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22/10/2012 à 08:49
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Mo Ibrahim a fait fortune dans la téléphonie mobile.  Mo Ibrahim a fait fortune dans la téléphonie mobile. © AFP

La Fondation Mo Ibrahim a une nouvelle fois refusé de décerner son prix du leadership africain en 2012, faute de candidats satisfaisants à ses yeux. L’organisation a néanmoins publié son indice annuel sur la gouvernance des pays d’Afrique. Son président et fondateur, le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim, répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Cette année, comme en 2009 et 2010, le prix Mo Ibrahim n’a pas été décerné. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

Mo Ibrahim : Le prix Mo Ibrahim est attribué pour un leadership exceptionnel. Le comité de sélection a des critères très stricts et ses membres y tiennent. Ce n’est pas juste un prix que nous décernons parce que nous sommes obligés de le faire. Nous ne sommes pas obligés de trouver un lauréat. Il y a seulement trois ou quatre candidats qui quittent leur poste chaque année, donc le choix est extrêmement difficile. Quand nous avons lancé ce prix, nous n’espérions pas pouvoir l’attribuer tous les ans. Pourtant, depuis six ans, nous l’avons déjà fait à trois reprises, ce qui est plutôt un bon résultat.

Est-ce une façon de se démarquer du prix Nobel ?

Le Nobel est différent. Il couvre beaucoup plus de sujets, des sciences à l’économie en passant par la paix. Il concerne également tous les continents. Nous sommes très différents, même si c’est un honneur d’être comparé à une récompense aussi établie.

Les frères musulmans sont confrontés à un grand challenge : démontrer qu’ils sont attachés à la démocratie...

Vous avez souvent déclaré qu’une nouvelle génération de dirigeants était sur le point d’arriver en Afrique. Est-ce le cas aujourd’hui ?

Oui, de nouveaux leaders sont arrivés. C’est un processus lent et graduel que nous observons depuis peu de temps. Nous pouvons voir de plus en plus de personnes jeunes et intéressées qui vont dans le bon sens et nous donne l’espoir d’un nouveau leadership dans la prochaine décennie qui, peut-être, changera l’Afrique.

Que pensez-vous de l’action du nouveau président égyptien, Mohamed Morsi ?

En Égypte, comme en Tunisie, on peut voir que les révolutions du Printemps arabe ont amené au pouvoir des formations proches des Frères musulmans. Bien sûr, les Frères n’ont pas initié la révolution mais, en étant les plus organisés et les mieux financés, ils en ont été les plus grands bénéficiaires. Ils ont réussi à sécuriser la victoire des parlementarismes et ils sont désormais installés au pouvoir. Alors qu’ils ont été persécutés pendant de nombreuses années, ils sont désormais confrontés à un grand challenge : démontrer qu’ils sont attachés à la démocratie et résister à la tentation de tout contrôler en niant la liberté d’expression d’autrui.

Certains événements sont peu encourageants...

Certaines de leurs actions ne sont bien sûr pas acceptables. La récente attaque des manifestants de la place al-Tahrir n’a rien de démocratique. Je la condamne. Les pressions visant à forcer le procureur général à quitter son poste sont, de la même façon, condamnables. On peut également regretter le niveau de violence atteint par les salafistes en Tunisie. Ces derniers agissent dans l’impunité la plus totale. Il n’y a pas de réponse adéquate donnée par Ennahdha, ce qui est un problème majeur.

La RDC est l’un des grands défis du continent.

Le sommet de la Francophone vient de s’achever à Kinshasa. On y a beaucoup parlé de gouvernance. Que vous inspire la situation en RDC en termes de développement et de redistribution des ressources ?

La RDC est l’un des grands défis du continent. En termes de gouvernance, ils sont dans une mauvaise situation et sont situés très bas dans notre classement. Il reste à établir un gouvernement responsable et réactif à Kinshasa qui puisse contrôler réellement le pays, y assurer la paix et la sécurité dans une optique de développement. Ce sera impossible tant qu’il y aura des conflits, un manque de sécurité, et surtout un pillage à grande échelle des ressources. La RDC est un pays extrêmement riche avec une population extrêmement pauvre. La situation est intenable.

Vous êtes né au Soudan. Que pensez-vous des accords trouvés entre le Nord et le Sud ? Peuvent-ils éloigner le spectre de la confrontation ?

C’est ce que nous espérons. Mais, ce qui manque encore, c’est le respect de ces accords. Les peuples du Nord ou du Sud font face à des situations de pauvreté extrême et ont besoin d’investissements dans l’éducation, la santé, l’économie, ce qui permettrait de réduire les tensions et de réduire le niveau de conflits et de manque de sécurité. Il n’y a pas d’autre option. Pour aboutir à une coexistence pacifique, il faudra des réformes politiques majeures, incluant les gouvernements des deux pays, dans le respect des minorités.

L’année dernière, vous disiez que le vent du Printemps arabe allait souffler sur l’Afrique subsaharienne. L’année 2012 vous a-t-elle donné raison ?

J’ai toujours préféré appeler le « Printemps arabe », le « Printemps africain ». Il a déjà touché l’Afrique subsaharienne où l’on peut observer des changements démocratiques dans beaucoup de pays. La situation en Afrique du Nord était plus extrême dans le sens où les régimes dictatoriaux y étaient plus ancrés et depuis plus longtemps. Ce n’est pas encore très répandu en Afrique subsaharienne mais il y a des pays qui souffrent des mêmes maux. Donc, leur tour viendra.

L’Union européenne vient se voir attribuer le prix Nobel de la paix. Pensez-vous que cela soit l’exemple à suivre pour l’Union africaine ? En est-elle capable ?

Les défis africains sont assez différents. L’Union européenne est un groupe de pays démocratiques et développés. Ils ont peut-être quelques difficultés financières mais ce sont des régimes stables et des économies développées. L’Afrique est encore en train de bâtir de nouvelles démocraties, de nouvelles institutions. Il reste un blocage majeur sur le continent : nous n’avons pas de libre circulation des marchandises, des personnes, des capitaux…

Le développement de l’Union africaine doit passer tout d’abord par l’économie ? Cela veut dire un marché commun ?

Oui, l'Afrique a besoin d'un marché commun. Nous en avons même besoin davantage que les pays européens car nos États sont plus petits. Nous n’avons pas d’économies d’échelle, nous manquons de liberté de mouvement, des personnes ou des marchandises… Quand vous êtes Africain et que vous voulez visiter chaque pays du continent, vous pouvez passer un an à collecter tous les visas nécessaires. Nous avons besoin d’une base économique pour une Afrique unie avant de penser à une quelconque structure politique. C’est très bien d’avoir l’Union africaine, c’est une bonne chose. Mais, à moins que nous parvenions à une intégration économique, les problèmes ne seront pas résolus.

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Propos recueillis par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)
 

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