Extension Factory Builder
26/10/2012 à 18h:49
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Quelque 32 000 mineurs sud-africains étaient menacés de licenciement. Quelque 32 000 mineurs sud-africains étaient menacés de licenciement. © Reuters

Le mouvement de grève, qui paralysait les mines sud-africaines depuis plusieurs semaines, touche à sa fin. Jeudi 25 octobre, un accord a été trouvé entre les principaux syndicats et le patronat pour une hausse des salaires. Si le travail doit reprendre, les dégâts sont considérables pour les compagnies minières mais également pour l’African National Congress (ANC).

C’est la fin d’un bras de fer sans équivalent depuis la fin de l’apartheid. Jeudi 25 octobre, un accord a été trouvé entre les principaux syndicats de mineurs et la Chambre des mines, représentant le patronat : selon les postes, les salaires devraient donc être augmentés de 11 à 20,8%.

Cette décision doit théoriquement mettre fin à une grève qui a paralysé pendant plusieurs semaines le secteur minier sud-africain. Il vise surtout à sauver des dizaines de milliers d’emplois en Afrique du Sud. Malgré une perte estimée à 900 millions d’euros, des investisseurs devenus frileux et une chute du Rand, les compagnies avaient en effet préféré jouer la fermeté en multipliant les ultimatums : la reprise du travail ou le licenciement. Quelque 32 000 travailleurs (dont 12 000 pour la seule Anglogold Ashanti), étaient ainsi menacés de licenciement.

"Risque pour la stabilité"

L’économie sud-africaine est d’ores et déjà affectée par la crise, la banque centrale ayant fait part de ses inquiétudes en début de semaine. « Ces événements ont été très médiatisés, y compris à l'étranger, et font mauvaise impression aux investisseurs », explique l’organisation, qui estime que « cela représente un risque pour la stabilité du système financier. » 

Le Trésor sud-africain vient même de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour cette année à 2,5 %, contre 2,7 % prévus initialement. Le PIB sud-africain devrait également pâtir du mouvement social : en 2013, la baisse de production due aux grèves devrait entraîner un impact négatif de 0,3 point.

Conséquences politiques

L’incendie ne s’est pas arrêté aux milieux économiques. Le conflit, et surtout les événements de Marikana, dont la répression a fait des dizaines de morts, a sérieusement affecté le pouvoir et notamment l’ANC. Jusqu’à toucher le président Jacob Zuma lui-même qui, avant de rencontrer les mineurs grévistes avait choisi de privilégier une discussion avec la direction de Lonmin, société propriétaire du site.

Surtout, le conflit a ravivé la tension qui règne depuis plusieurs années au sein du parti au sujet du problème des inégalités qui caractérisent encore la société sud-africaine. Alors que le président Zuma a naguère fait campagne sur le thème de la nationalisation, notamment des mines, la direction de l’ANC se refuse désormais à l’envisager, refroidie par l’exemple du Zimbabwe voisin. Au risque de se couper de sa base.

Sentiment d’injustice

Le sous-sol reste ainsi entre les mains d’intérêts blancs, malgré la politique de Black Economic Empowerment (BEE) qui a vu 26% des intérêts miniers transférés à des sociétés dirigées par une petite élite noire liée au pouvoir, ces dix dernières années. Or cette « bourgeoisie » n’a pu effacer le sentiment d’injustice ressenti par les populations pauvres.

Quel que soit le futur chef de l’État, qui sera « désigné » en décembre par l’ANC, le mandat ne sera pas aisé et l’accord trouvé, jeudi 25 octobre, ne peut être que provisoire. Cyril Ramaphosa, un temps prétendant au fauteuil présidentiel, semble ainsi avoir perdu toutes ses chances à cause del'affaire de Marikana. À la fois membre du conseil d’administration de Lonmin et des instances exécutives de l’ANC, il a ainsi essuyé les critiques les plus sévères, notamment de la part de Julius Malema. Ce n’est ni la plus grave ni la dernière des victimes du conflit. Mais un message semble être enfin passé : l’ANC doit sortir de sa torpeur.

Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Afrique du sud

Afrique du Sud : 23 morts lors de circoncisions rituelles

Afrique du Sud : 23 morts lors de circoncisions rituelles

Vingt-trois garçons sud-africains sont morts cette semaine lors de circoncisions traditionnelles, rite qui marque le passage à l'âge adulte, a indiqué la police vendredi, précisant que des enqu&[...]

L'actualité de la semaine en images

Affrontements en République Démocratique du Congo, visite de Valérie Trierweiler au Mali, immolation par le feu de jeunes tunisiens... Revivez en image avec "Jeune Afrique" les moments forts de la[...]

Hilton Little : "Nous n'avons pas droit à l'erreur"

Hilton Little a côtoyé les trois derniers présidents sud-africains. Confessions d'un homme pour qui cuisine et diplomatie ne sont jamais très éloignées.[...]

Afrique du Sud : nouveaux débrayages à la mine de Marikana

Des débrayages étaient en cours, mardi 14 mai, à la mine de Marikana, théâtre l'an dernier d'une longue grève meurtrière. Ces nouvelles manifestations font craindre un nouvel[...]

L'actualité de la semaine en images

Manifestations contre la pédophilie au Maroc, remaniement du gouvernement en Égypte, visite de Goodluck Jonathan en Afrique du Sud, menaces d'Aqmi contre la France... Revivez en images avec "Jeune Afrique"[...]

Afrique du Sud : consommer Mandela avec modération

Le "messie" Mandela n’est-il devenu qu’une marque ou un sujet d’exhibition ? Nouvelle trouvaille de sa famille : une gamme de vins à son nom…[...]

Afrique du Sud : un mariage hindou vire au scandale politique

L’atterrissage d’un jet privé, le 30 avril, à la base militaire de Waterkloof fait scandale en Afrique du Sud. Car les quelque 200 passagers qu'il contenait étaient des invités au mariage[...]

Afrique du Sud : Zuma et la sécurité du continent

Le président sud-africain Jacob Zuma multiplie les déplacements pour convaincre ses pairs de la nécessité de renforcer les structures multilatérales de sécurité sur le continent.[...]

Afrique du Sud : l'ANC critiquée après la diffusion d'images de Mandela

La diffusion, lundi 29 avril, par la télévision publique sud-africaine SABC d'images tournées au domicile de Nelson Mandela à Johannesburg provoque la colère des Sud-Africains.[...]

Les marques de luxe snobent l'Afrique

Si l'Afrique regroupe plus de millionnaires que la Russie, elle n'en demeure pas moins un désert commercial pour l'achat de produits de luxe. Un fait constaté pour les africains fortunés et repris par les[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers