Des milliers de salafistes égyptiens se sont rassemblés sur la Place Tahrir du Caire, vendredi 9 novembre. Objectif : réclamer l'application de la charia dans la Constitution en cours d'élaboration.
Les salafistes tentent-ils de faire un casse historique en « braquant » le Printemps arabe ? À cette question, les Tunisiens, Libyens et Égyptiens laïcs et modérés répondent de plus en plus souvent par l’affirmative. Et ce n’est pas la présence, vendredi, de plusieurs milliers de radicaux sur la Place Tahrir du Caire, symbole de la révolution égyptienne, qui devrait les rassurer.
La manifestation, baptisée « vendredi de l'application de la charia » en Égypte a été lancée par plusieurs groupes fondamentalistes comme le Front salafiste et la Gamaa Islamiya. Comme son nom l’indique, elle a pour objectif de faire inscrire la « loi islamique » dans la future Constitution, qui fait l'objet de vifs débats au sein de la commission chargée de la rédiger.
« Le Coran est au-dessus de la Constitution », « Application de la charia », proclamaient des pancartes. « Pain, liberté, charia islamique », disait une autre, reprenant justement l'un des principaux slogans due la révolution mais en substituant « justice sociale » par « charia »…
Source de la législation
« Le peuple veut l'application de la loi de Dieu ! » scandaient les manifestants, qui souhaitent que la nouvelle Constitution aille plus loin que l’ancienne, suspendue par les militaires après la chute de Hosni Moubarak et qui reconnaissait les « principes de la charia islamique » comme étant la source principale de la législation.
Les fondamentalistes veulent notamment que le mot « principes » soit remplacé par celui de « préceptes », voire par « charia » tout court, ce que rejettent évidemment les milieux libéraux et laïques. Les Frères musulmans, dont est issu le président Mohamed Morsi, et le principal parti salafiste, Al-Nour, ont annoncé qu'ils ne participeraient pas à la manifestation.
Le nouveau patriarche copte d'Égypte Tawadros II a affirmé qu'il rejetterait la Constitution si celle-ci imposait un État religieux.
Le processus d'élaboration de la Constitution est en cours depuis plusieurs mois mais l'incertitude règne sur sa pérennité, en raison de recours en justice portant sur la composition de la commission constituante, dominée par les islamistes. La justice administrative, saisie de demandes de dissolution de la commission constituante, a renvoyé le dossier devant la haute cour constitutionnelle.
Le nouveau patriarche copte d'Égypte Tawadros II, dont la communauté représente de 6 à 10% des 83 millions d'Égyptiens et s'inquiète de la montée en puissance des islamistes, a quant à lui affirmé qu'il rejetterait la Constitution si celle-ci imposait un État religieux.
(Avec AFP)

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