Extension Factory Builder
14/10/2012 à 13:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
La couverture du traitement contre le VIH est de 43 % pour les pays subsahariens membres de l'OIF. La couverture du traitement contre le VIH est de 43 % pour les pays subsahariens membres de l'OIF. © DR

Un rapport publié par l’Onusida montre de grandes disparités entre les pays subsahariens membres de l’OIF et les non membres.

À l’occasion du XIVe sommet de la Francophonie, qui s’est tenu à Kinshasa (République Démocratique du Congo) du 12 au 14 octobre, l’Onusida a procédé au lancement du rapport « Point de décision sur la Francophonie : stopper les nouvelles infections au VIH et garantir les traitements pour tous ». Une perception du VIH se concentrant sur la situation de la lutte contre le VIH dans les pays membres de la Francophonie, et de fait, les comparant aux pays non membres. Si cette idée peut surprendre, elle met toutefois en lumière certaines disparités existant entre les deux « catégories » de pays, si tant est qu’ils puissent être ainsi répartis.

Au regard des chiffres, le constat est en effet indéniable : les pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à de rares exceptions près, sont à la traîne en matière de prise en charge. Ainsi, le rapport souligne que, pris dans leur ensemble, les pays de l’OIF situés en Afrique subsaharienne atteignaient en 2011 un taux de couverture du traitement contre le VIH de 43 %, contre 59 % pour les pays non-membres. Concernant le VIH pédiatrique, des progrès notables sont à souligner puisque les nouvelles infections à VIH entre 2005 et 2011 y ont diminué de 34 %. Toutefois, la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) reste encore insuffisante, là où la solution est connue. Le pourcentage de femmes enceintes séropositives ayant reçu des médicaments antirétroviraux pour empêcher la transmission du virus à leur enfant reste faible, à 36 %, contre 62 % dans les pays de la région non membres de l’OIF.

Constat financier

Le cas spécifique de la RDC, qui est l’un des pays les plus en retard dans l’OIF, est inquiétant

Cet état sanitaire se double bien évidemment d’un constat financier. Car qui dit progrès sanitaires dit investissements. Pour atteindre les objectifs fixés lors de l’Assemblée générale des Nations unies sur le sida en juin 2011, qui prévoient d’assurer l’accès au traitement à 15 millions de personnes séropositives d’ici à 2015, de nouveaux financements seront nécessaires. Dans les pays subsahariens membres de l’OIF, les besoins en ressources s’élèvent à 2,6 milliards de dollars en 2015, soit un déficit de 1,5 milliard de dollars. Pour le combler, il faudrait ajouter 120 millions de dollars de ressources intérieures, soit une augmentation de 70 %, et 1,4 milliard de dollars de la part des donateurs internationaux, soit 160 % d’efforts supplémentaires… En comparaison, dans les pays subsahariens non membres de l’OIF, les financements internationaux ne nécessitent d’être augmentés « que » de 5%.

Comme le rappelait le président de la sous-commission Santé au Parlement de Kinshasa, le député Victor Makwenge, « la pauvreté, le poids des ménages et les zones de guerre sont des handicaps majeurs à l’accès aux soins ». Le cas spécifique de la RDC, qui est l’un des pays les plus en retard dans l’OIF, est effectivement inquiétant, comme le souligne Michel Sidibé, Directeur Exécutif de l’Onusida, qui rappelle que « 90 % des personnes en RDC sont sous traitement grâce à des financements internationaux, seules 5% des femmes enceintes ont accès à la PTME », et que « seules 12% des personnes qui le nécessitent ont accès aux traitements. »

Parmi les raisons d’un tel retard, la taille du pays et l’insécurité qui règne dans certaines zones. Le Premier ministre, Matata Ponyo, a d’ailleurs manifesté le souhait d’établir, en collaboration avec l’Onusida, des zones prioritaires pour faciliter l’accès aux soins. La ministre française déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, également présente lors du lancement de ce rapport, a annoncé la création en 2013 du Forum mondial des femmes francophones, réunissant 500 femmes autour de la préservation de leur droit et de leur dignité. Madame Benguigui a souhaité que les violences faites aux femmes en RDC, facilitant les nouvelles infections, puissent être au centre des thématiques de ce Forum et que des solutions soient élaborées en partenariat avec l’Onusida.

Disparité

Mais quid des autres pays ? Comment une telle disparité a-t-elle pu se créer entre pays membres et non membres de l’OIF ? Selon Michel Sidibé, qui tient à souligner toutefois que des pays comme le Rwanda ou le Cambodge ont obtenu des résultats remarquables, la politique qui a permis d’obtenir des résultats satisfaisants se résume en trois points : « un leadership placé au plus haut niveau, plaçant la lutte contre le sida comme un enjeu politique majeur », en tout premier lieu. « L’engagement de la société civile, également, particulièrement fort et actif, chez les jeunes, a été crucial, notamment lorsque ces derniers ont été considérés comme des acteurs au changement à part entière », et, termine Michel Sidibé, « le repositionnement de la femme dans la société, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles. »

Incontestablement, lorsque la décision est prise au plus haut niveau de l’État, la pente peut être inversée.

Ces trois éléments réunis ont permis de grands progrès, un accès à la prévention, aux traitements, et une réduction des nouvelles contaminations. « Prenez l’Afrique du Sud », illustre Michel Sidibé, « en trois ans, avec un budget annuel domestique de 1,9 million de dollars, on est passé de deux millions à 14 millions de personnes testées. De moins de 40 % des femmes ayant accès à la PTME, on atteint aujourd’hui 90 %. » Incontestablement, lorsque la décision a été prise au plus haut niveau de l’État, la pente a pu être inversée. Une perspective encourageante alors, de constater que la Guinée Équatoriale vient d’annoncer une prise en charge totale des investissements nécessaires à l’accès aux soins de tous, que le Congo Brazzaville s’engage à augmenter de 50 % sa participation nationale aux investissements nécessaires, et que le Burkina Faso l’a doublée. Car comme le souligne Michel Sidibé, « l’OIF a toujours été très engagée, et ses pays membres ont été parmi les premiers à se battre pour l’accès universel aux traitements ».

Un engagement qui doit désormais se traduire, selon l’Onusida, par un soutien accru des pays les plus riches de l’OIF envers les plus pauvres, et un engagement de ces pays à accroître la part de leurs investissements nationaux tout en promouvant une justice sociale. En réaffirmant sa volonté de poursuivre l’élaboration de financements innovants, comme la taxe sur les billets d’avion et celle sur les transactions financières, afin de « financer la lutte contre les grandes pandémies dont le sida », le Président de la République française, François Hollande, a semble-t-il tacitement abondé en ce sens.


 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : Patrice Carteron rempile avec le TP Mazembe

RDC : Patrice Carteron rempile avec le TP Mazembe

En fin de contrat avec le TP Mazembe, Patrice Carteron va finalement prolonger son aventure à la tête des Corbeaux. Avec comme objectif principal la reconquête de la Ligue des Champions.[...]

RDC : deux morts à Beni, les tueries se poursuivent

Depuis octobre, plus de 350 personnes ont été tuées à Beni, dans l'est de la RDC. Dans le même territoire, une nouvelle embuscade attribuée aux ADF a fait jeudi deux morts.[...]

CPI : le procès de Jean-Pierre Bemba s'ouvrira le 29 septembre

La Cour pénale internationale a annoncé vendredi que le procès du Congolais Jean-Pierre Bemba s'ouvrirait le 29 septembre.[...]

RDC : l'UDPS favorable au dialogue proposé par Kabila

L'UDPS, formation d'opposition très affaiblie, estime que le dialogue avec l'administration Kabila "doit mener à de bonnes élections".[...]

Technologies : quand WhatsApp bouscule les codes de la communication politique en Afrique

Lancée depuis bientôt cinq ans, l’application de messagerie internet WhatsApp a conquis les smartphones de millions d’utilisateurs dans le monde. Très utilisé en Afrique, l’outil[...]

C'est du vent !

Les voyages forment tout le monde, quel que soit l'âge de chacun. Il n'y a guère longtemps, je me suis retrouvé dans la capitale - que je préfère ne pas nommer - d'un pays[...]

RDC : pourquoi Kabila veut négocier avec l'opposition

Après avoir dépêché un émissaire - Kalev Mutond, le patron de l'Agence nationale de renseignements - auprès de ses opposants "radicaux" (Vital Kamerhe, les partisans[...]

RDC - Neeskens Kebano : "Je vis ma meilleure saison depuis que je suis professionnel"

Neeskens Kebano, qui a renoncé à la possibilité de jouer en équipe de France pour porter le maillot des Léopards, a été élu Soulier d’Ebène du championnat de[...]

Stromae, griot sarcastique malgré lui

Le chanteur belge Stromae est en tournée africaine. Ecoutées au premier degré ou pastichées, les chansons de son album "Racine carrée" illustrent la politique du continent.[...]

RDC : pourquoi l'hommage de Zoé Kabila aux "kadogo" fait polémique sur Twitter

Le député congolais Zoé Kabila, frère du président de la RDC, a tenu à rendre un hommage samedi sur Twitter aux "kadogos qui ont fait le choix de laisser leurs stylos pour les[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers