les évêques catholiques de 34 pays africains, réunis à Kinshasa, se sont dits « indignés et choqués » par ce « drame humain majeur ». Ils ont appelé à faire cesser « l'exploitation illégale des ressources naturelles (...), principale cause de cette guerre ». Depuis une vingtaine d'année la région est le théâtre de conflits quasiment ininterrompus en raison de ses richesses minières et des ressources agricoles que se disputent le gouvernement congolais, des mouvements rebelles et les pays voisins (Ouganda, Rwanda et Burundi).

Avec Pierre Boisselet (@PierreBoisselet), envoyé spécial à Goma.

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