Un manifestant lors de la manifestation contre l'ambassade américaine à Tunis, le 14 septembre.
© AFP
Placé en détention provisoire dans le cadre de l'enquête sur l'attaque, le 14 septembre, de l'ambassade des États-Unis à Tunis, un jeune Tunisien est mort jeudi 15 novembre après deux mois de grève de la faim. Il protestait contre la violence policière et ses conditions de détention.
Bechir Gholli refusait de s'alimenter depuis 57 jours. Jeudi, ce jeune Tunisien de 23 ans, placé en détention provisoire dans le cadre de l'enquête sur l'attaque contre l'ambassade américaine à Tunis en septembre, est mort après deux mois de grève de la faim.
« Bechir Gholli, en grève de la faim depuis 57 jours, avait été transféré (de sa cellule) à l'hôpital le 13 novembre et il est mort aujourd'hui (jeudi) d'un arrêt cardiaque », a déclaré son avocat Abdelbasset Ben Mbarek.
Ce décès intervient à la vieille de la grande prière hebdomadaire du vendredi, jour que les islamistes ont par le passé choisi pour des manifestations qui parfois dégénèrent en violences.
Bechir Gholli était le père d'un enfant de six mois, a précisé l'avocat. Il était soupçonné d'avoir participé à l'attaque contre l'ambassade américaine à Tunis le 14 septembre. Selon les autorités, cet assaut - qui a fait quatre morts parmi les assaillants - avait été orchestré par la mouvance salafiste jihadiste. « Il était innocent, il a fait la grève de la faim pour se défendre », a déclaré l'avocat, assurant que son client n'était pas un salafiste.
Attaque contre l'ambassade
Une quarantaine de proches du défunt étaient réunis vers 21h30 devant l'hôpital Charles Nicolle de Tunis pour réclamer le corps, a indiqué l'avocat. D'après lui, un second suspect en grève de la faim, Mohamed Bakhti, 28 ans, est « dans un état critique ».
Le ministère de la Justice n'a pas souhaité commenter cette information. Une source judiciaire a néanmoins indiqué à l'AFP que deux suspects, arrêtés pour leur rôle dans l'attaque contre l'ambassade américaine, étaient hospitalisés jeudi matin dans un état critique.
Gholli et Mbarek avaient débuté leur grève de la faim le 26 septembre, après avoir « été frappés par la police » lors de leur arrestation. Ils dénonçaient aussi leur placement avec neuf autres détenus « dans une cellule de 1,5 mètre sur deux » à la suite d'une bagarre avec des prisonniers de droit commun. L'avocat avait alors brocardé « des conditions de détention inhumaines » et estimé qu'il n'y avait « pas de preuve de leur implication » dans les violences.
Des centaines de militants tunisiens, salafistes pour la plupart, avaient attaqué l'ambassade américaine à Tunis le 14 septembre. Ils l'avaient partiellement incendiée, protestant contre la diffusion sur internet d'un film islamophobe produit aux États-Unis. Plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'enquête. De son côté, la mouvance salafiste jihadiste a dénoncé une répression injustifiée à son encontre.
Abou Iyadh toujours en fuite
Les flambées de violences salafistes interviennent régulièrement en Tunisie depuis la révolution de janvier 2011. Fin octobre, deux militants de cette mouvance sunnite rigoriste sont morts dans la banlieue de Tunis lors d'attaques contre deux postes de la garde nationale.
Mohamed Bakhti est connu comme appartenant à un mouvement jihadiste tunisien proche d'Abou Iyadh, l'organisateur présumé de l'attaque contre l'ambassade des États-Unis qui échappe toujours à la police.
M. Bakhti avait été condamné en 2007 à douze ans de prison après des affrontements sanglants entre l'armée et des islamistes à Soliman, près de Tunis, sous le régime de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali. Il a bénéficié de l'amnistie décrétée après la révolution de 2011. Abou Iyadh, libéré lui aussi à la faveur de cette amnistie, est pour sa part considéré comme l'un des dirigeants du groupe de Tunisiens accusés d'avoir organisé l'attentat ayant tué le commandant Massoud le 9 septembre 2001 en Afghanistan. L'attaque suicide avait été commis par deux Tunisiens s'étant fait passer pour des journalistes.
(Avec AFP)

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