Le phénomène n'est pas nouveau mais il prend de l'ampleur, notamment en France. Les attaques contre l'islam et l'immigration - souvent amalgamés dans un même discours - sont devenues le fonds de commerce de nombre d’hebdomadaires. Et le Maroc ne semble pas épargné. Marketing indigne ou simple fait de société ? Votre avis nous intéresse.
Depuis l’élection présidentielle française, les hebdomadaires de l’Hexagone ont opté pour le « bashing » alterné. Cible numéro un : François Hollande, Jean-Marc Ayrault et consorts. Cible numéro deux : l’islam, l’immigration et ceux qui leur sont assimilés. Le rituel est devenu quasiment immuable.
Car les hebdomadaires français n’ont pas peur de se répéter. « Cet islam sans gêne » va ainsi succèder à « La peur de l’islam », au « spectre islamiste » ou encore à « L’Occident face à l’islam » - un remake du « Choc des civilisations » de Samuel Hutington, version parisienne avec les raccourcis en prime. Et que dire de l'inénarrable Valeurs Actuelles, hebdomadaire de la droite la plus décomplexée, auteur des Unes « Les convertis d’Allah » ou « L’islamisme va-t-il gagner ? »
Clichés en rafale
Une question se pose néanmoins : ces couvertures ne sont-elles, au final, que de sulfureux outils marketing d'une presse en crise ? Il y a, parfois, de quoi en douter. Ainsi, le n°3202 de L’Express, en kiosques le 14 novembre, propose une enquête sur « le vrai coût de l’immigration », censée combattre les « idées reçues » et publier les « chiffres qui dérangent ». Pour illustration, en couverture : une femme intégralement voilée pénètre dans une caisse d’allocations familiales. Traduction : les immigrés, forcément musulmans, sont des assistés.
Pourquoi afficher cette idée reçue en couverture, même si c'est pour la combattre dans les pages intérieures ? Sans doute parce que l’image est vendeuse. D’après un sondage publié par le quotidien Le Figaro, le 25 octobre, 60% des Français estiment que l’influence et la visibilité de l’islam sont « trop importantes » dans leur pays. Et 43 % d'entre eux le considèrent même comme une « menace » pour l’identité nationale. Ce qui fait peur fait vendre...
Les immigrés sont un atout économique et ne creusent pas les déficits sociaux, vous explique @lexpress cette semaine twitter.com/C_Barbier/stat…
— Christophe Barbier (@C_Barbier) Novembre 13, 2012
Mais la presse française n'est pas un cas isolé. Le 2 novembre, Maroc Hebdo titrait en Une « Le péril noir », en référence aux migrants venus d’Afrique subsaharienne. Une façon de surfer sur un « sentiment raciste qu’on voit monter dans une partie de la population marocaine », selon Mounir Bensalah, ingénieur à Casablanca et blogueur militant des droits de l’Homme. Comme si la fin, et la vente, justifiait les moyens.
> DÉBAT : Selon vous, la presse contribue-t-elle au renforcement des tendances xénophobes ? Entretient-elle les clichés sur l'islam ou l'immigration ? Ou, au contraire, la presse est-elle simplement le reflet de vrais phénomènes de société ? Votre avis nous intéresse. Vous pouvez vous exprimer dans les commentaires sous cet article.
Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)

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