Extension Factory Builder
09/11/2012 à 19:07
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Djibrill Bassolé : 'Par la concertation, on finit toujours par trouver un juste milieu.' Djibrill Bassolé : "Par la concertation, on finit toujours par trouver un juste milieu." © Luc Gnago/Reuters

Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Djibrill Bassolé, s’explique sur les récentes avancées auxquelles la médiation burkinabè est parvenue avec le groupe Ansar Eddine. Entretien.

Jeune Afrique : Comment la médiation est-elle parvenue à amener Ansar Eddine à faire une déclaration de rejet du terrorisme, mardi 6 novembre ?

Djibrill Bassolé : C’est un processus de discussion et de concertation qui aboutit. On se souvient qu’Ansar Eddine est déjà venu à Ouagadougou au mois de juillet afin de rencontrer le président du Faso et médiateur. Dès cette époque, nous leur avions transmis les exigences de la Cedeao qui étaient de préserver l’intégrité territoriale du Mali et de rompre avec les mouvements terroristes. Ils ont donc pris acte de cela.

Je me suis moi-même rendu sur le terrain à Kidal au mois d’août et j’ai réitéré ces exigences en attirant leur attention sur le fait que les exactions qui étaient en train de se commettre en leur nom leur portaient un grand préjudice et étaient de nature à noyer complètement les revendications identitaires de la communauté touarègue et qu’il était plus que temps de se démarquer de cela et d’afficher leur volonté à trouver une solution négociée.

Il n’y a pas de négociation possible avec les groupes terroristes et les groupes criminels.

À cette époque, j’avais déjà reçu un écho très favorable de la part d’Iyad Ag Ghali [chef d’Ansar Eddine, NDLR]. Puis, lorsqu’ils sont arrivés au Burkina pour un deuxième contact avec le médiateur, les négociations ont consisté à matérialiser leur volonté de rompre avec le terrorisme et la criminalité organisée. Parce qu’avec les groupes terroristes et les groupes criminels, il n’y a pas de négociation possible. C’est ce qu’ils ont fait, dans les termes de leur déclaration.

Quelle est la prochaine étape des négociations ?

La prochaine étape, me semble-t-il, c’est d’opérer une cohésion interne entre mouvements maliens touaregs, principalement le MNLA [Mouvement national pour la libération de l’Azawad, NDLR], et ensuite d’entrer en contact direct avec les autorités de transition, à Bamako, pour un dialogue sur l’adoption d’un cadre global de paix.

Je parle d’un cadre pour l’instant, parce que si nous ne pouvons pas négocier les termes d’un accord définitif de paix, il faut au moins que nous puissions en définir les modalités : que négocie-t-on ? Quels sont les objectifs que nous voulons atteindre ? Quel est l’agenda de nos négociations ? Quelles sont les mesures d’accompagnement et de confiance, etc. Cela devrait se faire dans les jours qui suivent.

Djibril Bassolé et le leader d'Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, à Kidal, le 7 août 2012.

© Romaric Ollo Hien/AFP

En parlant de cohésion, vous parlez d’Ansar Eddine et du MNLA ?

Nous parlons des mouvements maliens touaregs qui ont des revendications politiques. Ceux qui demandent la création de l’Azawad comme État indépendant, portent une revendication politique. Ceux qui revendiquent l’application de la charia comme loi de l’État malien en portent également une.

C’est à eux de s’accorder sur une plate-forme minimale commune. Maintenant, il apparaît que les deux revendications semblent opposées. Mais par la concertation, on finit toujours par trouver un juste milieu. Dans tous les cas, nous voulons que les mouvements touaregs se démarquent des groupes terroristes qui ont récupéré en quelque sorte la lutte touarègue. Nous ne voulons pas, nous, pays voisin membre d’une même communauté régionale déclarer la guerre à une communauté donnée.

Si des exactions continuent de se commettre au nom de Ansar Eddine, cela se saura.

Nous avons des Touaregs, les Nigériens en ont, l’Algérie aussi, il y a des Touaregs un peu partout, nous ne voulons pas donner l’impression que nous allons en guerre contre des Touaregs. Nous voulons aller en guerre contre des fléaux, contre le terrorisme et contre le crime organisé. C’est la raison pour laquelle nous voulons donner leur chance aux mouvements touaregs de se ressaisir, de se démarquer de ce qui a complètement changé la nature même de ces revendications, c’est-à-dire la criminalité et le terrorisme.

Peut-on faire confiance à Ansar Eddine quand, dans le même temps, ils disent ne pas vouloir entrer en conflit ouvert contre le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?

En matière de négociation, il faut toujours prendre ce qu’on a. Leur déclaration d’intention est déjà un bien à prendre. C’est un petit pas dans la bonne direction, donc nous sommes preneur. Nous voulons simplement qu’ils aillent un peu plus loin pour instaurer la confiance. Parce qu’aucune négociation ne peut aboutir sans qu’il n’y ait une basse de confiance. Dans les prochains jours, ils doivent montrer par leur comportement qu’ils sont vraiment engagés dans un processus de normalisation de la situation au Nord-Mali. Si des exactions continuent de se commettre en leur nom, cela se saura.

________

Propos recueillis à Ouagadougou par Abdel Pitroipa (@AbdelPit)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Hervé Ladsous : 'En Centrafrique, il faut des autorités nouvelles issues d'élections avant août 2015'

Hervé Ladsous : "En Centrafrique, il faut des autorités nouvelles issues d'élections avant août 2015"

Présent au forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (15 et 16 décembre), Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de mainti[...]

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ban Ki-moon a annoncé mercredi à New York qu'il se rendra à partir du 18 décembre en Afrique de l'Ouest. Une tournée dans les pays qui ont été touchés par le virus Ebola.[...]

Mali : IBK assume la libération de quatre jihadistes

Très critiqué dans son pays pour avoir ordonné la libération de quatre jihadistes afin d’obtenir celle de l’otage français Serge Lazarevic le 9 décembre, Ibrahim Boubacar[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Jean-Yves Le Drian : "Au Mali comme en Centrafrique, l'heure de vérité approche"

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, et deux ans après celui de l'opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des[...]

Paris veut un accord de paix au Mali en janvier

Paris souhaite que les négociations de paix maliennes entre Bamako et les groupes armés du Nord, sous médiation algérienne, aboutissent en janvier, a déclaré le ministre français de[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Le Mali confirme que des jihadistes ont été libérés en échange de l'ex-otage français Lazarevic

Plusieurs prisonniers détenus à Bamako ont bien été libérés en échange de l'ex-otage français Serge Lazarevic, a confirmé vendredi le ministre malien de la Justice,[...]

Mali : vers un accord de paix définitif ?

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) paraît peu enclin à signer le projet d'accord de paix proposé par la médiation algérienne. Bamako compte sur Rabat pour convaincre le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers