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16/11/2012 à 09:25
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Karim Wade, ancien ministre et fils du l'ex-président Abdoulaye Wade. Karim Wade, ancien ministre et fils du l'ex-président Abdoulaye Wade. © AFP

Karim Wade s’est présenté à sa convocation des gendarmes, le jeudi 15 novembre à Dakar, où il a dû répondre pendant dix heures aux questions des enquêteurs. L'ancien ministre et fils du président sénégalais Abdoulaye Wade est soupçonné d’enrichissement illicite par la justice sénégalaise.

Ses deux premières auditions dans les locaux de la section de recherche de la gendarmerie nationale, les 3 et 5 juillet, avaient duré deux heures. Celle-ci, cinq fois plus. Convoqué à 10 heures hier à la caserne Samba Diéry Diallo, située à Colobane, au cœur de Dakar, Karim Wade n’en est ressorti qu’en début de soirée, peu après 20 heures. Selon une radio locale, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade devra y retourner jeudi prochain. Une information confirmée jeudi par les autorités.

Fortune personnelle et patrimoine

Deux jours plus tôt, Alioune Ndao, le procureur de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), avait indiqué à Jeune Afrique que ces interrogatoires dureraient le temps qu’il faudrait. « Mais nous respecterons les droits élémentaires. Si la personne est fatiguée, nous lui permettrons de rentrer chez elle, quitte à ce qu’elle revienne le lendemain ». Karim Wade, qui a dirigé des portefeuilles stratégiques entre 2009 et 2012, est le premier baron du régime Wade à avoir été convoquée par la CREI, une juridiction d’exception réactivée par le nouveau président Macky Sall. D’autres suivront dans les prochains jours.

Dans la soirée, rien n’avait filtré sur le contenu des échanges. Il est probable que les enquêteurs ont soumis une série de question à Karim Wade sur sa fortune personnelle et son patrimoine, documents à l’appui. Depuis plus d’un mois en effet, la CREI compare les revenus des personnes soupçonnées d’enrichissement illicite avec leur train de vie. Lors des précédentes auditions, les limiers avaient sommairement interrogé l’ancien ministre sur un certain nombre de biens qu’on lui prête : des maisons à Dakar, des terrains, un grand nombre de véhicules. Selon des indiscrétions policières, il avait également été question de sa fortune personnelle, évaluée à plusieurs centaines de millions de francs CFA, ainsi que des jets privés qu’il utilisait lorsqu’il était le tout puissant ministre de la Coopération internationales, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures (entre 2009 et 2012).

"Chasse aux sorcières"

Quelques dizaines de militants du Parti démocratique sénégalais (PDS) ont fait le pied de grue de la gendarmerie tout au long de la journée. Ils l’ont acclamé à sa sortie. « On est là pour apporter notre soutien à Karim, expliquait l’un d’eux, un jeune homme d’une trentaine d’année. Karim a été un grand ministre. Il a fait beaucoup pour le Sénégal. Le voleur dans ce pays, c’est Macky Sall ! » Peu de temps après son investiture en avril, le nouveau président avait fait état d’un patrimoine évalué entre 2 et 4 milliards de francs CFA.
Plusieurs dignitaires du PDS étaient également sur place, parmi lesquels Abdoulaye Baldé, un proche de Karim Wade, avec qui il a notamment dirigé l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique, et Oumar Sarr, le coordonnateur du parti libéral. Tous deux figurent sur la liste des personnes qui seront prochainement convoqués devant la gendarmerie par le procureur de la CREI.

Le PDS a répété ces derniers jours qu’il ne reconnaissait pas cette juridiction exceptionnelle dont le but est de traquer les biens mal acquis. « Elle bafoue les droits de la défense », estime Oumar Sarr, qui dénonce en outre « une chasse aux sorcières ». Après avoir laissé croire, un temps, qu’aucun membre du parti ne répondrait à ces convocations, le bureau politique a fait marche arrière. « Nous nous rendrons à la gendarmerie, mais nous nierons le droit à la CREI de mener des enquêtes. En tant qu’anciens ministres, c’est à la Haute cour de justice de nous juger », indique M. Sarr. Le PDS prévoit d’organiser plusieurs marches de protestation ce week-end dans plusieurs villes du Sénégal.

Elles se feront sans Abdoulaye Wade. L’ancien président avait annoncé, depuis sa retraite parisienne, qu’il rentrerait ce vendredi au Sénégal pour mener la « résistance ». Mais une médiation du président ivoirien Alassane Ouattara l’en a dissuadé.

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