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31/10/2012 à 19:06
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Des manifestants salafistes à La Manouba, près de Tunis, en novembre 2011. Des manifestants salafistes à La Manouba, près de Tunis, en novembre 2011. © AFP

Stupeur en Tunisie. Malgré la trêve de l’Aïd el-Kébir, les salafistes n'hésitent pas à recourir à l'ultra-violence pour faire régner leur ordre moral à Douar Hicher, en banlieue de Tunis. Pendant ce temps, les tensions entre partis politiques se font plus vives que jamais, sur fond de première lecture à l'Assemblée du projet de Constitution.

Les habitants de Douar Hicher, quartier populaire en périphérie de Tunis, sont abasourdis. Depuis mardi 30 octobre au soir, leur quartier est bouclé par les salafistes qui ont perdu au moins deux des leurs dans des affrontements avec les forces de l’ordre. Tirs à balles réelles et gaz lacrymogène de la police répondent aux cocktails Molotov et aux assauts à l’arme blanche des jihadistes.

Tout a commencé le second jour de l’Aïd el-Kébir, quand les partisans d’Abou Iyadh s’en sont pris à des débiteurs clandestins d’alcool. Dans un déchaînement de violence barbare, inattendue et inhabituelle en Tunisie, ils ont coupé trois doigts à un vendeur et gravement blessé un agent de la garde nationale. Depuis, les tensions se sont exacerbées et la surenchère dans la violence semble sans limites.

Les salafistes n’ont pas de revendications précises. Avec un argumentaire confus, ils accusent le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, ancien parti au pouvoir, dissous) ainsi que la formation Nidaa Tounes de Beji Caïd Essebsi de vouloir semer le trouble. Mais ils s’en prennent aussi au gouvernement. Il faut dire que la situation leur profite : ils gagnent en visibilité dans les médias et les prêches en leur faveur abondent dans les mosquées qui sont sous leur coupe.

Divisions

Qui obéit à qui ? C’est la question qui est sur toutes les lèvres en Tunisie face à la montée en puissance de la violence islamiste.

Les radicaux revendiquent les événements comme de hauts faits d’armes et se font menaçants envers tous ceux qui leur barreraient la route vers l’instauration d’un nouvel ordre moral conforme à la charia. Ils ont décrétés la fermeture des écoles du quartier, des services publics mais aussi celles de nombreux ateliers. Effrayée et inquiète, la population obéit. Mais sa préoccupation principale est toujours de joindre les deux bouts.

Le ministère de l’Intérieur, jusqu’ici assez  laxiste envers les extrémistes, est divisé sur la conduite à tenir. Les syndicats des forces de l’ordre réagissent contre leur hiérarchie, exigent d’avoir des instructions claires, et demandent « qui obéit à qui ? » C’est la question qui est sur toutes les lèvres en Tunisie face à la montée en puissance de la violence islamiste, en toute impunité.

À cette confusion s’ajoute l’intervention, un peu partout dans le pays, de la Ligue de défense des objectifs de la révolution, une association proche des salafistes qui revendique, au nom de la révolution, le droit d’avoir recours à la violence pour empêcher les réunions des formations politiques qu’elle estime être organisées par des transfuges du RCD ou par des opposants de Ennahdha.

Ses membres ont notamment bloqué toute l’activité des îles Kerkennah dont les habitants manifestaient leur mécontentement face à un nouveau conseil municipal composé de militants islamistes. Et au prétexte qu’elle bénéficie là d’un cadre politique légal, la ligue annonce qu’elle entend faire sa propre justice.

Cousue de fil blanc, la manœuvre semble être aussi une diversion. Car l’essentiel de ce qui se joue en Tunisie n’est pas dans la rue, il est à l’Assemblée nationale constituante.

Complot

L’ennemi commun désigné par les salafistes de tous poils est le parti fondé par l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi, qui grimpe en flèche dans les sondages. Les radicaux forcent le trait, font volontairement l’amalgame entre militants de Nidaa Tounes et RCD, ressortent même du fond des tiroirs du ministère public une affaire de complot contre la sûreté de l’État qui impliquerait aussi bien d’anciens proches de Ben Ali, dont Kamel Letaief, que des proches de Essebsi et de son parti.

Cousue de fil blanc, la manœuvre semble être aussi une diversion. Car l’essentiel de ce qui se joue en Tunisie n’est pas dans la rue, il est à l’Assemblée nationale constituante. Une première lecture de la Constitution est en cours. Le projet présenté est très controversé. Il ne mentionne pas le caractère civil de l’État, donne trop de place à la famille et fait référence aux valeurs du sacré sans tenir compte des référentiels universels. Une mouture sans créativité et liberticide, bien en deçà de ce qui était attendu après une révolution.

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Par Frida Dahmani, à Tunis

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