Extension Factory Builder
15/10/2012 à 19:26
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
De 2007 à 2011, 45 millions d’hectares ont été achétes en Afrique subsaharienne. De 2007 à 2011, 45 millions d’hectares ont été achétes en Afrique subsaharienne. © DR

De l’aveu même de la Banque mondiale, cela pourrait devenir le fléau du XXIe siècle. En attente d'un mode de régulation internationale, le phénomène de l’accaparement des terres nuit gravement aux agriculteurs africains. En cause : la hausse des prix des produits alimentaires et la demande croissante en bio-carburants.

Le phénomène n’est pas nouveau. Accentué par la crise économique et la flambée des prix alimentaires en 2008, l’achat de terres arables a atteint des proportions gigantesques en Afrique. En dix ans, sur la totalité du continent, les superficies concernées atteignent la taille du Kenya. Un exemple frappant : quelque 30% des terres du Liberia ont été attribués sous forme de concessions à des investisseurs étrangers !

Nombre de contrats conclus entre 2000 et 2011 (source : http://landportal.info/fr/landmatrix)

« Les transactions foncières ont triplé lors de la crise des prix alimentaires en 2008 et 2009 », note Oxfam, dans un rapport paru au début d'octobre. En cause : le prix du blé, notamment, qui avait atteint un record absolu le 9 mars 2008, à 295 euros la tonne sur le marché européen. Et le scénario pourrait se répéter. Les cours ont une nouvelle fois flambé en août 2012 et les perspectives déficitaires en céréales pour l'année sont inquiétantes. Oxfam réclame donc des « mesures urgentes pour désamorcer la menace d'une nouvelle vague d'accaparements de terres ».

La Banque mondiale en ligne de mire

Des mesures pourraient être mises en place par la Banque mondiale, selon l’organisation humanitaire. Oxfam a ainsi demandé, en marge d’un sommet Banque mondiale/FMI à Tokyo, le 10 août, un gel de tous les investissements agricoles, afin de mettre en place les mécanismes de surveillances et de transparence.

La Banque mondiale a cependant aussitôt refusé. Et pour cause, l'institution de Washington joue un rôle de conseiller auprès des pays en développement mais surtout celui d'investisseur foncier : ses prises de participation dans l'agriculture ont augmenté de 200% ces dix dernières années. « Prendre une telle mesure [le gel des investissements, NDLR] n’aiderait pas à réduire les cas de pratiques abusives et dissuaderait vraisemblablement les investisseurs d’appliquer des normes élevées », justifie la banque, qui reconnaît que des « politiques de sauvegarde environnementales et sociales » devraient cependant être mises en place.

Expropriations

Mais le temps risque de manquer. Alors que la flambée des prix alimentaires s'accentue, les mesures décidées en mai par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, issu de la FAO, qui visent à encadrer davantage les investissements, ne sont pas encore en état de fonctionner. Les pouvoirs africains ont toutefois tout intérêt à ne pas laisser ces projets se transformer en vœux pieux.

Entre 2007 et 2011, selon la société Trendeo,  45 millions d’hectares ont fait l’objet d’une transaction en Afrique subsaharienne. Dont deux-tiers l’ont été suite à des achats de terres destinées au secteur du bio-carburant. Or ces acquisitions ne sont pas sans conséquence sur les populations d’Afrique.

Nombre de contrats conclus dans le monde entre 2000 et 2010 (source : http://landportal.info/fr/landmatrix)

Au Mali, l'État, faute de moyens, a cédé quelque 100 000 hectares à la Libye, dans le cadre du projet Malibya en 2008, au sud-est du pays. Bamako fournit les terres et Tripoli apporte les capitaux pour les aménager et les mettre en valeur. Un projet gagnant-gagnant donc. Mais uniquement en apparence. Depuis, les associations de défense des paysans ont dénoncé des expulsions forcées et non indemnisées (voir le reportage vidéo ci-dessous). Sans contrôles efficaces, dans les investissements étrangers, ce sont presque toujours les paysans qui paient le prix fort.

Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)

Reportage de la RTBF au Mali au sujet du projet Malibya


SOS Faim vidéo - L'accaparement des terres au Mali par SosFaim

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Chine : la 'chasse aux renards' est ouverte

Chine : la "chasse aux renards" est ouverte

Les autorités ont entrepris de pourchasser jusqu'en Europe ou en Afrique les responsables politiques et économiques convaincus de corruption. Une traque difficile ? Oui, mais extrêmement fructueuse.[...]

Cambodge : le docteur-la-mort, l'aiguille et le sida

Comment plus deux cents villageois de la province de Battambang ont-ils été contaminés par le virus du sida ? Un étrange médecin est dans le collimateur des enquêteurs.[...]

Les sons de la semaine #27 : Moh! Kouyaté, Gradur, J. Martins et Youssou Ndour

Bienvenue dans notre horizon musical de la semaine ![...]

Turquie : misogynes, les islamo-conservateurs de l'AKP ?

La propension des islamo-conservateurs de l'AKP à imposer aux femmes la manière dont elles doivent se comporter ou s'habiller indispose la fraction la plus jeune et citadine de la population. D'autant que les[...]

Mohamedou Ould Slahi : je vous écris de Guantánamo

On l'a pris, à tort, pour un gros bonnet d'Al-Qaïda. Kidnappé dans sa Mauritanie natale, puis remis aux Américains, Mohamedou Ould Slahi croupit depuis 2002 dans la sinistre base cubaine. Dans un[...]

2015, l'année des changements

L'année 2015 est encore dans son premier mois : où nous mène-t-elle ? Quelle direction prend notre monde et dans quel sens se déplace son centre de gravité ? Je me suis posé ces[...]

Peine de mort aux États-Unis : trois questions soulevées par l'exécution de Warren Hill

Un prisonnier africain-américain a été exécuté aux États-Unis mardi 27 janvier. Cet homme, condamné pour meurtre, aurait pu être gracié en raison de son handicap [...]

Livres - Gaston-Paul Effa : "La France est frappée d'amnésie"

L’écrivain franco-camerounais Gaston-Paul Effa restitue, dans "Rendez-vous avec l’heure qui blesse", le destin de Raphaël Élizé, un Martiniquais déporté au camp de [...]

France : escarpins sur tapis de prière, une oeuvre censurée puis réexposée

L'installation de l'artiste Zoulikah Bouabdellah, d'abord retirée à la demande de son auteur d'une exposition en banlieue parisienne après qu'une association musulmane avait mis en garde sur un risque[...]

France : la Cour de cassation valide le mariage d'un couple homosexuel franco-marocain

Après dix-huit mois de quiproquo judiciaire, la Cour de cassation française a validé mercredi le mariage d'un couple homosexuel franco-marocain. Le parquet s'opposait à la légalité de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121012161515 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121012161515 from 172.16.0.100