L'opposition guinéenne dénonce le choix de l'opérateur technique sud-africain Waymark pour procéder à la révision du fichier électoral, en vue des prochaines législatives. Pour elle, un "tripatouillage" est à prévoir. Le pouvoir estime de son côté que seule la Ceni, désormais indépendante, peut gérer ce différend.
Avec l’élection « consensuelle » de Bakary Fofana à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), la Guinée a fait un pas vers l’organisation des législatives tant attendues. Mais, le chemin est encore loin d’être balisé. Prochain obstacle en vue : la question de l’opérateur technique Waymark, retenu par le pouvoir pour procéder à la révision du fichier électoral.
La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) recomposée, son bureau installé, le processus électoral en Guinée se relance après deux années de tergiversations. Malgré le litige sur la présence d’un représentant des centristes dans le quota réservé à l’opposition, l’ Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et le Collectif, plateforme regroupant les principaux partis de l’opposition guinéenne, comptent deux de ses membres dans le nouveau bureau de la Ceni, une vice-présidente et un rapporteur. Une avancée significative vers la tenue, maintes fois reportée, des législatives en Guinée. Encore faut-il résoudre une question technique qui divise : le choix de la société sud-africaine Waymark, chargée de réviser le fichier électoral de 2010.
"Opacité"
« C’est une revendication fondamentale », souligne Aboubacar Sylla, le porte-parole de l’ADP et du Collectif. « Nous savons qu’il est aujourd’hui trop tard de demander la suspension de l’installation de la Ceni – nos représentants ont prêté serment et ont participé à l’élection du nouveau président de l’organe électoral -, mais nous ne sommes pas prêts à cautionner un opérateur technique dont les conditions de sélection relèvent d’une opacité criante », a-t-il expliqué à Jeune Afrique, rappelant que « les audits du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont également mis en évidence les défaillances sérieuses du système de Waymark ».
Une mission de l'OIF a constaté une différence de chiffre entre le nombre d’inscrits relevé dans le rapport du Pnud et celui chargé dans le kit de Waymark.
Pour lui, si le pouvoir d’Alpha Condé persiste à maintenir cet opérateur technique, c’est pour se garantir un « tripatouillage du fichier électoral ». En avril dernier, l’audit du Pnud avait révélé « des dysfonctionnements et des faiblesses dans le système Waymark », lesquels avaient été confirmés à la mi-juin par le rapport des experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), notamment en ce qui concerne le transfert des données au serveur de l’opérateur retenu. « La mission [de l’OIF] a constaté une différence de chiffre entre le nombre d’inscrits relevé dans le rapport du Pnud (3 834 292) et celui des inscrits chargé dans le kit de Waymark (3 692 094) », avaient alors signalé les experts de la Francophonie.
"Faux problème"
Un « faux problème », répond Papa Koly Kourouma, allié politique du président Alpha Condé. Le leader de la Génération pour la réconciliation, l’unité et la prospérité (Grup), sans nier « certaines imperfections » inhérentes à toute « œuvre humaine », affirme que « Waymark n’est qu’une société de prestation de solutions informatiques, un outil de travail de la Ceni ». Comme l’organe électoral a été recomposé et se veut indépendant, « ce n’est pas à l’administration de demander le départ de Waymark, la discussion doit avoir lieu au sein même de la Ceni », insiste-t-il.
De son côté, le nouveau président de la Ceni, Bakary Fofana, tempère. « Toutes les questions seront abordées pour parvenir à l’organisation des élections transparentes », garantit-il. Pour l’heure, les nouveaux membres de la Ceni s’attèlent à mettre en place un règlement d’ordre intérieur. Avant d’entrer dans le vif du sujet.
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Par Trésor Kibangula (@Tresor_k)

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