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08/11/2012 à 12:27
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L'armée nigériane en patrouille à Kaduna. L'armée nigériane en patrouille à Kaduna. © AFP

D’un côté, les attentats revendiqués par Boko Haram se multiplient dans le Nord du Nigeria. De l’autre, la répression des forces de sécurité s’intensifie. Entre les deux, c'est la population qui paie le prix fort. Un rapport d'Amnesty international dénonce ces exactions et jette une lumière crue sur la complexité de la situation. 

Dimanche 4 octobre, de nouvelles attaques ont frappé le nord-est du Nigeria. Aussitôt imputées par l’armée nigériane à Boko Haram, elles visaient un poste de police, une école et deux tours de télécommunications dans la ville de Fika, à 170 kilomètres de Damaturu, la capitale de l'État de Yobe.

La ville de Damaturu est une des cibles régulières du groupe islamiste et les nombreuses attaques meurtrières ont entraîné le déploiement massif de contingents de l'armée. Mais la présence des forces de sécurité nigériane ne cesse de susciter des interrogations quant à ses agissements sur place. Jeudi 1er novembre, une quarantaine d’homme ont ainsi été exécutés par des militaires nigérians à Maiduguri, ville de l'État voisin de Borno et fief de Boko Haram. Il s'agirait vraisemblablement des représailles.

Que vous regardiez à droite ou à gauche, les deux côtés sont meurtriers

"Incidents" et représailles

Et, selon le dernier rapport d’Amnesty International, ces faits ne constituent pas un cas isolé. L’organisation décrit ainsi une population prise en otage entre des forces de sécurité peu ou mal encadrées et un groupe terroriste dont le fonctionnement s'apparente à celui d’une nébuleuse. Un ingénieur de 32 ans, résident de Maiduguri, explique : « Nous sommes au milieu de deux lignes. Que vous regardiez à droite ou à gauche, les deux côtés sont meurtriers. Nous perdons à tous les coups. » « Dès qu’un incident se produit, les soldats bouclent la zone  et commencent à frapper les gens… à la fin, c’est toute la population qui se retournera contre l’armée », témoigne également un médecin de Maiduguri. 

La religion instrumentalisée

La revendication première de Boko Haram est l’instauration de la loi islamique dans tout le pays. Elle se heurte ainsi au côté multiconfessionnel du Nigeria, qu’on peut diviser entre une majorité musulmane au nord et chrétienne au sud. Pour Marc-Antoine Pérouse de Montclos, du Centre d’études des relations internationales, il est cependant erroné de parler d’un conflit religieux.

« Pour les émeutiers, par exemple, les mosquées et les églises sont aussi des objectifs stratégiques car elles constituent des centres d’information et des abris pour les parties en lice », explique-t-il, « elles sont d’abord attaquées parce qu’il s’agit de bâtiments particulièrement visibles et qu’elles symbolisent des points de rencontre communautaires, bien plus que religieux ». Et de conclure : « La religion joue souvent un rôle dans le processus de mobilisation des protagonistes, surtout lorsque les appartenances confessionnelles recoupent les allégeances ethniques ». M.O.

Et les « incidents » propices à des représailles de l'armée se multiplient. À ce jour, Boko Haram a revendiqué des attaques dans les États de Bauchi, Borno, Gombe, Kaduna, Kani, Mina, Plateau, Sokoto et Yobe ainsi que dans la capitale fédérale, Abuja. Dans son livre blanc, publié en mai 2012, le comité de la présidence sur les questions de sécurité dans le nord-est du Nigeria a ainsi relevé de « graves allégations de comportement arbitraire des forces de sécurité dans l’état de Borno, notamment des viols, des destructions de biens appartenant à des membres de la secte, des exécutions extrajudiciaires, du harcèlement et de l'intimidation des résidents de Maiduguri ».

Un nordiste pour négocier au Nord ?

Le conflit entre Boko Haram et la force envoyée par l’État fédéral paralyse donc toute une région, où les habitants sont considérés comme des traîtres potentiels dans les deux camps. « Si quelqu’un peut indiquer où se trouve Boko Haram et le communiquer aux forces de sécurité, il sera tué », confie ainsi un avocat de Maiduguri.

Mais la situation n’en est pas pour autant désespérée. En juin 2012, le président Goodluck Jonathan a ainsi limogé son conseiller à la sécurité nationale, le général Andrew Azizi, originaire du Sud du pays, pour le remplacer par le colonel Sambo Dasuki. Membre de la famille royale de Sokoto, dans le Nord-Ouest, ce dernier a fait de la visite de Maiduguri une priorité.

Deuxième signe positif : le gouvernement fédéral a également débloqué six milliards de dollars en 2012 pour la défense et la sécurité. Un quart du budget de cette même année devrait ainsi être alloué aux forces de sécurité, dont les manques d’équipement et d’encadrement sont régulièrement pointés du doigt. Seulement, les éventuelles négociations, sans cesse évoquées, risquent de se heurter à la réalité du terrain, sur lequel Boko Haram apparaît comme une nébuleuse insaisissable.

La nébuleuse Boko Haram

Depuis la mort de Mohamed Yusuf, leader et fondateur de la secte, imputée aux forces de sécurité fédérales, Boko Haram s’est en effet réfugié dans la clandestinité. « L’exécution de Yunus a fragmenté le mouvement et privé les négociateurs d’un interlocuteur capable de commander ses troupes », explique Marc-Antoine Pérouse de Montclos, dans un rapport du Centre d’études des relations internationales, « les porte-paroles se sont multipliés avec les mallamaï Abu Suleiman, Sanni Umaru, Aliyu Teshako puis Abu Qaqa ».

Johnnie Carson, secrétaire d’État américain chargé des affaires africaines, estime ainsi que « Boko Haram est composé d’au moins deux organisations : une organisation plus importante qui s’attache principalement à discréditer le gouvernement nigérian, et une organisation moins importante, mais plus redoutable, qui utilise des moyens de plus en plus sophistiqués et devient de plus en plus dangereuse ».

Compte à rebours

La vision est la même du côté de Goodluck Jonathan qui a à maintes reprises posé comme préalable à des négociations l’existence d’interlocuteurs légitimes du côté de l’organisation. Et il y a urgence à ce que ces pourparlers aient lieu avant le début de la campagne pour la prochaine élection présidentielle, en avril 2015. Le cas échéant, les intérêts électoralistes risqueraient de prendre le dessus. Au Nord, où Boko Haram peut vraisemblablement compter sur le soutien de certains représentants politiques. Mais également au Sud, où un chiffre ne sera pas passé inaperçu : selon une étude de l’ONG Cleen Foundation et de l’Alliance pour des élections crédibles, seuls 35% des habitants du Sud-Est se déclarent favorables à des négociations.

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Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)

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