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09/11/2012 à 10:05
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De Gaulle annonce le cessez le feu, le 19 mars 1962. De Gaulle annonce le cessez le feu, le 19 mars 1962. © AFP

Après un débat houleux et une attente de dix ans, le Parlement français a enfin tranché en faveur du 19 mars comme jour pour honorer la mémoire des victimes de la guerre d'Algérie. Une date aux relents de repentance et de défaite pour une droite nationaliste parfois nostalgique des colonies, mais qui reste, aux yeux de la gauche, celle de l'armistice de 1962, de la paix, et de l'espoir pour tout un peuple.

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu – entre deux majorités de gauche à l’Assemblée nationale française – pour que le Parlement adopte définitivement, jeudi 8 novembre, une loi instituant le 19 mars comme « journée nationale du souvenir » en mémoire des victimes de la guerre d'Algérie. Un débat qui a provoqué des passions, la droite fustigeant un texte symbole d’une repentance intolérable, à ses yeux, de l’État français vis-à-vis de sa politique coloniale... Comme l'a d'ailleur récemment montré le bras d'honneur choquant fait par Gérard Longuet, ancien ministre français de la Défense, sur un plateau de télévision.

La loi avait déjà été votée en janvier 2002 par l'Assemblée nationale. Mais elle n’a été définitivement adoptée qu’après une ultime navette entre la chambre haute et la chambre basse du Parlement, dominée par les socialistes. Les sénateurs l’ont ainsi validée par 181 voix contre 155, mais l’opposition de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) a aussitôt indiqué – avec force gesticulations - que le Conseil constitutionnel serait saisi du texte dès ce vendredi.

Ladite loi institue en deux courts articles que chaque 19 mars est une journée du souvenir « à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Pour la gauche, il s’agissait avant tout de la défense d’un texte qui, selon elle, « rassemble » : « le 19 mars est un moment de recueillement pour toutes les victimes qui ont œuvré dans le respect des lois de la République », a plaidé le rapporteur socialiste Alain Néri.

Hollande en Algérie

Le plus difficile était de trouver une date crédible pour « la troisième génération du feu » : celle qui s'est battue en Afrique du Nord. Car celle du 19 mars reste, pour de nombreux anciens combattants nostalgiques de l’Algérie française, synonyme de défaite. D’où une légère réticence d’un certain nombre d’élus de gauche et la franche colère des élus de droite, et de l’UMP en particulier, qui a dénoncé un texte de « division », accusant la gauche d'instrumentaliser l'histoire à la veille du voyage de François Hollande en Algérie.

« Le président de la République se rendra le mois prochain en Algérie, il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte qu'il en brusque l'examen », a affirmé Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). Kader Arif, le ministre délégué chargé des Anciens combattants, a toutefois souligné que le président avait fait savoir que, lors de sa visite en Algérie, la position de « la France ne serait pas celle de la repentance ». Il faut reconnaître au président français une certaine lucidité, après qu'il a officiellement reconnu le massacre d'Algériens à paris en 1962.

Pour défendre sa position, la droite a invoqué les propos de l’ancien président socialiste François Mitterrand, selon qui la date du 19 mars n’était pas bonne, « car il y aura confusion dans la mémoire de notre peuple ». De son côté, la gauche a rappelé que le général de Gaulle avait soumis les accords d'Évian à un référendum qui leur avait donné plus de 90% de voix favorables.

Rapprochement franco-algérien

Le 19 mars est la date du cessez-le-feu établie au lendemain des accords d'Évian. Elle devrait permettre un certain rapprochement entre Français et Algériens, en mémoire de toutes les victimes, quelle que soit leur nationalité et leur camp pendant les combats de la décolonisation au Maghreb. Mais au-delà d’être un sujet de crispations politiques, elle est aussi un motif de tensions entre associations d'anciens combattants et de rapatriés d'Algérie.

De fait, la Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (Fnaca), qui compte 350 000 adhérents, militait depuis de nombreuses années pour une journée d'hommage à cette date. Mais une quarantaine d'autres associations, qui revendiquent plus d'un million de membres, défendaient en revanche celle du 5 décembre, officiellement retenue depuis 2003 pour rendre hommage aux victimes du conflit. Mais celle-ci ne correspond à aucun événement de la guerre d'Algérie.

(Avec AFP)

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