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03/11/2012 à 10:13
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Le docteur Mukwege, le 1er novembre à Stockholm, en Suède. Le docteur Mukwege, le 1er novembre à Stockholm, en Suède. © Capture d'écran

Agressé le 25 octobre à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu en RDC, le docteur Mukwege a tenu une conférence de presse, jeudi 1er novembre, à Stockholm, en Suède, où il est réfugié.  

« Ma présence ici aujourd’hui est un miracle ». C’est à Stockholm, en Suède, que le Docteur Mukwege a tenu, jeudi 1er novembre, sa première conférence de presse depuis l’agression dont il a été victime le 25 octobre à Bukavu. Une conférence à l’initiative de l’ONG suédoise PMU-Interlife qui travaille régulièrement avec ce gynécologue de renom, et du mouvement pentecôtiste de Suède qui l’héberge actuellement. En bonne santé mais encore choqué, Denis Mukwege est revenu avec émotion, parfois les larmes aux yeux, sur l’attaque dont il a été victime, assurant vouloir rentrer bientôt en République démocratique du Congo (RDC). Récit.

Où en est l'enquête ?

Si les autorités congolaises assurent que l’enquête sur l’agression du gynécologue avance (« La police est sur les traces de ceux qui sont venus chez le docteur Mukwege », a assuré vendredi le gouverneur du Sud-Kivu, Marcellin Chissambo), le principale intéressé affirme n’avoir pas encore été interrogé. « À ce jour, ni mes enfants, ni les personnes témoins qui étaient dans la maison et dans la parcelle, ni moi-même n’avons été interrogés par la police ». Conclusion du docteur : « Il n’y a pas la volonté de faire une enquête. Comme l’envisager sans interroger ceux qui ont vécu le drame ». À bon entendeur. V.D.

Le 25 octobre, le gynécologue passe une soirée en famille après avoir assisté à une conférence à Genève, quand il doit quitter son domicile « quelques minutes pour accompagner une patiente ». C’est en son absence que ses assaillants s’introduisent chez lui. « Ils ont maîtrisé tout le monde, les sentinelles, les domestiques et mes enfants, menaçant de tuer toute personne qui essayerait de bouger », dit-il.

"Je comprends mieux"

À son retour, des « hommes lourdement armés » l’accueillent, le forcent à sortir de son véhicule « armes pointées sur la tempe ». C’est à ce moment que l’agent de sécurité posté devant sa demeure tente d’intervenir. Il « crie », se « jette » sur un des hommes armés qui lui assène « deux balles à bout portant ». « Il est tombé, moi aussi », poursuit-il, incapable de raconter la suite de son agression. « J’ai seulement constaté qu’il avait été touché mortellement et qu’ils se sont enfuis avec mon véhicule», conclu Denis Mukwege, ému.

Parler de lui n'a jamais été sa marque de fabrique. Alors le docteur est rapidement revenu à ses fondamentaux : les femmes du Sud-Kivu brisées par des années de guerre. « Je le dis avec regret, ma seule sécurité ne suffit pas. Mes pensées vont à ces milliers de femmes qui souffrent de façon journalière dans leur corps et dans leur esprit ». Et de poursuivre : « Aujourd’hui je les comprends mieux. Je comprends leur peine et leurs souffrances ».

Et parce qu’il ne manque aucune occasion de tirer la sonnette d'alarme au sujet de la dégradation de la situation dans l’Est de la RDC, il a profité de cette conférence de presse pour dénoncer le « grave problème d’impunité au Congo », le « manque volonté des responsables politiques de la région des Grands lacs », et a appelé « le gouvernement congolais à faire son devoir » :  protéger sa population. « On a essayé de construire la paix en sacrifiant la justice sur l’autel. Mais aujourd’hui on n’a ni paix ni justice. On a essayé de construire une armée sur la base de groupes qui ont violé, détruit, pillé et tué. Cette armée n’a jamais fonctionné », a-t-il déclaré.

Homme de paix, il ne pouvait pas finir son intervention autrement qu’en appelant « le personnel de l’hôpital de Panzi à Bukavu à répondre à la violence par l’amour ».

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Vincent Duhem (@vincentduhem)

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