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22/10/2012 à 12:54
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Mo Ibrahim, président de la fondation. Mo Ibrahim, président de la fondation. © AFP

En progrès mais peut, incontestablement, mieux faire. Telle est la mention qui accompagnerait l’indice Mo Ibrahim, s’il n’était qu’un simple bulletin de notes pour le continent. Avec de bons résultats en termes d’économie, l’Afrique avance. Mais de gros "bémols" demeurent, notamment dans la participation citoyenne et les droits de l’Homme.

Le continent est décidément un élève capricieux. Si la Fondation Mo Ibrahim, qui fournit chaque année un classement de la gouvernance salue une « tendance à l’amélioration », elle regrette également des résultats contrastés - en dépit de la finesse de son indice, basé sur 88 critères allant de l’économie à la santé, en passant par l’éducation et les droits de l’Homme.

« Le plus grand défi pour l’Afrique, c’est d’arriver à rétablir l’équilibre entre les progrès incontestables effectués au niveau économique et le retard qui est accumulé dans les sujets politiques », explique Nathalie Delapalme, directrice de la Recherche et des Politiques publiques de la Fondation Mo Ibrahim. « Les chiffres de la croissance sont bons. Le vrai sujet sur le continent, c’est l’accroissement des inégalités », ajoute l’ancienne conseillère Afrique du ministère français des Affaires étrangères (2002-2007).

Un manque d’équilibre

Le classement 2012

1- Maurice
2- Cap Vert
3- Botswana
4- Seychelles
5- Afrique du Sud
6- Namibie
7- Ghana
8- Tunisie
9- Lesotho
10- Tanzanie

Retrouvez la totalité du classement de la gouvernance en Afrique en  téléchargeant ici l'indice Mo Ibrahim 2012 : toutes les informations, tous les secteurs, pays par pays.

Si le développement économique est globalement satisfaisant, d’autres secteurs inquiètent. Le cas de la Tunisie est révélateur. Second du classement pour le développement économique durable, le pays ne se classe qu’à la 27e place de deux autres palmarès : « la participation citoyenne et les droits de l’Homme » et « la sécurité et la souveraineté du droit ». Reste à mesurer l’impact du Printemps arabe, qui, au vu de l’actualité politique tunisienne, pourrait aussi décevoir.

L’Afrique du Sud pourrait également devenir rapidement très problématique, comme le laissent présager les tensions sociales croissantes dans le pays, dont l’épisode de Marikana n’aura été qu'un exemple dramatiquement révélateur. « On commence à voir des fissures apparaître dans les indicateurs », confie ainsi Nathalie Delapalme. Pour le moment, le pays reste cependant ancré dans le haut du classement. Mais pour combien de temps ?

Locomotives à la peine

« L’affaissement » des grandes locomotives, que sont l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya et le Nigeria, est un réel sujet d’inquiétude. Le Nigeria, adepte du peloton de tête voici dix ans, se retrouve cette année installé dans le wagon de queue. La raison de cette dégringolade ? « Au niveau de l’économie, il y a des retards dans les infrastructures », explique Nathalie Delapalme, qui évoque également « les questions de sécurité au Nord qui commencent à avoir un impact ».

L’Afrique de l’Ouest est pourtant la zone qui progresse le plus, rattrapant l’Afrique de l’Est pour ce qui est des opportunités économiques. Regain en Côte d’Ivoire, qui se remet de la crise de 2010, bonne performance du Ghana et surtout relèvement impressionnant du Liberia… La sous-région est porteuse d’espoir.

 

Score du Nigeria en termes de gouvernance (source : Fondation Mo Ibrahim)

 

Score du Libéria en termes de gouvernance (source : Fondation Mo Ibrahim)

 

Vers un marché unique africain ?

Mais il faut nuancer les perspectives positives. « Pris chacun séparément, aucun des pays du continent n’est viable économiquement quand on les compare aux concurrents », explique Nathalie Delapalme : « La totalité du PIB africain est à peine égal à celui du Brésil ». D’où l’idée fixe de Mo Ibrahim : un « marché unique africain ». Ce que confirme la directrice des recherches de la Fondation : « Si on arrive à conforter les zones sous régionales actuelles, on pourra construire un ensemble plus fort basé sur des ressources considérables ».

La totalité du PIB africain est à peine égal à celui du Brésil.

Nathalie Delapalme, directrice de la Recherche et des politiques publiques de la Fondation Mo Ibrahim

Un « ensemble plus fort » et des gouvernances plus performantes qui n’iront pas sans de meilleurs dirigeants. La Fondation Mo Ibrahim, qui, pour la troisième fois en six ans, n’a pas décerné son prix pour un leadership d’excellence en 2012, a ainsi décidé de développer sa relation avec les responsables africains. « Ce n’est pas du conseil politique », précise la Fondation, « nous expliquons simplement à quoi peut servir l’indice, on ne critique pas les gouvernements ». Pas de critiques mais un avertissement : « Si vous avez une bonne gouvernance mais un mauvais leadership, vous continuerez à patiner ». À bon entendeur.

________

Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)

Le classement de la gouvernance africaine et les classements par thème (source : Fondation Mo Ibrahim)
(En absence de données, le Soudan et le Soudan du Sud ne figurent pas dans l'indice)

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