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05/11/2012 à 16:55
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La sélection de Palestine (à g.) face aux Émirats arabes unis, le 28 octobre. La sélection de Palestine (à g.) face aux Émirats arabes unis, le 28 octobre. © AFP

Depuis quelques années, le football féminin connaît un engouement sans précédent en Palestine. Mais pour pratiquer ce sport, les jeunes femmes doivent composer tant bien que mal avec une société conservatrice très divisée et une réalité géopolitique qui ne manque jamais de se rappeler à elles. Comme cela été encore une fois le cas le 27 octobre près de Bethléem, lors du match amical organisé entre les sélections féminines de Palestine et des Émirats arabes unis. Reportage.  

Coincé entre un chapelet de colonies israéliennes et la muraille de béton armé qui sépare les territoires palestiniens de l’État hébreu, le stade Al Khader (inauguré en 2007 près de Bethléem) se préparait, samedi 27 octobre, à devenir l’arène d’un match de foot amical entre les sélections féminines de Palestine et des Émirats arabes unis. C’est une réalité peu connue : malgré l’occupation, la crise, les malaises politiques et les spasmes régionaux, le sport le plus populaire de la planète fait des adeptes en nombre croissant parmi les Cisjordaniennes. À la fin des années 2000, on ne trouvait que cinq clubs féminins en Cisjordanie. Ils sont aujourd’hui 18, composés en majorité de très jeunes femmes.

Révélateur social, le foot est aussi une affaire politique dans les territoires palestiniens, un enjeu de fierté national, voire de géopolitique.

À quelques heures du coup d’envoi prévu, au centre de conférence de Bethléem où l’équipe palestinienne est présentée à un parterre de personnalités footballistiques internationales, Marianne, milieu de terrain de 23 ans, paraît presque la doyenne  : « Nous sommes la première génération à taper dans le ballon, il n’y a pas de joueuses plus âgées que nous ! » La société palestinienne, conservatrice dans son ensemble, sourcille encore de voir des jeunes femmes en short, pour la plupart sans voiles, se tacler et tirer des corners.

Foot-politique à la palestinienne

Révélateur social, le foot est aussi une affaire politique dans les territoires palestiniens, un enjeu de fierté national, voire de géopolitique. En 1994, le match à Jéricho d’une sélection de circonstance contre le Variétés club de France, qui comptait notamment Giresse et Platini, avait été un coup médiatique réussi : « une journée historique et émouvante », commentait alors le quotidien L’Équipe. Mais jusqu’en 1997, Israël interdisait toute forme d’associations, considérées comme potentiellement terroriste, et les équipes se constituaient autour des lieux de cultes et des écoles. Le premier match international palestinien agréé Fifa n’a lieu qu’en 2008, au stade de Ram à Jérusalem est, 5000 places à 51 mètres du mur de séparation (constructions interdites à moins de 50 m). Ils sont 40 000 supporters ce soir-là, à venir assister à la rencontre Palestine-Jordanie, sans aucunes forces pour maintenir l’ordre : hors de question pour l’État hébreu de laisser des hommes en armes si près de sa frontière. Les premiers buts, palestiniens, déclenchent des rafales de tirs de joie, des pneus sont brûlés. Sur le mur, les tireurs d’élite sont en alerte. Les organisateurs défaillent d’angoisse. Mais la neutralité du score final (1-1) bride opportunément tous débordements de joie, ou de déception. L.S.P.

« Le premier tournois féminin s’est joué en 2008-2009, raconte Bassel Mahmoud, coach d’une équipe locale, et cela reste très difficile de convaincre les familles de laisser jouer leurs filles, surtout dans les zones rurales. Vous savez, seule une dizaine de pays arabes comptent des équipes féminines. » Nathalie, attaquante de 19 ans, a cadré ses premières frappes il y a cinq ans  dans la cour de l’école : « Les garçons nous répètent que c’est un jeu de mecs ; quand ils voient que je les drible, ils vont chercher le champion du quartier… »

Mosaïque communautaire

Constituer une équipe à l’échelon national est un autre défi, la société palestinienne étant, comme toutes celles de la région, une mosaïque communautaire qui mêle sunnites, chrétiens, druzes, chiites, alaouites… Les rivalités locales restent fortes. « La division est ici un sport national, confie le cadre d’une instance internationale familier du pays, il n’y a qu’à voir les lignes de démarcations entre les différentes églises chrétiennes dans la chapelle de la Nativité à Bethléem ! Un club ici, c’est avant tout un quartier, un village, et c’est justement passionnant de voir comment la construction des équipes nationales accompagne celle d’une identité palestinienne. »

Bien sûr, les joueurs et les rares joueuses de Gaza, soumis au blocus israélien, ne peuvent rejoindre les rangs de leurs compatriotes. « Pour moi le sport est une forme très importante de réhabilitation d’une jeunesse enfermée, sous occupation militaire. Il est créateur de fierté, de confiance en soi et de mixité sociale », commente Leïla Chahid, la représentante de l’Autorité palestinienne près l’Union européenne, venue de Bruxelles assister à l’évènement.

La portée symbolique du match qui devait avoir lieu ce 27 octobre entre Palestiniennes et Émiraties a été soulignée par l’ensemble des intervenants de la conférence organisée l’après-midi même. Pour le représentant du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, il est l’occasion de rappeler que « la Palestine n’est pas seule, qu’elle est un membre de la famille planétaire. »

Ceux qui pensent que le rôle d’une femme est de faire la cuisine sont des idiots !

Jibril Al Rajoub, président de la Fédération palestinienne

« Le foot c’est l’école de la vie, et les filles comme les garçons doivent pouvoir y aller », souligne Lydia Nsekera, présidente de la Fédération burundaise de foot et première femme membre du Comité exécutif de la Fifa. « Ceux qui pensent que le rôle d’une femme est de faire la cuisine sont des idiots ! » tempête le général Jibril Al Rajoub, président de la Fédération palestinienne et ancien chef de la sécurité d’Yasser Arafat, après avoir constaté que « les roquettes ne peuvent plus réaliser aucun espoir, et [que] le sport, en promouvant la culture de l’amour, du respect mutuel et de la dignité, est une forme de résistance pacifique efficace. »

Match reporté

Mais bientôt, le visage du général, dernier orateur de la conférence, devient grave. « Je regrette de devoir maintenant vous annoncer que l’équipe émiratie, partie à 2 heures du matin du Golfe, arrivée ce matin en Jordanie, a été bloquée par la police des frontières israélienne au pont Allenby [qui sépare la Jordanie de la Cisjordanie]. Elles viennent d’arriver épuisées à Ramallah et nous allons devoir étudier un report du match à demain soir ou à lundi. Au moins, cela donne à nos invités internationaux une idée de l’incertitude dans laquelle nous vivons au quotidien. »

Car ces derniers - représentants de la Fifa, de l’UEFA, de l’ONU et des médias - ont leurs avions affrétés pour le lendemain matin… La géopolitique du ballon rond vient à nouveau de sévir. Une dizaine de jours plus tôt, le représentant permanent des Émirats avait condamné au Conseil de sécurité les pratiques israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. Faut-il y voir un lien avec les difficultés rencontrées par l’équipe nationale à la frontière ? Le match féminin Émirats-Palestine se déroulera finalement le dimanche soir, loin des témoins internationaux.

Remporté par les Émiraties, 4 à 2, comme lors de la dernière rencontre entre les deux équipes il y a trois ans. « Nous ne sommes plus des débutantes mais nous en sommes encore à nos débuts, rappelait la veille Marianne, milieu de terrain de la sélection. L’avenir nous appartient ! »

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