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19/11/2012 à 16:23
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Léon Mugesera, le 19 novembre à Kigali. Léon Mugesera, le 19 novembre à Kigali. © Pierre Boisselet/J.A.

Le Rwandais Léon Mugesera, extradé vers Kigali par le Canada en janvier, a demandé un report de son procès lors de sa comparution à Kigali, le 19 novembre. Il est poursuivi pour incitation au génocide lors d'un discours haineux prononcé en 1992.

C’était il y a 20 ans, presque jour pour jour. Le 22 novembre 1992, Léon Mugesera prononçait à Kabaya (nord-ouest du Rwanda) un discours emprunt de haine resté tristement célèbre. Dans ce fief des extrémistes hutus qu’était la région natale du président de l’époque, Juvénal Habyarimana, Mugesera était alors vice-président du Mouvement républicain national pour le développement et la démocratie (MRND(D), ex-parti unique, au pouvoir à l’époque). Racontant une conversation avec un Tutsi, il s’était notamment vanté de lui avoir dit : « chez toi, c'est en Éthiopie. Nous vous ferons passer par la Nyabarongo [rivière rwandaise] pour que vous parveniez vite là-bas ».

À 60 ans, il a maintenant le crâne lisse mais ses grandes lunettes carrées aux coins arrondis rappellent celles qu’il portait à l’époque. Entouré de deux avocats, vêtu de la blouse rose de prévenu, il avait l’air détendu en entrant dans la salle d’audience de la Haute cour de Kigali, lundi 19 novembre. Au point de serrer cordialement la main du procureur général, Martin Ngoga. « Nous sommes honoré de votre présence », a lancé Mugesera, provoquant des rires chez la vingtaine de journalistes rwandais présents.

"Violation de confidentialité"

Pendant les quatre heures d’audience, tenues en kinyarwanda, le fond de l’affaire n’a pas été évoqué. Léon Mugesera (qui assuré en grande partie sa défense lui-même à la barre) s’est contenté d’argumenter longuement pour un report de son procès. « Je n’ai pas pu me servir de l’ordinateur portable [prêté par l’administration pénitentiaire, NDLR] avant le 6 novembre », a-t-il affirmé, se plaignant notamment d’un système d’exploitation « en anglais » (il ne parle que le Kinyarwanda et le français) et d’une machine qui ne lisait pas les CD-ROM. « Je devais rendre cet ordinateur au service de maintenance informatique de la prison à chaque fin de semaine. C’est une violation de la confidentialité », a-t-il ajouté.

Léon Mugesera a en outre critiqué la lenteur du barreau de Kigali, qui devait autoriser la venue de ses avocats pour le représenter. L’un d’eux, le Kényan Me Gershom Otachi, s’est plaint d’avoir obtenu son accréditation quatre jours seulement avant l’audience. « Je suis accusé d’être un génocidaire. Je suis déterminé à prouver le contraire depuis 1995. Mais il faut le temps et les moyens nécessaires », a lancé Mugesera.

"Stratégies dilatoires"

Arrivé au Rwanda en janvier dernier, suite à une extradition du Canada, il avait déjà obtenu un report de son procès de deux mois, le 19 septembre. « Il y a déjà eu trop de stratégies dilatoires, a rétorqué Martin Ngoga. M. Mugesera ne dément pas que le matériel lui a été livré, mais il ne sait peut-être pas s’en servir. Il y a des limites à la logistique qu’il peut demander. Il est dans l’intérêt de la justice que le procès débute maintenant. »

Léon Mugesera a demandé un délai supplémentaire de 48 jours. La Haute cour doit se prononcer mardi 20 novembre.

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Par Pierre Boisselet, envoyé spécial à Kigali (@PierreBoisselet)

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