Extension Factory Builder
12/11/2012 à 12:59
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Purification de Barthélémy Toguo. Purification de Barthélémy Toguo. © Nicolas Michel

Du 8 novembre 2012 au 13 janvier 2013 se tient la seconde édition de la biennale "Regard Bénin". Partiellement décentralisée à Abomey, le public investit les palais royaux de la ville et découvre des oeuvres de Barthélémy Toguo, Freddy Tsimba et Dominique Zinkpé, en écho au thème de l'événement : "Inventer le monde : l’artiste citoyen".

Abomey bouillonne : à partir du 23 novembre, et jusqu’au 13 mars 2013, une longue cérémonie va faire vibrer l’ancienne capitale royale du Bénin. « À travers différents rituels et différentes animations, le roi va sortir toute son armada de puissance financière et spirituelle », explique l’historien Gabin Djimassé. C’est donc dans l’effervescence de ces préparatifs que les organisateurs de la seconde Biennale Regard Bénin (jusqu’au 13 janvier 2013) ont choisi de présenter plusieurs expositions consacrées à l’art contemporain africain. À tout seigneur tout honneur, c’est dans le cadre somptueux des palais royaux d’Abomey qu’ont pu s’exprimer le Camerounais Barthélémy Toguo, le Congolais Freddy Tsimba et le Béninois Dominique Zinkpé, par ailleurs directeur exécutif de la Biennale. Répondant au thème de l’événement (Inventer le monde : l’artiste citoyen), Barthélémy Toguo exposait différentes facettes de son talent avec trois installations et d’immenses aquarelles. Ses poubelles d’extérieur (voir photo ci-dessous), composées à l’aide d’un patchwork de drapeaux africains, fleuraient bon la provocation dont il est coutumier. « Cette œuvre a été censurée en Amérique du Sud, a-t-il affirmé. Pourtant, personne ne viendra me contredire si je soutiens que l’Afrique est considérée comme la poubelle de l’Occident ! »

"Dustbin", de Barthélémy Toguo. (© Nicolas Michel)

Dans les salles en partie rénovées par ses soins, sa très longue aquarelle rouge et noire (« Purification », en photo ci-dessus) revenait avec intensité – on pourrait même parler d’expressionisme – sur les souffrances humaines au cours des siècles…

"Maison machettes"

En matière de souffrances, le Congolais Freddy Tsimba osait aussi, avec sa « Maison machettes », une œuvre particulièrement (trop ?) expressive. Entièrement construite avec des machettes (voir photo ci-dessous), une petite case renvoyait ses reflets de métal aiguisé aux murs ocre du Palais.

"Maison Machettes", Freddy Tsimba. (© Nicolas Michel)

La pensée s’en allait immédiatement vers l’un des pires épisodes de l’histoire africaine, le génocide rwandais. « C’est étrange, les gens n’osent pas rentrer dans cette case alors que c’est exactement ce que je souhaite ! » confiait Tsimba. Qui aurait l’idée de s’abriter derrière des murs tranchants comme des rasoirs ? Et pourtant, l’image était belle que celle de ces symboles de l’horreur transformés en protection contre les intempéries, en foyer familial...

Plus calme, le Béninois Dominique Zinkpé exposait ses traditionnelles sculptures composées de dizaines de statuettes (de jumeaux) collées les unes aux autres. Mais il n’avait pas que ça à montrer : originaire d’Abomey, il est en train d’y construire un important lieu de résidence et d’exposition pour artistes, baptisé Unik. À terme, un grand jardin offrira ses ombres à des ateliers d’artistes, une buvette, un lieu d’exposition, une scène… Cette dernière a d’ailleurs déjà accueilli une performance pyrotechnique de Barthélémy Toguo : des hommes armés de bâtons ont brutalement surgi du néant et se sont mis à taper brutalement sur un cercueil, avant de l’arroser d’essence et d’y mettre le feu… (« The last death »).

Hommage à Cyprien Toukoudagba

Proposer une décentralisation de la Biennale à Abomey sans rendre hommage à l’un des artistes pionniers du pays aurait été un crime de lèse-majesté impardonnable. Les organisateurs ont su éviter la faute en célébrant l’œuvre de Cyprien Toukoudagba, récemment décédé. D’une part, son fils Damien Toukoudagba exposait des propres œuvres au lieu Unik de Dominique Zinkpé, et d’autre part, le Musée d’art contemporain d’Abomey présentait une sélection de toiles récentes du maître. Elyse Toukoudagba, sa fille, déclarait avec émotion aux visiteurs : « Vous voir, c’est comme voir mon père vivre. »

___

Nicolas Michel, envoyé spécial à Abomey

- Jeune Afrique est partenaire, avec l’institut français, de la Biennale « Regard Bénin 2012 ».



 

Diaporama des oeuvres présentées pendant la Biennale d'art contemporain "Regards Bénin"
© Nicolas Michel/Jeune Afrique
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Bénin

Boko Haram : pourquoi la coopération régionale patine

Boko Haram : pourquoi la coopération régionale patine

L'Assemblée nationale tchadienne a autorisé vendredi à l'unanimité l'envoi de soldats tchadiens au Cameroun et au Nigeria pour lutter contre le groupe islamiste Boko Haram. De quoi redynamiser la coop[...]

Marche "Je suis Charlie" : les couacs des présidents africains

Absents ou présents, les dirigeants africains ont, à leur manière, fait l’actualité de la manifestation parisienne en mémoire des victimes de "Charlie Hebdo"…[...]

Bénin : Reckya Madougou, pasionaria de l'économie sociale

Les femmes puissantes sont de plus en plus nombreuses sur le continent. Voici notre sélection - forcément subjective - des 50 Africaines les plus influentes au monde.[...]

France : la "marche républicaine" des dirigeants africains à Paris

Plusieurs présidents et ministres du continent ont défilé dimanche à Paris aux côtés de dirigeants du monde entier pour la "marche républicaine" contre le terrorisme. De la[...]

Bénin : Angélique Kidjo, diva engagée

Les femmes puissantes sont de plus en plus nombreuses sur le continent. Voici notre sélection - forcément subjective - des 50 Africaines les plus influentes au monde.[...]

Élections au Bénin : très chère Lepi

À quatre mois des législatives et à quinze mois de la présidentielle - sans parler des élections locales censées se tenir depuis près de deux ans mais qui ne sont[...]

Bénin : Patrice Talon contre Boni Yayi, c'est reparti !

On croyait le contentieux apuré entre l'homme d'affaires Patrice Talon et le président béninois Thomas Boni Yayi depuis que le second avait accordé son pardon au premier, en mai 2014. Il[...]

Bénin : le procès du trafic de bébés s'ouvrira le 2 janvier à Niamey

Le procès de l'ex-président du Parlement du Niger et opposant, Hama Amadou, et d'une vingtaine de personnes dont son épouse, impliquées dans un présumé trafic international de[...]

Bénin : un réfugié burkinabè nommé François Compaoré

Disparu de la circulation depuis la démission de son frère Blaise, le 31 octobre dernier, François Compaoré a refait surface. "Jeune Afrique" a retrouvé sa trace... près de[...]

Abdoulaye Bio-Tchané : "Le chômage des jeunes est un enjeu de sécurité nationale"

L’économiste béninois, président du Fonds africain de garantie, pose un regard lucide sur les défis économiques et sociaux que son pays doit relever.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers