Après Bechir Gholli, c'est un second jihadiste détenu à Tunis, Mohamed Bakhti, qui est décédé des suites d'une longue grève de la faim. Les deux hommes, soupçonnés d'avoir participé à l'attaque de l'ambassade américaine à Tunis le 14 septembre, contestaient leur culpabilité et protestaient contre leurs conditions de détention.
Mise à jour le 17 novembre, à 10:45
La Tunisie n'aura pas eu à retenir son souffle très longtemps. La frange extrémiste du mouvement salafiste a un nouveau martyr. Mohamed Bakhti, 28 ans, leader du mouvement d’Ansar al chaaria à l’origine du blocage de la faculté de la Manouba, fin 2011, avait arrêté pour avoir participé à l'attaque de l'ambassade américaine à Tunis le 14 septembre. En grève de la faim pour protester contre son inculpation et les conditions de sa détention, il avait été hospitalisé dans un état jugé très critique.
Un nouveau décès qui intervient deux jours après celui de Bechir Gholli, 23 ans, arrêté pour les mêmes raison, décédé d’un arrêt cardiaque, conséquence d’une grève de la faim entamée depuis 58 jours, à la prison de la Mornaguia. Son avocat, Maître Ben Mbarek, avait rappellé que son client entendait ainsi protester contre une détention injustifiée.
"On aurait voulu les pousser au suicide que l’on n’aurait pas agi autrement"
Suite au décès du premier jihadiste, les défenseurs des droits de l’homme se sont insurgés. S’ils se sont élevés contre les violences politiques et l’attaque de l’ambassade américaine, ils se sont également indigné du traitement des détenus dans les prisons tunisiennes.
« Autant laisser aux détenus leurs ceintures et leurs lacets. On aurait voulu les pousser au suicide que l’on n’aurait pas agi autrement », a assèné l’avocat Mehdi Bouaouaja.
Même son de cloche chez les députés de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Pour Ameur Laarayedh, élu pour le parti islamiste d’Ennahdha qui gère le pays, et frère du ministre de l’Intérieur, « ceux, qui ont appelé auparavant à juger ces personnes et qui ont nui à l’image de la Tunisie dans le monde, doivent avoir un peu de pudeur et ne pas prétendre être désolés de la mort d’une personne après l’avoir tuée.»
Dans un contexte social et politique confus, le ministère de la Justice, dont les dysfonctionnements deviennent patents, se fait encore une fois épingler. Mais c’est aussi le cas des partis de l’opposition qui avaient désigné Bakhti et Golli parmi les responsables du 14 septembre alors qu’aucune preuve de leur présence n’a pu être apportée. Boucs émissaires, les deux jeunes jihadistes, pourraient devenir les nouveaux Sacco et Vanzetti d’une cause qui vénère ses martyrs.
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Frida Dahmani, à Tunis

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