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22/10/2012 à 08:27
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Des migrants lors d'un assaut sur la frontière de Melilla. Des migrants lors d'un assaut sur la frontière de Melilla. © DR

Les assauts de migrants subsahariens contre l’enclave espagnole de Melilla se sont multipliés ces dernières semaines. La conséquence d’une meilleure coopération entre les polices marocaines et espagnoles, mais pas seulement.

Mardi 16 octobre, peu avant 15 heures, près de la barrière de Melilla. Environ 300 migrants subsahariens se jettent à l’assaut du grillage de six mètres de haut qui sépare le Maroc du territoire espagnol. Quelques-uns arrivent à passer. Les autres sont arrêtés par les policiers ou parviennent à s’enfuir. La veille, une petite centaine de clandestins avaient eux aussi tenté leur chance de la sorte.

Ces passages en force contre la barrière de Melilla ne sont pas une nouveauté. Il y a sept ans, le 6 octobre 2005, quelque 700 migrants subsahariens avaient essayé de franchir la frontière. Six y ont trouvé la mort, piétinés par leurs camarades d’infortune ou abattus par la police. Ces dernières années, d’autres assauts similaires ont régulièrement eu lieu, poussant même les autorités espagnoles a rehaussé la clôture de sécurité.

Depuis le début de l’été 2012, les vagues de migrants comme celles du début de semaine se sont pourtant multipliées à Melilla. Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation. Le premier est la hausse de la surveillance policière maroco-espagnole. Au pouvoir depuis la fin de l’année 2011, les gouvernements Benkirane et Rajoy coopèrent de façon beaucoup plus poussée que leurs prédécesseurs sur le dossier de l’immigration clandestine. « Le Maroc et l’Espagne ont décidé de construire un partenariat renforcé en dehors du cadre Frontex (Agence européenne de sécurisation des frontières extérieures de l’Union européenne, NDLR), explique Mehdi Alioua, sociologue à l’université internationale de Rabat. Leur nouveau principe d’action est simple : frontière commune = surveillance commune ».

Camps démantelés

Ce renforcement de la coopération bilatérale est bien visible sur le terrain. Depuis quelques mois, des équipes conjointes, composées de policiers marocains et de membres de la Guardia civil, patrouillent tous les jours le long de la frontière. L’échange d’informations entre les deux pays a aussi été amélioré. « Ces derniers temps, l’étau policier s’est beaucoup resserré autour des migrants, confirme Khadija Aïnani, de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Ils essaient donc de passer par tous les moyens et tentent ces assauts massifs sur les enclaves espagnoles». Avec le développement du port Tanger-Med, beaucoup de camps ont été démantelés dans les environs de Ceuta. Les réseaux se sont alors redéployés autour de Melilla, située plus à l’Est.

« Les migrants sont bien organisés, affirme Mehdi Alioua. Ils se regroupent par nationalité et chaque communauté est généralement dirigée par un leader. Ils s’adaptent à la situation, discutent, élaborent ensemble des stratégies de passage ». Installés dans les bois avoisinant la barrière de Melilla, ils attendent le bon créneau pour partir à l’assaut de la barrière. Des « cibleurs » sont désignés pour repérer la ronde des gardes et noter leurs horaires de passage.

Avant l’hiver

Le moment venu, les migrants sortent du bois en courant et sautent sur la clôture, à l’aide d’échelles fabriquées avec les moyens du bord. « Ils y vont à plusieurs dizaines voir centaines, raconte Loïc Rechi, journaliste et réalisateur de documentaires. Ils savent pertinemment que neuf sur dix ne passeront pas alors ils y vont en nombre, espérant être parmi ceux qui se faufilent de l’autre côté. »

La hausse de la pression policière n’est pas la seule explication à cette récente intensification des passages en force. Les vagues d’assaut sur Melilla sont périodiques et dépendent d’autres facteurs. Il faut par exemple que les migrants soient suffisamment nombreux et que des « chefs » émergent pour prendre les choses en main. La période de l’année est un autre paramètre important. Généralement, les clandestins tentent leur chance pendant l’été. La mer est plus calme et le trafic maritime entre les deux rives de la Méditerranée plus dense. « L’hiver est proche. Beaucoup ne veulent pas rater le coche, explique le sociologue Mehdi Alioua. S’ils ne passent pas, ils sont repartis pour un an de galère ».

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Benjamin Roger (@benja_roger)

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