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24/10/2012 à 13:59
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Habib Kazdaghli, le 5 juillet, lors de l'ouverture de son procès à Tunis. Habib Kazdaghli, le 5 juillet, lors de l'ouverture de son procès à Tunis. © Féthi Belaïd

Le 25 octobre, Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba (Flahm) a comparu devant le tribunal de première instance de Tunis pour "agression" envers une étudiante. À la demande de ses avocats, son procès a été à nouveau reporté, au 15 novembre. Soutenu par le conseil scientifique de la faculté, il s’était distingué par sa farouche opposition au port du niqab par les étudiantes pendant les cours et les examens, ce qui avait conduit au blocage de la faculté par des jeunes salafistes pendant de longues semaines, à la fin de 2011. Interview.

Mis à jour le 25/10 à 13h09.

Habib Kazdaghli est accusé d’agression par une militante salafiste. Le ministère public ayant jugé bon de requalifier l’accusation en « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions », le doyen de la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM) encourt cinq ans de détention (au lieu de quinze jours pour une agression sans gravité).

Avant même de commencer, le procès a pris une tournure politique en confrontant une nouvelle fois les modernistes et les laïcs, d’un côté, à la majorité gouvernementale, de l’autre. Pourtant, les étudiants salafistes, de leur propre aveu, affirment vouloir par tous les moyens détruire l’enseignement laïc qui symbolise, selon eux, la mainmise de l’Occident sur la société tunisienne. Bien que soutenu par des instances internationales, par des universités européennes et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, Habib Kazdaghli fait face au mutisme de son ministère de tutelle.

Jeune Afrique : de quoi vous accuse-t-on ?

Habib Kazdaghli : D’avoir giflé, le 6 mars, une étudiante qui avait comparu devant le conseil de discipline quelques jours auparavant. Il s’agit d’une opération orchestrée : ce jour là, elle m’avait agressé avec une de ses camarades et avait dévasté mon bureau, si bien que j’avais demandé l’intervention de la police. Pendant que je déposais plainte au commissariat, l’étudiante faisait venir une ambulance et m’accusait d’agression. Mais comment voulez-vous que je gifle une fille en niqab, on ne sait même pas où est sa joue !

Le projet sociétal des salafistes est afghan, et il a par le passé été rejeté par la Tunisie. En 1804, les tentatives de Mohamed Abdelwaheb ont été rejetées…

Dans quel état d’esprit affrontez-vous ce procès ?

J’ai confiance dans l’indépendance de la justice de mon pays, bien que tout le monde s’accorde sur le fait que cette affaire est instrumentalisée ; ce procès est une tentative de mise au pas de l’université tunisienne et une opération contre la démocratie.

Comment qualifieriez-vous la position du ministère de l’enseignement supérieur ?

Elle est ambiguë ; alors que l’université tunisienne est un objet de fierté nationale, le ministère est en deçà de ce qui lui est demandé. Il est le premier à lâcher les universitaires. Le règlement stipule que le ministère fournit un avocat à tout fonctionnaire poursuivi en justice dans le cadre de ses fonctions, et cela n’a pas été le cas pour moi. En revanche, la mobilisation de la société civile, de la ligue tunisienne des droits de l’homme et de plus de 30 avocats volontaires, dont ceux de la centrale syndicale, constituent un appui inestimable.

Il a été prouvé que, lors du siège de la FLAHM, vous avez été attaqué et votre bureau détruit. Pourtant, c’est vous qui êtes sur le ban des accusés. Est-ce une manœuvre politique contre le corps universitaire ou contre vous-même, en tant que militant politique ?

Cette affaire porte sur un choix de société ; la Manouba symbolise la modernité, les attaques ont ciblé le savoir, une tradition tunisienne de progrès et d’ouverture qui remonte à Khéreddine et Bourguiba. L’université tunisienne, malgré ses difficultés, est un exemple, un lien avec l’extérieur. Il s’agit aussi, pour ces étudiants, de démonter les institutions puisqu’ils ne reconnaissent ni le système d’élections universitaires ni les élus du collège ou du conseil scientifique. Il faut noter que ceux qui ont ciblé la faculté sont les mêmes que l’on retrouve le 14 septembre durant l’attaque de l’ambassade américaine : ils tissent une toile. Mais leur projet sociétal est afghan, et il a par le passé été rejeté par la Tunisie. En 1804, les réformateurs tunisiens ont rejeté les tentatives de Mohamed Abdelwaheb…

Où en est la question du port du niqab dans les facultés tunisiennes?

Soyons clairs : la faculté n’est pas contre le port du niqab, mais notre règlement intérieur prévoit qu’en cours ou pendant les examens, les étudiantes doivent se dévoiler.

Le tribunal administratif s’est prononcé dans le sens du conseil scientifique des facultés, mais c’est bien le ministère qui fait pression en allant à l’encontre de tous les avis. Soyons clairs : la faculté n’est pas contre le port du niqab, notre règlement intérieur prévoit l’égalité des étudiants face au savoir et c’est à ce titre qu’en cours ou pendant les examens, les étudiantes doivent se dévoiler. Sinon elles sont libres de se vêtir comme elles le souhaitent. L’espace de l’université est républicain et égalitaire.

L’enseignement supérieur est-il en danger ?

Oui, absolument, le métier est fragilisé par cette volonté cachée d’installer un projet sociétal étranger à la Tunisie. Si on casse l’université, on détruit en partie le pays. Elle est un bastion du progrès qui a déjà subi le despotisme de Ben Ali et les dirigeants actuels doivent prendre leurs responsabilités. Pourtant, dans cette phase postrévolutionnaire, on aurait pu s’employer à engager des réformes nécessaires pour préserver cet acquis national qu’est l’université.

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Propos recueillis à Tunis par Frida Dahmani
 

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