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23/10/2012 à 08:23
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Le président du Bénin Boni Yayi à Washington le 14 décembre 2006. Le président du Bénin Boni Yayi à Washington le 14 décembre 2006. © Jim Watson/AFP

Au pouvoir depuis 2006, Thomas Boni Yayi aurait échappé à un complot visant à l'empoisonner. Le commanditaire de la tentative d'assassinat serait l'homme d'affaires Patrice Talon, en délicatesse avec le régime. Trois complices, dont la nièce et le médecin personnel du président béninois, sont sous les verrous.

L’affaire a des relents de manœuvre politicienne ou d’accès de paranoïa… Mais elle repose avant tout sur une réalité sociale : la peur de l’empoisonnement, répandue – parfois à tort, parfois à raison - dans de nombreuses sociétés africaines, entre autres. Lundi, le procureur de la République, Justin Gbenameto, a ainsi déclaré au cours d’une conférence de presse que trois proches du président Boni Yayi - également président en exercice de l'Union africaine - avaient été arrêtés pour avoir comploté contre lui.

« Le parquet a requis leur inculpation pour association de malfaiteurs et tentative d'assassinat du chef de l'État », a-t-il précisé. Il s’agit de Ibrahim Mama Cisse, le médecin personnel du président, de Zoubérath Kora-Séké, une nièce de Boni Yayi employée à la présidence du Bénin, et de Mudjaidou Soumanou, l'ancien ministre du Commerce et de l'Industrie.

Selon la même source, les trois complices projetaient d'empoisonner Boni Yayi. L’ancien ministre aurait joué un rôle d’intermédiaire au service d'un commanditaire qui serait l'homme d'affaires béninois Patrice Talon, ancien proche de Yayi en bisbille avec le régime depuis peu. En son nom, Soumanou aurait contacté le médecin et la nièce du président, leur promettant chacun un milliard de F CFA (1,5 million d'euros) s'ils parvenaient à faire ingérer au chef de l’État du poison à la place des médicaments anti-douleurs qu'il prend habituellement.

Les faits reconnus

Selon le procès verbal dressé par le parquet, « le docteur entendu a reconnu les faits et le ministre Soumanou a reconnu aussi », a ajouté le procureur. « Le 17 octobre dernier (...) lors du séjour du chef de l'État à Bruxelles, sa nièce qui l'accompagnait aurait été invitée dans un hôtel où logeait le nommé Patrice Talon. Ce dernier a réussi à la convaincre pour qu'elle administre au chef de l'État des produits qui lui seraient remis par le médecin personnel du chef de l'État », a poursuivi le procureur.

Par la suite, la nièce du chef de l'État aurait commis l’erreur d’ébruiter l’affaire. « Heureusement, le résultat n'a pas été atteint, Zoubérath en a parlé à sa sœur et à d'autres personnes et ce sont ces personnes informées qui ont averti le chef de l'État », a expliqué Soumanou.

Les trois suspects ont été envoyés lundi devant le juge d'instruction puis conduits à la prison civile de Cotonou. « Nous allons délivrer un mandat d'arrêt international contre Monsieur Patrice Talon », a ajouté le procureur. Et un conseiller de la présidence de commenter : « M. Talon en veut peut-être au chef de l'État parce qu'on lui a arraché la gestion du Programme de vérification des importations nouvelle génération (PVI) ».

Perte de monopole

De fait, pendant 5 ans, Talon a géré le PVI qui est une instance mise en place par Boni Yayi pour fixer les taxes douanières dans le port de Cotonou. Elle est sensée rendre les échanges douaniers plus transparents. La gestion de ce système est confiée à une entreprise privée via un appel d'offres. Outre ce marché, Talon avait aussi perdu le monopole des engrais et insecticides dans le secteur du coton.

Cette affaire de complot éclate dans des circonstances difficiles pour Boni Yayi. Jeudi s’ouvre en effet à Cotonou le procès de Lionel Agbo, un ancien porte-parole du président béninois poursuivi pour diffamation et offense au chef de l'État. Il avait affirmé devant la presse, quelques mois après avoir quitté son poste, que Boni Yayi comptait « s'accrocher au pouvoir » au-delà des deux mandats prévus par la Constitution et que son entourage direct était corrompu. Sur ce dernier point, en tout cas, il semblait avoir raison.

(Avec AFP)

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